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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302754

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302754

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302754
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2023, M. B A, représenté par l'AARPI Ad'Vocare, Me Gauché, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 7 novembre 2023 par laquelle le préfet du

Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou de l'article L. 761-1 du code de justice administrative si le bénéfice de l'aide juridictionnelle lui été refusé.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice de procédure pour méconnaissance du principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas été interrogé sur sa situation personnelle et n'a pu faire valoir l'existence d'une vie privée et familiale sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation par méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que son père, qui bénéficie du statut de réfugié, réside en France ; il a été bénévole au sein de l'association " Les mains ouvertes " et a travaillé sur le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration s'est estimée en situation de compétence liée à la suite du rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un vice de procédure pour méconnaissance du principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas été interrogé sur sa situation personnelle et n'a pu faire valoir l'existence d'une vie privée et familiale sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que son père, qui bénéficie du statut de réfugié, réside en France.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces le 1er décembre 2023.

M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 21 novembre 2023.

Vu l'ensemble des pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique s'est tenue le 13 décembre 2023 à 9h30, en présence de M. Morelière, greffier d'audience :

- le rapport de Mme C ;

- Me Gauché, avocat de M. A.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais, est entré le 16 juin 2022 sur le territoire français et s'est vu refuser le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 6 avril 2023 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 4 octobre 2023. Par une décision du 7 novembre 2023, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de M. A. Il ne ressort pas davantage des mêmes pièces que le préfet du Puy-de-Dôme se serait estimé en situation de compétence liée pour prendre la décision en litige. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit et du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, M. A fait valoir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pu être interrogé sur sa situation personnelle et qu'il n'a pu faire valoir l'existence d'une vie privée et familiale sur le territoire français. Toutefois, M. A a pu présenter les observations sur sa situation qu'il estimait utiles dans le cadre de sa demande d'asile. Au demeurant, il n'établit ni n'allègue avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter des observations ou de fournir des documents avant que ne soit prise la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré récemment en France le 16 juin 2022. Par ailleurs, s'il fait état de son expérience en tant que bénévole au sein de l'association " Les mains ouvertes " du 9 septembre 2022 au 1er avril 2023 et d'un emploi qu'il occupe depuis le mois de mars 2023, ces éléments ne permettent pas de démontrer l'existence de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses sur le territoire français. Au demeurant, s'il se prévaut également de la présence de son père sur le territoire français, M. A, étant âgé de 38 ans, a vocation à faire sa vie indépendamment de son père. Dans ces conditions, le requérant, qui n'allègue ni n'établit être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans, n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'illégalité des décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 7 novembre 2023. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet des conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

7. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.

8. Il résulte des points précédents que la requête de M. A ne comporte que des moyens de légalité externe manifestement infondés et des moyens stéréotypés non assortis d'éléments circonstanciés. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au

préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La présidente,

S. C Le greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA

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