mercredi 17 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2302777 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er décembre 2023 et un mémoire enregistré le 10 janvier 2024, Mme A C, représentée par l'AARPI Ad'vocare, Me Gauché, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Allier l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduit d'office, l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours avec l'obligation de se présenter les lundis et vendredis à 11 heures à la brigade de gendarmerie de Montmarault et lui a retiré son attestation de demandeur d'asile ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision contestée jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se soit prononcée sur sa demande d'asile ;
4°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris en son ensemble :
- il est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne comporte que des tournures stéréotypées et ne prend pas en considération sa situation administrative et personnelle ;
- il est entaché d'incompétence.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale dès lors que la préfète de l'Allier s'est estimée à tort en situation de compétence liée vis-à-vis de la décision de rejet de sa demande d'asile de la Cour nationale du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions à fins de suspension :
- la décision de rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides est entachée d'un vice de procédure et d'erreurs de faits dès lors que l'officier de protection qui était en charge de son entretien individuel n'a pas appréhendé comme il l'aurait dû la complexité de son dossier ; que le compte-rendu de cet entretien mentionne des éléments erronés ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à raison, d'une part, d'éléments postérieurs au rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA dont il dispose, lesquels le laissent craindre d'être persécuté en cas de retour dans son pays d'origine et d'autre part, de la dégradation de la situation politique et sécuritaire de ce même pays ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que, d'une part, Mme C n'est pas fondée à demander la suspension de la décision attaquée dès lors que la Cour nationale du droit d'asile s'est prononcée sur sa demande d'asile par une décision du 1er décembre 2023 et d'autre part, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 1er décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 janvier 2024 :
- le rapport de Mme B ;
- et les observations de Me Gauché, avocat de Mme C, qui n'était pas présente malgré sa demande d'interprète.
La préfète de l'Allier n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante arménienne, est entrée en France selon ses déclarations le 29 décembre 2022, accompagnée de son époux et de son fils mineur, et a présenté une demande d'asile le 24 février 2023. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 29 juin 2023, refus confirmé par une ordonnance d'irrecevabilité de la Cour nationale du droit d'asile du 1er décembre 2023. Par un arrêté du 5 octobre 2023, la préfète de l'Allier l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office, l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours avec obligation de se présenter les lundis et vendredis à 11 heures à la brigade de gendarmerie de Montmarault et lui a retiré son attestation de demandeur d'asile. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de suspension :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige énonce, avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de droit et de fait sur lesquelles reposent la décision attaquée. Au demeurant, la préfète de l'Allier n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, mais seulement ceux sur lesquels elle s'est fondée. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. Olivier Maurel, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, en vertu d'un arrêté du 28 juin 2023, régulièrement publié le 29 juin 2023, portant délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas la décision en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
4. En troisième lieu, si la requérante soutient que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations des article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen, au demeurant en partie inopérant dès lors que l'obligation de quitter le territoire français n'a pas objet de fixer le pays de destination, n'est cependant pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens dirigés à l'encontre de la décision portant assignation à résidence et tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
5. En quatrième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Allier se serait estimée en situation de compétence liée pour édicter la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
6. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
7. Si Mme C soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est toutefois constant que la décision attaquée envisage tant l'hypothèse d'un éloignement dans le pays dont la requérante a la nationalité que celle d'un éloignement à destination de tout autre pays où elle serait légalement admissible. De surcroît, en se bornant à produire une copie d'écran de la page dédiée à l'Arménie sur la site internet " France Diplomatie " et un article de presse relatant la situation de conflit au Haut-Karabakh, Mme C n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle serait exposée à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Arménie, alors qu'au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la Cour nationale du droit d'asile s'est prononcée sur le recours déposé par Mme C contre la décision de l'OFPRA prise à son encontre par ordonnance d'irrecevabilité du 1er décembre 2023. Dès lors, les conclusions à fins de suspension sont sans objet.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation ni, à tout le moins, la suspension de l'arrêté en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions à fin d'injonction ainsi que de celles présentées en applications des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
10. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.
11. Il résulte des points précédents que la requête de Mme C ne comporte que des moyens de légalité externe manifestement infondés et des moyens stéréotypés non assortis d'éléments circonstanciés. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète de l'Allier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.
La présidente,
S. B
Le greffier,
P. MANNEVEAU La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2302777
ZR
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026