lundi 11 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2302820 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DEMARS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés le 7 décembre 2023, M. A F, représenté par Me Demars, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 6 décembre 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé pour une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans prise à son encontre le 3 juin 2023 et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui communiquer l'entier dossier sur la base duquel les décisions en litige ont été prises ;
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de mettre fin, sans délai, à la mesure de surveillance prévue à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît l'article R. 40-29 du code de procédure pénale dès lors que la mention selon laquelle il est connu défavorablement des services de police résulte d'une consultation du traitement d'antécédents judiciaires pour laquelle le préfet n'a pas saisi les services compétents de la police nationale ou de la gendarmerie pour complément d'information ou le procureur de la République compétent à fin de demande d'information sur les suites judiciaires ;
- elle méconnait l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- le préfet n'a pas procédé un examen réel et sérieux de sa situation dès lors que son épouse n'est pas dans une situation administrative identique à la sienne ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et de fait ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la légalité de l'assignation à résidence :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- la décision méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement du 15 septembre 2023 ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. F a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 7 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Caraës, vice-présidente, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 décembre 2023 à 15h30, en présence de M. Manneveau, greffier d'audience :
- le rapport de Mme Caraës,
- et les observations de Me Gauché, représentant M. F, qui a repris le contenu de ses écritures et précise, s'agissant de l'assignation à résidence, que la condition tenant à l'existence de perspectives raisonnables d'éloignement n'est pas remplie dès lors qu'il n'est pas ressortissant serbe ni ressortissant italien.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F, né le 1er juillet 1995, également connu sous l'identité de M. A F, est entré en France le 20 juillet 2017 selon ses déclarations, accompagné de son épouse et de leurs trois enfants. Par des arrêtés des 3 novembre 2017 et 29 avril 2019, le préfet de la Haute-Garonne et le préfet du Doubs l'ont successivement obligé à quitter le territoire sans délai, le préfet du Doubs ayant en outre prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 3 juin 2023, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Toulouse le 13 juin 2023, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par une décision du 3 juin 2023, M. F a été placé en rétention. Il a été mis fin à cette rétention le 6 juillet 2023 par l'intervention du juge délégué de la cour d'appel de Toulouse. Par une décision du 6 juillet 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a assigné M. F à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 17 août 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a renouvelé cette assignation à résidence. Par un jugement du 15 septembre 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a annulé l'arrêté du 17 août 2023 du préfet du Puy-de-Dôme. A la suite de son interpellation le 5 décembre 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a, par des décisions du 6 décembre 2023, prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre le 3 juin 2023 d'une durée de deux ans portant la durée totale de l'interdiction de retour sur le territoire national à cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand. M. F demande l'annulation des décisions du 6 décembre 2023.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. F de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur la communication du dossier administratif :
3. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par le requérant en vue de la communication de son dossier dès lors que l'affaire est en état d'être jugée et que le principe du contradictoire a été respecté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens relatifs à la légalité de la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
4. La décision contestée est signée par Mme D C, cheffe de service de l'immigration et de l'intégration de la direction de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture du Puy-de-Dôme. Par l'article 1er de l'arrêté du 26 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs à la même date, le préfet du Puy-de-Dôme a accordé une délégation de signature à Mme E B, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer " tous actes administratifs () relatifs aux affaires entrant dans les attributions et compétences de la direction de la citoyenneté et de la légalité ". Par l'article 2 de ce même arrêté, " délégation de signature est donnée sous l'autorité de Mme B, à Mme D C à l'effet de signer tous actes administratifs entrant dans le cadre des attributions dudit service à l'exception des circulaires, instructions générales et courriers aux parlementaires. () En cas d'absence ou d'empêchement de Mme B, délégation de signature est donnée à Mme C à l'effet de signer les décisions relatives aux obligations de quitter le territoire français, avec ou sans délai de départ volontaire, les décisions de placement en rétention dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, les décisions relatives aux mesures d'éloignement prises dans le cadre de l'Union européenne et de la convention de Schengen ". Ainsi, et alors qu'il n'est pas établi qu'en l'espèce Mme B n'aurait été ni absente ni empêchée, Mme C bénéficiait d'une délégation de signature pour signer la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
5. L'article R. 40-29 du code de procédure pénale dispose que : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code () ". L'article 17-1 de la loi du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité dispose : " Il est procédé à la consultation prévue à l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure pour l'instruction des demandes () de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers et des demandes de visas () ".
6. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme a consulté le fichier automatisé des empreintes digitales et a pu constater que M. F n'avait pas seulement été mis en cause pour des faits de destruction de bien destiné à l'utilité ou à la décoration publique commis le 3 juillet 2023 à Toulouse mais avait été condamné, le 9 décembre 2014, à quatre mois d'emprisonnement pour vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lien d'entrepôt aggravé par une autre circonstance (récidive de tentative) et, le 9 juillet 2018, à quinze mois d'emprisonnement pour vol aggravé par une autre circonstance, conduite d'un véhicule sans permis, refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter et mise en danger d'autrui par violation manifestement délibérée d'obligation réglementaire de sécurité ou de prudence lors de la conduite d'un véhicule terrestre à moteur. Dans ces conditions, le préfet pouvait sur le seul fondement des condamnations prononcées à l'encontre de M. F prendre à son encontre la décision en litige sans être tenu par les dispositions précitées du code de procédure pénale de saisir préalablement les services de police ou de la gendarmerie à fin de complément d'information ou le procureur de la République compétent à fin de demande d'information des suites judiciaires. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
7. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; (). Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ". Il résulte de ces dispositions que la prolongation qu'elles prévoient n'est possible que si l'étranger a méconnu l'obligation qui lui a été faite de quitter sans délai le territoire français.
8. Si M. F soutient qu'il n'est pas en mesure d'exécuter l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 3 juin 2023 dès lors que, d'une part, la délivrance d'un laissez-passer consulaire a été refusée au motif qu'il ne pouvait être regardé comme un ressortissant serbe ainsi qu'il ressort des mentions de l'arrêt de la cour d'appel de Toulouse du 6 juillet 2023 mentionné au point 1 et, d'autre part, bien que né en Italie, il ne dispose pas de la nationalité italienne, il n'établit pas ne pas être légalement admissible dans tout autre Etat ou avoir la qualité d'apatride et avoir accompli les diligences nécessaires en vue de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français sans délai. Par suite, le préfet du Puy-de-Dôme a pu prolonger l'interdiction de retour sur le territoire français sans méconnaître le 1° de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation.
9. Si la décision en litige précise que son épouse, ressortissante serbe, est dans une situation identique à la sienne alors qu'elle dispose d'un récépissé de demande de titre de séjour en cours de validité et qu'il n'est pas contesté qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, il n'en résulte pas que le préfet du Puy-de-Dôme se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de sa situation alors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il avait uniquement retenu les motifs tirés de l'absence de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables en France, de l'existence de précédentes mesures d'éloignement et de la menace à l'ordre public que représente le comportement du requérant.
10. Si le préfet a commis une erreur de fait en retenant comme participant à une menace grave à l'ordre public la mise en cause de M. F pour des faits de destruction de bien destiné à l'utilité ou à la décoration publique, il ressort des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision en se fondant sur les seules condamnations prononcées, le 9 décembre 2014, à quatre mois d'emprisonnement pour vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lien d'entrepôt aggravé par une autre circonstance (récidive de tentative) et le 9 juillet 2018 à quinze mois d'emprisonnement pour vol aggravé par une autre circonstance, conduite d'un véhicule sans permis, refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter et mise en danger d'autrui par violation manifestement délibérée d'obligation réglementaire de sécurité ou de prudence lors de la conduite d'un véhicule terrestre à moteur. Eu égard à la nature de ces infractions et à la réitération du comportement délictueux de l'intéressé, le préfet du Puy-de-Dôme a pu, sans commettre d'erreur de droit, estimer que le comportement de M. F représentait une menace actuelle et grave à l'ordre public de nature à justifier la décision en litige.
11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
12. Si M. F fait état de ce qu'il réside en France depuis le 20 juillet 2017 avec son épouse, titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour, et leurs trois enfants mineurs et scolarisés, ces éléments ne sont pas de nature à démontrer qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts en France, dès lors que rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale qu'il constitue avec les membres de sa famille se reconstitue en dehors de la France. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. F a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement en 2017 et 2019 et que son comportement représente une menace actuelle et grave pour l'ordre public. Dans ces conditions, la décision contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnait pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.
En ce qui concerne les moyens relatifs à la légalité de l'assignation à résidence :
13. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. "
14. La décision en litige précise que M. F a fait l'objet le 3 juin 2023 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, que son éloignement demeure une perspective raisonnable mais qu'étant démuni de toute document d'identité ou de voyage en cours de validité, il ne peut quitter immédiatement le territoire français et qu'il est nécessaire d'obtenir la délivrance d'un laisser-passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle de son départ.
15. Il ressort des pièces du dossier et en particulier de l'arrêt de la cour d'appel de Toulouse mentionné au point 1 que le préfet du Puy-de-Dôme a saisi les autorités serbes en juin 2023 afin d'obtenir les documents nécessaires à la réadmission de M. F en Serbie. Il ressort également de cet arrêt que les autorités serbes ont refusé de reconnaître la qualité de ressortissant serbe à l'intéressé. Le préfet ne justifie d'aucune démarche supplémentaire auprès d'un Etat tiers qui révèlerait que l'éloignement de M. F pourrait être exécuté dans un délai raisonnable. Le préfet du Puy-de-Dôme n'apporte aucun élément de nature à justifier la nouvelle mesure d'assignation à résidence au regard des diligences effectuées et des perspectives raisonnables d'éloignement dans un nouveau délai de quarante-cinq jours. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision du 6 décembre 2023 est entachée d'une erreur de droit et doit être annulée.
16. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des conclusions de la requête, que la décision portant assignation à résidence pris à l'encontre de M. F le 6 décembre 2023 doit être annulée.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. F est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 6 décembre 2023 par laquelle le préfet de Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. Eu égard au motif sur lequel est fondée l'annulation de la décision portant assignation à résidence, le présent jugement implique que le préfet du Puy-de-Dôme mette fin immédiatement aux mesures de surveillance qu'implique l'assignation à résidence dont M. F a fait l'objet à tort.
Sur les frais liés au litige :
19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Demars renonce à percevoir la somme correspond à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de celui-ci le versement à Me Demars de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. F est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision portant assignation à résidence du préfet du Puy-de-Dôme du 6 décembre 2023 est annulée.
Article 3 : L'Etat versera à Me Demars, avocat de M. F, une somme de 1000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2023.
La magistrate désignée,
R. CARAËS
Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026