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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302839

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302839

vendredi 10 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302839
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2023, Mme A B, représentée par l'AARPI Ad'Vocare, avocats, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de communiquer les éléments sur le fondement desquels ont été édictées les décisions attaquées ;

2°) d'annuler les décisions du 21 juin 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour dans le délai de 30 jours à compter de la notification du jugement, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement et, en tout état de cause, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans le délai de 48 heures à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que,

la décision de refus de titre de séjour :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'autorité préfectorale ne produit pas l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- est entachée de vices de procédures dès lors que le préfet ne justifie pas du respect de la procédure prévue par l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;

l'obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;

la décision fixant le pays d'éloignement :

- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas présenté d'observation.

Une ordonnance du 15 octobre 2024 a fixé la clôture d'instruction au 4 novembre 2024.

Un mémoire, enregistré le 2 décembre 2024, soit postérieurement à la clôture d'instruction, présenté pour Mme B par l'AARPI Ad'Vocare, n'a pas été communiqué.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie ;

- et les observations de Me Bourg, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Par des décisions du 21 juin 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, ressortissante géorgienne, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. La requérante demande l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité du titre de séjour :

2. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction du refus de titre de séjour en litige, l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet de la situation de Mme B doit être écarté.

4. L'existence de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est établie dès lors que le préfet du Puy-de-Dôme produit ce document en défense.

5. La requérante soutient, sans autre précision ni élément à l'appui de ses allégations, qu'il n'est pas démontré que le rapport du collège de médecins de l'OFII a été établi conformément à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016 ; que l'autorité préfectorale ne justifie ni du nom, ni du prénom, ni de la spécialité du médecin instructeur qui a rédigé le rapport médical, ni de la date de la transmission de ce rapport au collège de médecins de l'OFII, ni de ce que le médecin instructeur, auteur du rapport médical, n'aurait pas siégé au sein du collège de médecins de l'OFII. La requérante fait de même valoir qu'il n'est pas non plus justifié des noms, prénoms et qualités des médecins composant ce collège et qu'il n'est pas établi que les médecins composant le collège étaient compétents à cet effet. Toutefois, le recours pour excès de pouvoir a pour objet, non de sommer le défendeur de justifier a priori de la légalité de la décision en litige, mais de soumettre au débat des moyens sur lesquels le juge puisse statuer. Le défendeur n'est, en conséquence, tenu de verser des éléments de procédure au débat que si les moyens invoqués sont appuyés d'arguments ou de commencements de démonstration appelant une réfutation par la production d'éléments propres à l'espèce. Or, Mme B ne fait état d'aucun élément sérieux tendant à laisser penser que l'avis du 10 février 2023 n'aurait pas été émis collégialement par les médecins de l'OFII désignés à cette fin par le directeur général de cet établissement, ni que ceux-ci ne se seraient pas prononcés personnellement sur son état de santé, ni que l'avis en cause aurait été émis sur le fondement d'un rapport d'un médecin ayant ensuite participé à rendre cet avis. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du 10 février 2023 doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

7. Par un avis du 10 février 2023, le collège de médecins de l'OFII, saisi dans le cadre de la demande de titre de séjour présentée par Mme B, a estimé que si son état de santé nécessitait des soins dont le défaut pouvait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait néanmoins effectivement bénéficier d'un traitement dans son pays d'origine, vers lequel elle pouvait voyager sans risque.

8. Mme B fait valoir, d'une part, que son traitement médical ne s'est pas allégé ; que son état de santé s'est considérablement aggravé de sorte qu'elle a dû être hospitalisée à plusieurs reprises depuis le mois de décembre 2022 ; qu'elle a été opérée en 2018 d'une sternotomie totale sur angiosarcome sternal avec pose de prothèse sternale et matériel articulé claviculaire, avec 10 séances de radiothérapie dans les suites et a ensuite subi de multiples reprises chirurgicales consécutives notamment à une infection par staphylocoques. Toutefois, le préfet du Puy-de-Dôme, après s'être approprié l'avis du collège de médecins de l'OFII a effectivement retenu que l'état de santé de Mme B nécessitait des soins dont le défaut pouvait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par ailleurs, la requérante expose que la Géorgie ne dispose pas des équipements médicaux nécessaires pour installer le type de prothèse sternale dont elle bénéficie, ni pour procéder au suivi médical spécifique indispensable qui en découle alors, de surcroît qu'elle a, ultérieurement à l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII, contracté plusieurs infections et que bien que le système de santé géorgien ne se soit pas amélioré depuis qu'un titre de séjour en qualité d'étranger malade lui avait été précédemment délivré, le collège de médecins de l'OFII a estimé, contrairement à ce qu'il avait relevé l'année précédente, qu'elle pouvait désormais y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Toutefois, aucun des éléments concernant l'état de santé et la situation personnelle de la requérante et notamment pas les certificats médicaux datés des 31 juillet et 5 octobre 2023, ne permet de démentir les mentions de l'avis susmentionné du 10 février 2023 du collège de médecins de l'OFII, selon lesquelles Mme B peut effectivement bénéficier d'un traitement dans son pays d'origine et voyager sans risque à destination de ce dernier. En outre, si l'intéressée fait état d'une dégradation de son état de santé postérieurement à l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, aucun des éléments médicaux du dossier et notamment pas les certificats des 15 et 24 octobre 2024, ne tendent à corroborer qu'elle ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Géorgie. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

10. Mme B fait valoir que le préfet du Puy-de-Dôme s'est abstenu de régulariser la situation de son époux en qualité de conjoint d'étranger malade alors qu'il y était tenu par les dispositions des articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; qu'elle bénéficie de l'allocation adulte handicapé parce qu'elle ne peut pas travailler et non parce qu'elle ne le veut pas ; que contrairement à ce qu'a retenu le préfet du Puy-de-Dôme elle justifie avoir suivi des études universitaires supérieures dans la santé dans son pays d'origine afin d'exercer les fonctions d'infirmière et que malgré sa maladie très invalidante, elle a suivi des cours et des formations pour améliorer sa compréhension de la langue française. Toutefois, selon les mentions non contestées de la décision en litige, à la date de cette dernière, le conjoint de l'intéressée séjourne irrégulièrement en France, le couple n'avait pas d'enfant et la requérante n'établit pas l'existence de liens personnels et familiaux intenses, anciens et stables sur le territoire français et ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 46 ans. Il suit de là que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le refus de titre de séjour édicté à l'encontre de Mme B ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, aurait méconnu les dispositions susmentionnées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

11. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour soulevé contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire en litige, l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet doit être écarté.

13. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

14. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 du présent jugement, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français aurait été édictée en méconnaissance des dispositions précitées, en vigueur à la date de la décision attaquée, du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de la décision fixant le pays d'éloignement :

15. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé contre la décision fixant le pays d'éloignement doit être écarté.

16. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. Mme B soutient qu'un retour dans son pays d'origine l'exposera à un traitement inhumain ou dégradant dans la mesure où elle n'y bénéficiera effectivement pas de soins appropriés à son état de santé. Toutefois, ainsi qu'il a été énoncé précédemment, aucun des éléments produits devant le tribunal ne tend à corroborer que la requérante ne pourrait pas bénéficier effectivement en Géorgie d'un traitement approprié à sa pathologie. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B encourrait personnellement des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en déterminant son pays d'éloignement, l'autorité préfectorale aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de procéder au supplément d'instruction sollicité par la requérante, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2025.

Le rapporteur,

G. JURIE

La présidente,

R. CARAËS

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302839

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