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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302904

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302904

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASTRAIA 15-82

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 décembre 2023, le 22 janvier 2024 et le 24 janvier, M. A B, représenté par Me Astoul, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet du Cantal l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a procédé au retrait de son attestation de demande d'asile, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et l'assigné à résidence dans les limites de la commune d'Aurillac avec obligation de présentation au commissariat d'Aurillac trois fois par semaine ;

2°) d'enjoindre au préfet du Cantal de lui délivrer un titre de séjour, dans les quinze jours et sous astreinte ;

3°) d'enjoindre au préfet du Cantal de procéder à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle, notamment sur son état de santé dès lors qu'une hépatite C lui a été diagnostiquée, qu'il fait l'objet d'un traitement quotidien et qu'il a été hospitalisé plusieurs semaines en psychiatrie ; suite à sa demande, il lui a été remis un kit médical le

18 décembre 2023 en vue d'obtenir un titre de séjour pour raison médicale ; qu'elle a été adoptée pendant son hospitalisation de sorte qu'il n'a pas pu exposer sa situation actuelle et qu'il n'a pas disposé du temps nécessaire pour se manifester auprès des services de la préfecture ;

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le délai de trente jours est insuffisant pour lui permettre d'exercer son droit d'asile de manière effective et de clôturer sa demande ; le recours qu'il a formé devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) est encore pendant ;

- il n'a pas été tenu compte de sa demande de titre de séjour pour raison de santé ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation dès lors que le seul fait que sa demande d'asile ait été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ne constitue pas une motivation suffisante ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il risque d'être tué s'il retourne en Géorgie ou en Russie ;

- possédant des documents d'identité russe et géorgien, aucun pays de renvoi n'est fixé et s'il est constaté qu'il est également de nationalité russe, il peut demander une reclassification de sa procédure d'asile en procédure normale ; il a formé auprès de l'OFPRA une demande de déclassement vers la procédure normale compte tenu de sa nationalité russe ;

- les actes d'état civil étrangers bénéficient d'une présomption de validité et l'OFPRA n'a pas apporté de preuve de falsification ;

- aucune recherche n'a été faite pour vérifier si la situation de la Géorgie ne se serait pas dégradée au point d'entacher d'illégalité le maintien de l'inscription de ce pays sur la liste des pays d'origine sûrs ;

- il est dépourvu de famille dans son pays d'origine ;

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son état de santé, nécessitant un passage infirmier quotidien à 8h00 le matin ne lui permet pas de se présenter trois jours par semaine au commissariat d'Aurillac entre 8h00 et 9h00.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 24 janvier 2024, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Le préfet n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien, est entré en France le 28 mai 2023. Il a présenté une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) rejetée le 2 novembre 2023, notifiée le 22 novembre 2023. Par arrêté du 22 novembre 2023, notifié le 18 décembre 2023, le préfet du Cantal l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a procédé au retrait de son attestation de demande d'asile, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et l'a assigné à résidence dans les limites de la commune d'Aurillac avec obligation de présentation au commissariat d'Aurillac trois fois par semaine entre 8h00 et 9h00. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces actes.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige, et plus particulièrement la décision fixant le pays de renvoi, comporte l'ensemble des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

4. M. B fait valoir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de ses conséquences sur sa situation personnelle, notamment sur son état de santé et que la décision lui accordant un délai de de départ volontaire de trente jours n'a pas tenu compte de sa demande de titre de séjour pour raison de santé. Toutefois, M. B, qui ne produit aucun document médical permettant de corroborer ses allégations relatives au dépistage d'une hépatite C ou encore à son hospitalisation en service de psychiatrie, ne démontre pas être dans l'impossibilité d'avoir un accès effectif à des traitements appropriés à ses pathologies en Géorgie. En tout état de cause, s'il se prévaut de la remise au 18 décembre 2023 d'un kit médical en vue d'obtenir un titre de séjour pour raisons de santé, il n'établit pas qu'à la date d'adoption de l'arrêté en litige il avait présenté une demande de titre sur ce fondement. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

5. S'il fait valoir qu'il n'a pas été mis en mesure d'exposer sa situation actuelle à l'administration dès lors que l'acte attaqué a été adopté et lui a été notifié pendant son hospitalisation et qu'il n'a pas pu se présenter au rendez-vous fixé par la préfecture le 1er décembre 2023 compte tenu de son état de santé précaire et de la nécessaire mise en place de soins, ces circonstances, postérieures à l'adoption de l'acte en litige, sont sans incidence sur sa légalité.

6. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision d'assignation à résidence, doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

8. Si le requérant soutient que le délai de départ volontaire n'est pas " suffisant pour [lui] permettre d'exercer [son] droit d'asile de manière effective et de clôturer [sa] demande d'asile ", il correspond cependant au délai de droit commun le plus long susceptible d'être accordé en application des dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B ne se prévaut d'aucune circonstance de nature à justifier que lui soit accordé, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Au surplus, l'OFPRA a rejeté, par décision du 2 novembre 2023, la demande d'asile du requérant en statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, M. B, ressortissant d'un pays sûr, ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du même code et ce, quand bien même il a exercé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) et a, à ce titre, été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Au demeurant, l'exercice de ce recours ne présente pas de caractère suspensif et n'induit aucun droit au maintien sur le territoire français pour l'intéressé. Dans ces conditions, le requérant, qui n'invoque par ailleurs aucun élément particulier de nature à justifier l'octroi d'un délai d'une durée supérieure, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En cinquième lieu, si le requérant indique qu'il lui est impossible de retourner en Géorgie ou en Russie, il n'apporte aucun élément de nature à établir les risques dont il se prévaut. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En sixième lieu, M. B fait valoir que, possédant des documents d'identité russe et géorgien, il a formé auprès de l'OFPRA une demande de déclassement vers la procédure normale compte tenu de sa nationalité russe et qu'aucune recherche n'a été faite pour vérifier si la situation en Géorgie ne se serait pas dégradée au point que ce pays ne pourrait plus être maintenu sur la liste des pays d'origine sûrs. Toutefois, dès lors qu'il n'appartient pas au tribunal administratif de se faire juge de la procédure d'asile, ces arguments sont sans incidence sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi prise à son encontre.

11. En dernier lieu, le requérant fait valoir que la décision d'assignation à résidence est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son état de santé, nécessitant un passage infirmier quotidien à 8h00 le matin, ne lui permet pas de se présenter trois jours par semaine au commissariat d'Aurillac entre 8h00 et 9h00. Toutefois, il résulte de ce qui précède que le requérant n'apporte aucun document médical au soutien de ses allégations et ne démontre pas que les contraintes médicales liées à sa maladie seraient incompatibles avec les modalités de son assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur d'appréciation doit être écarté. Le requérant ne démontre pas davantage que les mesures fixées par l'arrêté attaqué présentent un caractère disproportionné au regard de leur objet.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Cantal.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024

La présidente,

S. C Le greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

AC

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