LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400022

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400022

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 4 janvier 2024 sous le n°2400022, M. B, représenté par Me Shveda, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a retiré son attestation de demandeur d'asile ;

3°) d'accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours au profil de son épouse, Mme D, afin de lui permettre de recevoir des soins urgents et appropriés à son état de santé ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier d'examiner sa situation personnelle et de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été édictée en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle est entachée du défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est illégale dès lors que la préfète de l'Allier s'est estimée à tort en situation de compétence liée vis-à-vis des décisions de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires exceptionnelles ;

- c'est à tort que la préfète de l'Allier a fait application des articles L. 743-1 et L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant qu'il ne bénéficie plus du droit au maintien sur le territoire français dès lors que son enfant poursuit une scolarité en France et y bénéficie de soins médicaux ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours pouvait valablement lui être accordé à titre exceptionnel ; qu'en particulier, il n'existe aucun risque qu'il se soustrait à ses obligations et il existe un risque que ses filles soient excisées si elles retournent dans leur pays d'origine.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que sa fille risque de subir des traitements inhumains et dégradants si elle regagne son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 février 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 22 décembre 2023.

II. Par une requête enregistrée le 4 janvier 2024 sous le n°2400023, Mme F D, représentée par Me Shveda, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Allier l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a retiré son attestation de demandeur d'asile ;

3°) de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours afin de lui permettre de recevoir des soins urgents et appropriés à son état de santé ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier d'examiner sa situation personnelle et de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été édictée en méconnaissance de son droit à être entendue ;

- elle est entachée du défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est illégale dès lors que la préfète de l'Allier s'est estimée à tort en situation de compétence liée vis-à-vis des décisions de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie de circonstances humanitaires exceptionnelles ;

- c'est à tort que la préfète de l'Allier a fait application des articles L. 743-1 et L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant qu'elle ne bénéficie plus du droit au maintien sur le territoire français dès lors que son enfant poursuit une scolarité en France et y bénéficie de soins médicaux ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours pouvait valablement lui être accordé à titre exceptionnel ; qu'en particulier, il n'existe aucun risque qu'elle se soustrait à ses obligations et il existe un risque que ses filles soient excisées si elles retournent dans leur pays d'origine.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que sa fille risque de subir des traitements inhumains et dégradants si elle regagne son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 février 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme D a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 22 décembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 7 février 2024, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B et Mme D, ressortissants ivoiriens, sont entrés en France selon leurs déclarations le 14 octobre 2022, accompagnés de leur fille mineure et, ont présenté une demande d'asile le 16 mars 2023. Ces demandes ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par deux décisions du 22 mai 2023, refus confirmés par la Cour nationale du droit d'asile le 30 novembre 2023. Par deux arrêtés du 20 décembre 2023, la préfète de l'Allier les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et leur a retiré leur attestation de demandeurs d'asile. Par les présentes requêtes, M. B et Mme D demandent au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes présentées par M. B et Mme D sous les n°2400022 et n°2400023 concernent la situation d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y être statué par le présent jugement.

Sur l'admission à d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

4. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B et de Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les autres conclusions des requêtes :

5. En premier lieu, les arrêtés en litige ont été signés par M. Olivier Maurel, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, en vertu d'un arrêté du 28 juin 2023, régulièrement publié le 29 juin 2023, portant délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'acte doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants dans leurs écritures, les arrêtés en litige comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Au demeurant, la préfète de l'Allier n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation des requérants, mais seulement ceux sur lesquels elle s'est fondée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, tant s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français que de la décision fixant le pays de renvoi, ne peuvent qu'être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " ; qu'en vertu du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

8. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que ces dispositions s'adressent non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. S'il résulte toutefois également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union et qu'il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré, il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

9. Si les requérants semblent soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français sont illégales dès lors qu'ils n'ont pas été informés au préalable des motifs les ayant fondés, les dispositions précitées de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sauraient s'interpréter comme astreignant l'administration à une obligation d'information préalable. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. B et Mme D ont pu présenter les observations sur leurs situations qu'ils estimaient utiles dans le cadre de l'examen de leurs demandes d'asile. En outre, ils n'allèguent pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux ni même avoir été empêchés de présenter des observations ou de fournir des documents avant que ne soient prises les décisions attaquées. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que la préfète de l'Allier aurait méconnu leurs droits à être entendu.

10. En quatrième lieu, il ne ressort ni des pièces des dossiers ni des termes des arrêtés attaqués que la préfète de l'Allier se serait estimée en situation de compétence liée pour édicter les décisions en litige. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit doivent être écartés.

11. En cinquième lieu, il ne ressort ni de la lecture des arrêtés attaqués, ni d'aucune pièce des dossiers que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation des requérants avant d'édicter les mesures d'éloignement en litige. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen de leur situation personnelle doivent être écartés.

12. En sixième lieu, les requérants ne sauraient utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'ils n'ont pas sollicité de titre de séjour sur ce fondement, sur lesquels la préfète ne s'est, d'ailleurs, pas prononcée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ne peuvent qu'être écartés.

13. En septième lieu, d'une part, M. B et Mme D, qui se prévalent des dispositions des articles L. 743-1 et L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispositions abrogées et notamment reprises, depuis le 1er mai 2021, aux articles L. 542-1 et L. 542-4 de ce code, doivent être regardés comme invoquant la méconnaissance des dispositions de ces articles. Aux termes de l'article L. 542-1 précité : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-4 de ce même code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ". Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner sur le territoire national à ce titre jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), jusqu'à la lecture publique de la décision ou, lorsque la Cour a statué par ordonnance, jusqu'à la notification de celle-ci.

14. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

15. Il ressort des pièces des dossiers et, notamment des fiches Telemofpra produites par la préfète de l'Allier que les demandes d'asile des requérants ont été rejetées par des décisions de l'OFPRA du 22 mai 2023, lesquelles ont été notifiées le 2 juin suivant. Ces dernières ont été confirmées par la CNDA le 30 novembre 2023, décisions qui ont été notifiées le 4 décembre 2023. Dès lors, les requérants, qui ont perdu le bénéfice de leur droit au maintien sur le territoire français, ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que la préfète de l'Allier a fait application des dispositions précitées des articles L. 542-1 et L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, nonobstant la circonstance, laquelle n'est corroborée par aucune pièce du dossier, que leur fille poursuivrait une scolarité en France et y bénéficierait de soins médicaux. Pour les mêmes motifs, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les obligations de quitter le territoire français prises à leur encontre auraient été édictées en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du même code.

16. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

17. M. B et Mme D, qui sont entrés récemment sur le territoire français, font valoir que les obligations de quitter le territoire français prises à leur encontre méconnaissent les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'ils ont fui leur pays d'origine dans lesquels ils risquent d'être persécutés, qu'ils bénéficient d'un suivi médical en France, qu'ils ne constituent aucune menace pour l'ordre public et qu'ils n'ont fait l'objet d'aucune condamnation pénale. Toutefois, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir que la préfète de l'Allier a porté au droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Au demeurant, les requérants ne justifient ni de liens personnels et familiaux anciens, intenses en France, ni d'être dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, tant s'agissant des obligations de quitter le territoire prises à leur encontre que des décisions fixant le pays de destination, doivent être écartés. Il s'ensuit que M. B et Mme D ne peuvent davantage soutenir qu'ils pouvaient bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

19. Les requérants font valoir, qu'eu égard à leur situation personnelle, les décisions fixant un délai de départ volontaire de trente jours prises à leur encontre méconnaissent les dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ils font également valoir qu'il n'existe aucun risque qu'ils se soustraient à leurs obligations et que leurs filles risquent l'excision. Toutefois, il ne ressort pas des pièces des dossiers que les requérants auraient fait état devant la préfète de l'Allier, avant l'édiction des décisions attaquées, de circonstances particulières, propres à justifier une prolongation du délai de départ volontaire au-delà de trente jours. En tout état de cause, il ne résulte pas de tout ce qui précède que les requérants justifieraient de telles circonstances. Par suite, les moyens tirés de ce que les décisions fixant à trente jours le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

20. En dixième lieu, les requérants, qui se prévalent des dispositions de l'article L. 513-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispositions abrogées et notamment reprises, depuis le 1er mai 2021, à l'article L. 721-3 de ce code, doivent être regardés comme invoquant la méconnaissance des dispositions de ces articles. Aux termes de l'article L. 721-3 précité : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ".

21. Il ressort à ce titre des pièces des dossiers, particulièrement des termes des décisions attaquées, que la préfète ne s'est pas fondée, pour prendre les obligations de quitter le territoire français en litige, sur les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit ne peuvent qu'être écartés.

22. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

23. Si les requérants soutiennent que les décisions fixant le pays de destination méconnaissent l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il est toutefois constant que la décision attaquée envisage tant l'hypothèse d'un éloignement dans le pays dont les requérants ont la nationalité que celle d'un éloignement à destination de tout autre pays où ils seraient légalement admissibles. En outre, en se bornant à évoquer les risques d'excision encourus par leurs filles, les requérants n'apportent aucun élément de nature à établir qu'ils seraient exposés à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Côte d'Ivoire, alors qu'au demeurant, leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'OFPRA puis par la CNDA. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations ne peuvent qu'être écartés. Pour les mêmes motifs et alors que les mesures d'éloignement en litige n'ont pas pour objet ni pour effet de séparer les requérants de leurs enfants, ils ne sont pas plus fondés à soutenir que les décisions en litige méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. B et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de leurs conclusions présentées aux fins d'injonction, d'astreinte et en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Au demeurant, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de faire œuvre d'administrateur ou de prononcer des injonctions à l'égard de l'administration en dehors des hypothèses prévues par les articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, les conclusions tendant à ce qu'il soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours au profil de Mme D afin de lui permettre de recevoir des soins urgents et appropriés à son état de santé ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B et Mme D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme F D et à la préfète de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

La présidente,

S. E

La greffière,

M. C La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400022 - 2400023

ZR

Décisions similaires

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798

03/08/2026

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201

03/08/2026

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562

03/08/2026

TA77Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484

03/08/2026

← Retour aux décisions