vendredi 10 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400113 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS PHILIPPE PETIT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 janvier, 28 mai , 5 juillet et 12 juillet 2024 et un mémoire récapitulatif enregistré le 4 octobre 2024, produit à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, Mme B A, représentée par Me Cauro, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le président du conseil départemental de l'Allier a procédé à la suspension de son agrément d'assistante maternelle ;
2°) de condamner le conseil départemental de l'Allier à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis ;
3°) de mettre la somme de 2 500 euros à la charge du conseil départemental de l'Allier en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient, aux termes de son mémoire récapitulatif, que :
- en méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles, l'arrêté attaqué n'a pas été précédé de la saisine de la commission consultative paritaire départementale ;
- l'arrêté attaqué méconnaît le principe des droits de la défense dès lors qu'elle n'a pas eu accès à son dossier et pu présenter ses observations ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait ;
- le département de l'Allier a engagé sa responsabilité en raison des illégalités entachant l'arrêté attaqué ;
- elle a subi un préjudice moral évalué à 8 000 euros ;
- elle a subi une perte de revenus de 13 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 juin et 24 juillet 2024 et un mémoire récapitulatif enregistré le 4 octobre 2024, produit à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, le département de l'Allier, représenté par la SELARL Philippe Petit et associés, avocats, conclut :
- à titre principal, au non-lieu à statuer ;
- à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;
- et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été entièrement exécuté de sorte qu'il n'y a plus lieu à statuer sur la requête de Mme A ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Une ordonnance du 12 septembre 2024 a fixé la clôture d'instruction au même jour.
La demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme A a été rejetée par une décision du 16 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie ;
- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;
- et les observations de Me Cauro, représentant Mme A, et de Me Masson, représentant le département de l'Allier.
Considérant ce qui suit :
1. Par des arrêtés successifs, dont le dernier est daté du 13 août 2020, le président du conseil départemental de l'Allier a accordé à Mme A un agrément en qualité d'assistante maternelle. Par un arrêté en date du 16 novembre 2023, la même autorité a procédé à la suspension de cet agrément. La requérante demande l'annulation de cet arrêté ainsi que la réparation des préjudices dont elle fait état.
Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense par le département de l'Allier :
2. Contrairement à ce que soutient le département de l'Allier en défense, la circonstance que la décision suspendant l'agrément de Mme A ait été entièrement exécutée, n'a, par elle-même et à elle seule, pas privé d'objet la requête formée par l'intéressée contre cette mesure. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer tirée de l'exécution intégrale de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écartée.
Sur la légalité de la décision de suspension d'agrément de Mme A :
En ce qui concerne la consultation de la commission paritaire départementale :
3. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : " Lorsque la demande d'agrément concerne l'exercice de la profession d'assistant maternel, la décision du président du conseil départemental est notifiée dans un délai de trois mois à compter de cette demande. À défaut de notification d'une décision dans ce délai, l'agrément est réputé acquis. / Lorsque la demande d'agrément concerne l'exercice de la profession d'assistant familial, la décision du président du conseil départemental est notifiée dans un délai de quatre mois à compter de cette demande. À défaut de notification d'une décision dans ce délai, l'agrément est réputé acquis, ce délai pouvant être prolongé de deux mois suite à une décision motivée du président du conseil départemental. / Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié () ".
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles que le président du conseil départemental n'est pas soumis à l'obligation de saisir la commission paritaire départementale avant de suspendre l'agrément d'une assistante maternelle. Dès lors, Mme A ne peut utilement faire valoir que la décision suspendant son agrément n'a pas été précédée de la saisine de la commission consultative paritaire départementale alors que l'autorité départementale ne démontre pas l'urgence à s'abstenir de procéder à cette consultation. Par suite, ce moyen est inopérant et doit, pour ce motif, être écarté.
En ce qui concerne la motivation de la suspension d'agrément :
5. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : " () / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés () ".
6. La décision attaquée mentionne que l'agrément de Mme A est suspendu à compter du 15 novembre 2023 pour la durée de quatre mois à raison de " faits de violence dans le cadre de l'exercice du métier d'assistante maternelle ". Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision est insuffisamment motivée en fait.
En ce qui concerne le respect des droits de la défense :
7. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. / () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 dudit code : " () / Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. / En cas de retrait d'un agrément motivé notamment par la commission de faits de violences à l'encontre des mineurs accueillis, il ne peut être délivré de nouvel agrément à la personne à qui l'agrément a été retiré avant l'expiration d'un délai approprié, quel que soit le département dans lequel la nouvelle demande est présentée. Les modalités d'application du présent alinéa sont définies par décret en Conseil d'Etat. / La composition, les attributions et les modalités de fonctionnement de la commission présidée par le président du conseil départemental ou son représentant, mentionnée au troisième alinéa, sont définies par voie réglementaire () ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code, applicable aux assistants familiaux employés tant par des personnes morales de droit privé que, en vertu de l'article L. 422-1, par des personnes morales de droit public : " En cas de suspension de l'agrément, l'assistant maternel ou l'assistant familial relevant de la présente section est suspendu de ses fonctions par l'employeur pendant une période qui ne peut excéder quatre mois. Durant cette période, l'assistant maternel bénéficie d'une indemnité compensatrice qui ne peut être inférieure à un montant minimal fixé par décret. Durant la même période, l'assistant familial suspendu de ses fonctions bénéficie du maintien de sa rémunération, hors indemnités d'entretien et de fournitures. / () / L'assistant maternel ou l'assistant familial suspendu de ses fonctions bénéficie, à sa demande, d'un accompagnement psychologique mis à sa disposition par son employeur pendant le temps de la suspension de ses fonctions ".
8. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 421-6 et L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles que cette mesure de suspension, qui ne peut excéder quatre mois, constitue une mesure provisoire destinée à permettre de sauvegarder la santé, la sécurité et le bien-être des mineurs accueillis, durant les délais nécessaires notamment à la consultation de la commission consultative paritaire départementale et au respect du caractère contradictoire de la procédure, en vue, le cas échéant, d'une mesure de retrait ou de modification du contenu de l'agrément. Pendant la période de suspension de son agrément, l'assistant maternel ou familial employé par une personne morale de droit privé ou de droit public bénéficie d'une indemnité compensatrice. Le législateur a ainsi entendu, par ces dispositions, déterminer entièrement les règles de procédure auxquelles sont soumises ces mesures de suspension de l'agrément des assistants maternels ou familiaux, qui s'inscrivent dans le cadre de la modification ou du retrait éventuel de cet agrément, soumis à une procédure contradictoire préalable précisée à l'article R. 421-23 du même code. En outre, ni les dispositions des articles L. 421-6, L. 423-8 et R. 421-3 du code de l'action sociale et des familles, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire de ce code, n'imposent la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalablement à l'édiction d'une mesure de suspension d'un agrément d'assistante familiale. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ce qu'elle n'a pas été mise en mesure d'accéder à son dossier et de présenter ses observations préalablement à l'édiction de la mesure en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.
En ce qui concerne la matérialité des faits :
9. Il résulte des dispositions citées au point 7 du présent jugement qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis. Dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient, dans l'intérêt qui s'attache à la protection de l'enfance, de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux. Il peut procéder à la suspension de l'agrément lorsque ces éléments revêtent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et révèlent une situation d'urgence, ce dont il lui appartient le cas échéant de justifier en cas de contestation de cette mesure de suspension devant le juge administratif, sans que puisse y faire obstacle la circonstance qu'une procédure pénale serait engagée, à laquelle s'appliquent les dispositions de l'article 11 du code de procédure pénale.
10. Il ressort des pièces du dossier et notamment d'un rapport daté établi le 6 octobre 2023 à la suite d'une note d'incident que le service de protection maternelle et infantile a été informé d'agissements de Mme A susceptibles de compromettre la santé, la sécurité et l'épanouissement d'un enfant accueilli, consistant en la présence fréquente de tierces personnes à son domicile parfois accompagnées par des animaux potentiellement dangereux, en des " tapes " pour un pipi, en des cris lorsque l'enfant ne dort pas ou encore en l'abandon d'enfants dans un véhicule pendant plus d'une demi-heure. Si par les deux rapports en date du 6 octobre 2023 et du 18 octobre 2023, les services de la protection maternelle et infantile du département de l'Allier n'ont relevé aucun fait de violence et ont conclu qu'aucun élément ne remettait en question l'agrément de l'intéressée, il n'en demeure pas moins que le rapport du 6 octobre 2023 mentionne l'absence de relations apaisées entre cette dernière et les parents à l'origine du signalement avec lesquels elle a déclaré elle-même avoir des difficultés de communication résultant de leurs désaccords quant à la propreté et au retard de langage de l'enfant. Il ressort également du même rapport que Mme A a déclaré que l'enfant en cause était assez perturbé, qu'elle avait eu des difficultés à le rendre propre et qu'elle avait eu une altercation avec le père de celui-ci au cours des mois de mai, juin 2023, lorsque ce dernier lui avait demandé des explications à la suite des propos de son fils laissant entendre que l'intéressée le tapait. Enfin, le rapport du 18 octobre 2023, corrobore la présence importante de différents membres de la famille de Mme A à son domicile alors, de surcroît que ce rapport, sans remettre en cause l'agrément de l'intéressé, a estimé nécessaire un accompagnement par les services de la protection maternelle et infantile afin de reprendre son positionnement professionnel. Dans ces conditions, les rapports susmentionnés des 6 et 18 octobre 2023 tendaient à conforter tant les agissements de maltraitance physique que la forte présence de tiers au domicile de Mme A dénoncés par le signalement initial. Par suite, l'autorité départementale disposait, à la date de la décision en litige, d'éléments revêtant un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité révélant une suspicion de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur de fait.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions indemnitaires ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions du département de l'Allier présentées en application de ces mêmes dispositions à l'encontre de Mme A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du département de l'Allier tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2025.
Le rapporteur,
G. JURIE
La présidente,
R. CARAËS
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026