mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400231 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
I - Par la requête n°2400231, enregistrée le 31 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Remedem, avocat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 30 janvier 2024 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de deux ans et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation ;
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que,
l'obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est illégale dès lors que son placement en garde à vue était injustifié et irrégulier ;
- est illégale dès lors qu'elle lui a été irrégulièrement notifiée ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la mesure d'éloignement en litige n'est pas justifiée par un besoin social impérieux ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;
la décision fixant le pays d'éloignement :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;
l'interdiction de retour :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est illégale, dès lors qu'au regard des dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile il n'était pas dans l'obligation de quitter le territoire français.
Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas présenté d'observation.
II - Par la requête n°2400232, enregistrée le 31 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Remedem, avocat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 30 janvier 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour la durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que,
l'assignation à résidence :
- est entachée d'incompétence ;
- est illégale, dès lors que son placement en garde à vue était injustifié et irrégulier ;
- est illégale, dès lors qu'elle lui a été irrégulièrement notifiée ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire français ;
- constitue une atteinte excessive à sa liberté d'aller et de venir ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation.
Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas présenté d'observation.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jurie, premier conseiller, pour statuer en application de l'article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Remedem, représentant M. A, qui a repris les moyens de la requête et a également soutenu que :
la décision fixant le pays d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
l'interdiction de retour sur le territoire français :
est illégale dès lors qu'elle est injustifiée et a été prise automatiquement par l'autorité préfectorale alors que cette dernière n'est pas tenue d'édicter une telle mesure ;
est disproportionnée eu égard à sa situation personnelle ;
l'assignation à résidence :
est illégale dès lors que l'autorité préfectorale a relevé qu'il ne bénéficiait pas de garanties suffisantes ;
est illégale, dès lors qu'il n'existe pas de perspectives raisonnables d'éloignement dans la mesure où l'autorité préfectorale ne justifie pas de démarches concrètes mises en œuvre afin de l'éloigner.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°2400231 et n°2400232 présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Par des décisions en date du 30 janvier 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a obligé M. A, ressortissant afghan, à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de deux ans et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par un arrêté distinct, daté du même jour, l'autorité préfectorale a assigné l'intéressé à résidence pour la durée de 45 jours. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Selon les dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
4. Par ses requêtes, M. A demande à être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer en application des dispositions précitées de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle au titre des requêtes n°2400231 et n°2400232.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
5. La seule circonstance que l'autorité préfectorale ne produit pas en défense d'éléments susceptibles d'établir la compétence du signataire de la décision en litige ne permet pas, en elle-même, de regarder cette dernière comme étant entachée d'incompétence. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'obligation de quitter le territoire en litige ne peut qu'être écarté.
6. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a obligé M. A à quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet doit être écarté.
8. Aux termes de l'article L. 812-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger doit être en mesure de présenter les pièces ou documents sous le couvert desquels il est autorisé à circuler ou à séjourner en France à toute réquisition d'un officier de police judiciaire de la police nationale ou de la gendarmerie nationale et, sur l'ordre et sous la responsabilité de celui-ci, des agents de police judiciaire et agents de police judiciaire adjoints mentionnés à l'article 20 et au 1° de l'article 21 du code de procédure pénale, dans les conditions prévues à la présente section ". Aux termes de l'article L. 812-2 du même code : " Les contrôles des obligations de détention, de port et de présentation des pièces et documents prévus à l'article L. 812-1 peuvent être effectués dans les situations suivantes : / 1° En dehors de tout contrôle d'identité, si des éléments objectifs déduits de circonstances extérieures à la personne même de l'intéressé sont de nature à faire apparaître sa qualité d'étranger ; ces contrôles ne peuvent être pratiqués que pour une durée n'excédant pas six heures consécutives dans un même lieu et ne peuvent consister en un contrôle systématique des personnes présentes ou circulant dans ce lieu ; / 2° A la suite d'un contrôle d'identité effectué en application des articles 78-1 à 78-2-2 du code de procédure pénale, selon les modalités prévues à ces articles, si des éléments objectifs déduits de circonstances extérieures à la personne même de l'intéressé sont de nature à faire apparaître sa qualité d'étranger ; / 3° En application de l'article 67 quater du code des douanes, selon les modalités prévues à cet article ".
9. Les mesures de contrôle et de retenue que prévoient ces dispositions sont uniquement destinées à la vérification du droit de séjour et de circulation de l'étranger qui en fait l'objet et sont placées sous le contrôle du procureur de la République. Elles sont distinctes des mesures par lesquelles le préfet fait obligation à l'étranger de quitter le territoire ou décide son placement en rétention. Dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des conditions du contrôle et de la retenue qui ont, le cas échéant, précédé l'intervention de mesures d'éloignement d'un étranger en situation irrégulière, les conditions dans lesquelles M. A a été contrôlé en application des dispositions précitées des articles L. 812-1 et L. 812-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement en litige. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la retenue administrative de M. A est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.
10. Les conditions de notification de l'obligation de quitter le territoire français, dans la mesure notamment où elles sont postérieures à son édiction, sont en tout état de cause sans incidence sur sa légalité. Il suit de là que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de notification de la mesure d'éloignement attaquée est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.
11. Il ne résulte pas des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français serait subordonnée à l'existence d'" un besoin social impérieux ". Dès lors, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement en litige ne serait pas justifiée par un tel besoin est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.
12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. M. A expose qu'il est de nationalité afghane ; qu'il a quitté son pays afin de fuir les exactions dont il était l'objet ; qu'il est entré en France le 7 février 2020 ; qu'il a sollicité l'asile auprès des autorités françaises le 5 mars 2020 ; que depuis son arrivée en France, il n'a eu de cesse que de vouloir s'insérer socialement et professionnellement et que son état de santé nécessite qu'il fasse l'objet de soins. Toutefois, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué non contestés par le requérant, qu'il est célibataire et sans enfant sur le territoire français où il ne dispose d'aucun lien intense, ancien ou stable. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est au demeurant pas allégué par l'intéressé qu'il serait dépourvu d'attache familiale dans son pays d'origine. Par ailleurs, si M. A expose que sa nationalité n'est nullement établie, il se prévaut dans ses propres écritures de sa nationalité afghane. Enfin, il n'est ni corroboré par les éléments médicaux dont se prévaut le requérant ni même, au demeurant, allégué par lui, que son état de santé nécessiterait des soins dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine. Il suit de là que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de M. A ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale, en l'obligeant à quitter le territoire français, aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 13 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la légalité de la décision fixant le pays d'éloignement :
15. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a fixé le pays d'éloignement M. A comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.
16. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A préalablement à la détermination de son pays d'éloignement. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet doit être écarté.
17. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
18. M. A expose qu'eu égard à son état de santé un retour dans son pays d'origine l'expose à des traitements inhumains ou dégradants. Toutefois, ainsi qu'il a été précédemment énoncé, aucun des éléments médicaux soumis à l'appréciation du tribunal par le requérant ne tend à corroborer que son état de santé nécessiterait des soins dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie en Afghanistan. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A encourrait personnellement des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en déterminant son pays d'éloignement, l'autorité préfectorale aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la légalité de l'interdiction de retour :
19. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a interdit le retour de M. A sur le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.
20. Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. / Lorsque la décision fixant le pays de renvoi est notifiée postérieurement à la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'éloignement effectif ne peut non plus intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester cette décision, ni avant que le tribunal administratif n'ait statué sur ce recours s'il a été saisi. / Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des possibilités d'assignation à résidence et de placement en rétention prévues au présent livre ".
21. Le requérant soutient que le préfet du Puy-de-Dôme ne pouvait édicter une interdiction de retour à son encontre dès lors " qu'au regard des dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile il n'était nullement dans l'obligation de quitter le territoire français ". Toutefois, M. A n'expose pas dans ses écritures en quoi sa situation ferait obstacle, au regard des dispositions précitées de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".
23. M. A soutient que l'interdiction de retour est illégale dès lors qu'elle est injustifiée et qu'elle a été prise automatiquement par l'autorité préfectorale alors que cette dernière n'est pas tenue d'édicter une telle mesure. Toutefois, l'intéressé ne conteste pas les mentions de l'arrêté en litige selon lesquelles aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé et il ne justifie pas de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.
24. Le requérant fait valoir que l'interdiction de retour prise à son encontre est disproportionnée eu égard à sa situation personnelle. Toutefois, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté en litige que M. A s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 16 novembre 2022. En outre, ainsi qu'il a été énoncé au point 13 du présent jugement, aucun des éléments dont se prévaut l'intéressé tenant à sa vie privée et familiale ainsi qu'à son état de santé ne s'opposent à son éloignement du territoire français pendant la durée de deux ans. Par suite, le moyen tiré de la disproportion de l'interdiction de retour doit être écarté.
Sur la légalité de l'assignation à résidence :
25. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, l'assignation à résidence attaquée ne peut être regardée comme étant entachée d'incompétence.
26. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 du présent jugement, l'assignation à résidence attaquée ne peut être regardée comme étant entachée d'un vice de procédure tiré de l'éventuel caractère injustifié et irrégulier du placement en retenue administrative de M. A.
27. Les conditions de notification de l'assignation à résidence attaquée, dans la mesure notamment où elles sont postérieures à son édiction, sont en tout état de cause sans incidence sur sa légalité. Il suit de là que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de notification de cette décision est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.
28. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A préalablement à l'édiction de l'assignation à résidence en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet doit être écarté.
29. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a assigné M. A à résidence comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.
30. Eu égard à ce qui a été précédemment énoncé au point 14 et au point 21 du présent jugement, les moyens tirés de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de l'interdiction de retour, tels que soulevés contre l'assignation à résidence, doivent être écartés.
31. Aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français ". Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
32. Contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance que l'autorité préfectorale a relevé qu'il ne bénéficiait pas de garanties suffisantes est sans incidence sur la légalité de la décision par laquelle il a été assigné à résidence alors, de surcroît qu'il ne conteste pas les mentions de l'arrêté en litige selon lesquelles il fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.
33. M. A soutient que la décision l'assignant à résidence est illégale, dès lors qu'il n'existe pas de perspectives raisonnables d'éloignement dans la mesure où l'autorité préfectorale ne justifie pas de démarches concrètes mises en œuvre afin de l'éloigner. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité préfectorale, pour décider d'une mesure d'assignation à résidence en application des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de justifier des diligences accomplies par ses services pour procéder à l'exécution de la mesure d'éloignement en vue de laquelle cette mesure a été édictée. Par suite, ce moyen doit être écarté.
34. Le requérant soutient que l'assignation à résidence pour la durée renouvelable de 45 jours et l'obligation de se présenter tous les jours à 9 heures 00 auprès des services de police y compris les jours fériés, sont injustifiées et constituent des atteintes excessives à la liberté d'aller et de venir. Toutefois, M. A n'expose pas dans ses écritures en quoi consisteraient concrètement les atteintes dont il fait état au regard de sa situation personnelle. Par suite, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien fondé et doit, pour ce motif, être écarté.
35. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés au point 34 du présent jugement, M. A n'est pas fondée à soutenir que l'assignation à résidence en litige serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
36. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire au titre des requêtes n°2400231 et n°2400232.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
Le magistrat désigné,
G. JURIE
La greffière,
N. BLANC
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400231 et N°240023
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026