vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400293 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 8 février 2024 et le 14 février 2024, M. A B, représentée par l'AARPI Ad'Vocare, Me Bourg, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de communiquer la copie de l'entier dossier contenant les pièces sur la base desquelles les décisions attaquées ont été prises ;
3°) d'annuler la décision du 6 février 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
4°) d'annuler la décision du 6 février 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence au 19 rue de l'hôtel de ville à Combronde pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint, d'une part, à résider à l'adresse où il est assigné à résidence tous les jours entre 6h00 et 9h00, d'autre part, à se présenter tous les jours à 10h, y compris les dimanches et jours fériés, à la brigade de gendarmerie de Combronde, afin de faire constater qu'il respecte cette assignation à résidence ;
5°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour une durée de douze mois ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'accord du bénéfice de l'aide juridictionnelle ou une somme de 1 200 euros à son profit en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de refus d'accord du bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- Sur les deux décisions :
* elles sont entachées d'un défaut d'examen suffisant de sa situation ;
- Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
* il justifie de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- Sur la décision portant assignation à résidence :
* elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 731-1 du code de justice administrative ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire mais des pièces qui ont été enregistrées le 11 février 2024.
La requête a également été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n'a pas produit ni mémoire en défense, ni pièces avant la clôture de l'instruction intervenue à l'issue de l'audience publique du 15 février 2024 à 10h.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-14 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 février 2024 à 10h, en présence de Mme Humez, greffière d'audience :
- le rapport de M. Debrion,
- et les observations de Me Bourg, avocate de M. B, qui a repris le contenu de ses écritures et a indiqué abandonner son moyen tiré d'un défaut d'examen suffisant de la situation de son client soulevé au soutien de ses conclusions en annulation des deux décisions en litige.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 31 mars 2023 notifié le 24 avril 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris à l'encontre de M. B, ressortissant turc né le 29 septembre 2000, une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par une décision du 6 février 2024 notifiée le même jour, le préfet du Puy-de-Dôme a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par une décision du même jour, le préfet du Puy-de-Dôme a assigné à résidence M. B pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint, d'une part, à résider à l'adresse où il est assigné à résidence tous les jours entre 6h00 et 9h00, d'autre part, à se présenter tous les jours à 10h, y compris les dimanches et jours fériés, à la brigade de gendarmerie de Combronde, afin de faire constater qu'il respecte cette assignation à résidence. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions prises à son encontre par le préfet du Puy-de-Dôme le 6 février 2024.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 19-1 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " La commission ou la désignation d'office ne préjuge pas de l'application des règles d'attribution de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution, y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : () 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté ; () ". L'article 39 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020, modifié par l'article 3 du décret n° 2021-810 du 24 juin 2021 dispose que : " Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat dans le cadre d'une procédure mentionnée à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d'aide. ".
3. Il résulte de ces dispositions que la rétribution d'un avocat désigné d'office pour représenter devant le tribunal un étranger assigné à résidence dans une instance relative à sa procédure d'éloignement n'est pas subordonnée au dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle. En l'espèce, Me Bourg a été désignée d'office pour représenter M. B. Par suite, les conclusions présentées par le requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire doivent être rejetées.
Sur la demande de communication de l'entier dossier du requérant :
4. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". Il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration, l'affaire étant en état d'être jugée, le principe du contradictoire ayant été respecté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ".
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ne se serait pas maintenu en situation irrégulière au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été octroyé par le préfet des Bouches-du-Rhône dans son arrêté du 31 mars 2023. Ni le fait qu'il ait déposé une demande de régularisation par le travail au titre de ses trois années de présence cumulées en France et en se prévalant de plus d'un an d'activité dans un métier en tension, ce dont, au demeurant, il ne justifie pas, ni le fait qu'il établisse avoir pris un billet d'avion pour la Turquie ne constituent des circonstances humanitaires au sens et pour l'application de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une telle circonstance n'est pas non plus caractérisée par la relation qu'il entretient avec une ressortissante française, laquelle était récente à la date de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Si M. B est en couple avec une ressortissante française, ce couple s'est formé, selon les propres dires de la compagne du requérant, le 11 septembre 2023 et présentait donc un caractère récent à la date de la décision en litige. L'intéressé ne justifie pas d'autres liens en France, ni d'une intégration particulière. Il n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine dans lequel il a vécu l'essentiel de son existence. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme a méconnu les stipulations citées au point précédent en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
9. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
10. Si M. B établit être en possession d'un billet d'avion pour un vol à destination d'Istanbul le 23 février 2024, il n'établit ni même n'allègue avoir réservé ce billet d'avion avant que le préfet du Puy-de-Dôme édicte, le 6 février 2024, la décision d'assignation à résidence en litige. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet a considéré qu'il ne pouvait pas quitter immédiatement le territoire français et donc que l'autorité administrative a commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 731-1 du code de justice administrative ainsi qu'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. B n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Puy-de-Dôme et au préfet des Bouches du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
Le magistrat désigné,
J-M. DEBRIONLa greffière,
C. HUMEZ
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026