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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400318

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400318

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a annulé la décision implicite de rejet du préfet du Puy-de-Dôme refusant de délivrer une carte de séjour pluriannuelle à Mme B, ressortissante albanaise bénéficiaire de la protection subsidiaire. Le tribunal a jugé que cette décision méconnaissait les dispositions de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui imposent la délivrance d'un tel titre dès l'octroi de la protection. Toutefois, les conclusions à fin d'injonction ont été rejetées, Mme B ayant obtenu la carte de séjour sollicitée en cours d'instance. L'État a été condamné à verser 1 200 euros à son avocate au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 février 2024, Mme C B, représentée par Me Léa Vaz de Azevedo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a implicitement refusé de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jours de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, assortie d'une autorisation de travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous la même astreinte que précédemment;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, assortie d'une autorisation de travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable en raison de l'existence d'une décision implicite de refus de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle.

Postérieurement à la clôture d'instruction intervenue le 9 août 2024 dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, un mémoire produit par le préfet du Puy-de-Dôme a été enregistré le 18 septembre 2024.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été refusé à Mme B par une décision du 11 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Vaz de Azevedo, représentant Mme B.

Une note en délibéré, présentée par Mme B, a été enregistrée le 19 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ". Par la présente requête, elle demande au tribunal de prononcer l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardée par le préfet du Puy-de-Dôme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger ". Selon les dispositions de l'article R. 424-7 du même code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 424-9 ou L. 424-11 dans un délai de trois mois à compter de la décision d'octroi de la protection subsidiaire par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. () ". Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon les dispositions de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle s'est vu délivrer par le préfet du Puy-de-Dôme un récépissé de demande de carte de séjour le 7 août 2023. En conséquence, la requérante établit avoir déposé, au plus tard le 7 août 2023, sa demande de titre de séjour. Suite au silence gardé par le préfet du Puy-de-Dôme pendant un délai de quatre mois, une décision implicite de rejet est née.

4. D'autre part, par une décision du 30 septembre 2019, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire à Mme B. En conséquence de l'effet recognitif de cette protection, qui implique que le préfet délivre un titre de séjour, Mme B est fondée à soutenir que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle est, par suite, fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet du préfet du Puy-de-Dôme

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il résulte de l'instruction que Mme B a obtenu la carte de séjour sollicitée le 7 mars 2024. Dans ces conditions, les conclusions présentées à fin d'injonction doivent nécessairement être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé à Mme B le titre de séjour qu'elle sollicitait est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requérante est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caroline Bentéjac, présidente,

M. Jean-François Bordes, premier conseiller,

M. Christophe Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

C. A

La présidente,

C. BENTÉJAC

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400318

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