vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400344 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 14 février 2024 et le 16 février 2024, M. A E et Mme B D épouse E, agissant en leurs propres noms et en qualité de représentants légaux de leur enfant mineur C E, représentés par Me Demars, demandent au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de leur attribuer une place dans un centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile ou dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de leur attribuer une place d'hébergement au titre du dispositif d'hébergement d'urgence dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à leur conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'admission à l'aide juridictionnelle ou à leur profit sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de leur demande d'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'ils sont exposés à la rue dans un contexte où les températures nocturnes sont froides ; ils sont confrontés à des problèmes de santé physique liés au froid et au manque d'hygiène ainsi qu'à des problèmes psychologiques ; du fait des températures nocturnes, ils sont en situation d'hypothermie ; ils se trouvent dans une situation de vulnérabilité dès lors que leur enfant mineur souffre d'un trouble du neurodéveloppement qui se manifeste par une agitation psychomotrice et par des difficultés de communication, et est exposé à un risque sérieux de dénutrition ; l'état de santé de leur fils nécessite un environnement stable et sain, ce qui inclut un logement et un suivi médical spécialisé ; ils sont en situation de précarité dès lors qu'ils disposent d'un accès limité aux ressources de base en matière d'alimentation, d'hygiène et de soins compte tenu de la forte fréquentation de la structure de premier accueil pour demandeurs d'asile de Clermont-Ferrand ; ils n'ont pas encore perçu le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile et le montant de cette allocation est en tout état de cause modique et ce dans un contexte de hausse générale des prix ; ils ne disposent d'aucune aide extérieure ; pour toutes ces raisons, ils doivent être regardés comme se trouvant dans une situation de détresse médicale, psychique et sociale au sens des dispositions de l'article L. 345-2-2 code de l'action sociale et des familles ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à des conditions matérielles d'accueil décentes, à leur droit de ne pas subir de carence caractérisée dans le cadre de l'hébergement d'urgence, à l'intérêt supérieur de leur enfant mineur et à leur droit de ne pas subir des traitements inhumains ou dégradants ;
- ils n'ont bénéficié d'aucune orientation vers un lieu d'hébergement d'urgence et les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ainsi que le service intégré d'accueil et d'orientation ne justifient pas avoir accompli des diligences au titre de la recherche d'une place d'hébergement à leur bénéfice.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2024 à 16h06, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2024 à 16h37, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Il soutient qu'un hébergement adapté pour les requérants a été identifié.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a produit ni mémoire en défense, ni pièces dans cette instance en référé.
Mme D épouse E a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 14 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 février 2024 à 10h, en présence de Mme Humez, greffière d'audience :
- le rapport de M. Debrion,
- et les observations de Me Demars, avocat des requérants, qui a notamment repris le contenu de ses écritures.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme E au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. En revanche, la présente requête ne saurait donner lieu à plusieurs décisions d'admission provisoire au titre de l'aide juridictionnelle, de sorte que M. E ne peut être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
4. Les requérants demandent, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, à titre principal, d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de leur attribuer une place dans un centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile ou dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de leur attribuer une place d'hébergement au titre du dispositif d'hébergement d'urgence dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte.
5. Il résulte de l'instruction que le 15 février 2024, soit postérieurement à l'introduction de la requête, les services de l'OFII justifient, par le document intitulé " notification à se présenter à un hébergement pour demandeur d'asile " en date du 15 février 2024, que les requérants sont en cours d'orientation vers une structure d'hébergement. Dans ces conditions, et quand bien même l'hébergement n'interviendrait pas immédiatement, les conclusions tendant à ce que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur les frais liés au litige :
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par les requérants sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme E est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. E et de Mme D épouse E tendant à ce que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E, à Mme B D épouse E, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet du Puy-de-Dôme.
Fait à Clermont-Ferrand, le 16 février 2024.
Le juge des référés,
J-M. DEBRION
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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