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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400361

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400361

vendredi 23 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2400361 le 17 février 2024, M. A B, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

Il soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès que la commission du titre de séjour n'a pas été consultée alors qu'il justifie résider en France depuis dix ans ; par ailleurs, la décision litigieuse n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre l'administration et le public ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'appréciation des faits et méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie résider en France depuis de nombreuses années et notamment au cours des années 2014 à 2019 ; par ailleurs, elle contient une critique de ce qu'il travaille alors que ses activités professionnelles établissent son intégration sociale au sein de la société française ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français, la décision portant refus de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elles sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait qu'elle est fondée sur l'inexécution d'une mesure d'éloignement émise le 6 avril 2013, il y a plus de dix ans ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2400362 le 17 février 2024, M. A B, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Allier l'a assigné à résidence pour 45 jours.

Il soutient que la décision portant assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui la fondent.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jaffré, première conseillère, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 22 février 2024 à 11h en présence de Mme Petit, greffière d'audience, Mme Jaffré a lu son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turque, est entré en France en 2011 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 30 mars 2012 et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 17 octobre 2012. Il a présenté une demande titre de séjour le 26 juin 2023. Par un arrêté du 9 janvier 2024, la préfète de l'Allier a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par une décision du même jour, l'intéressé a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par les présentes requêtes qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'étendue du litige :

2. Il appartient au magistrat désigné de ne se prononcer que sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. La formation collégiale du tribunal reste cependant saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celle-ci. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. B, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qui leur sont accessoires.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, dans sa rédaction applicable à la date de la décision en litige : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

4. La consultation obligatoire de la commission du titre de séjour, telle qu'elle est prévue par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a pour objet d'éclairer l'autorité administrative sur la possibilité de régulariser la situation administrative d'un étranger et constitue pour ce dernier une garantie substantielle. Le préfet n'est tenu de saisir cette commission que si l'étranger sollicitant un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions justifie d'une présence continue de dix ans sur le territoire français.

5. En l'espèce, M. B déclare être entré en France le 20 mai 2011 et résider habituellement sur le territoire national depuis cette date. Il est constant que le requérant a présenté une demande d'asile à son arrivée et que cette demande d'asile a été définitivement rejetée le 17 octobre 2012. Le requérant a produit de nombreuses pièces médicales, au moins deux par années sur la période de 2014 à 2019, ainsi qu'un contrat de travail datée du 1er septembre 2021. Tout en critiquant les pièces produites, la préfète de l'Allier reproche au requérant de ne pas avoir exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre le 6 avril 2013 et de s'être maintenu sur le territoire depuis cette date, soit plus de dix ans avant l'édiction du refus de titre litigieux, ainsi que d'avoir travaillé plusieurs années irrégulièrement. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme établissant sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué du 9 janvier 2024. Par suite, la préfète était tenue de soumettre la demande de l'intéressé, présentée notamment sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la commission du titre de séjour. En l'absence d'une telle saisine, qui constitue une garantie pour M. B, le refus de titre litigieux en litige a été pris au terme d'une procédure irrégulière. Par suite, M. B est fondé à exciper de l'illégalité de cette décision contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que par voie de conséquence, de la décision portant refus de délai volontaire, la décision fixant le pays de destination, l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'assignation à résidence contenues dans les arrêtés du 9 janvier 2024 de la préfète de l'Allier.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que la préfète de l'Allier procède à un nouvel examen de la demande de M. B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois suivant la date de notification du présent jugement et, dans l'attente, de munir sans délai M. B d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. B dirigées contre la décision portant refus de séjour du 9 janvier 2024 sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Clermont-Ferrand.

Article 2 : Les décisions de la préfète de l'Allier du 9 janvier 2024 portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai volontaire, pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et assignation à résidence sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Allier, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, de réexaminer la demande d'admission au séjour présentée par M. B, et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à préfète de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.

La magistrate désignée,

M. JAFFRÉLa greffière

C. PETIT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos2400361 ; 240036

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