vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400375 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 février et 9 août 2024, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 décembre 2023 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a refusé de lui délivrer une carte professionnelle ;
2°) d'enjoindre au directeur du conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une carte professionnelle ;
3°) de condamner le conseil national des activités privées de sécurité à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'aucune décision de poursuite n'a été prise à son égard, qu'aucune sanction pénale ne lui a été notifiée et qu'aucun comportement " pénalement répréhensible " ne peut lui être reproché ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;
- l'illégalité de la décision attaquée est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration ;
- il a subi un préjudice moral et psychologique évalué à 5 000 euros ;
- son préjudice est la résultante directe de la décision attaquée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie ;
- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier daté du 17 octobre 2023, M. B a saisi le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) d'une demande de délivrance d'une carte professionnelle. Par une décision en date du 28 décembre 2023, le directeur du CNAPS a rejeté cette demande. Le requérant demande l'annulation de cette décision.
Sur la légalité de la décision du 28 décembre 2023 :
2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ".
3. Pour refuser de délivrer la carte professionnelle d'agent privé de sécurité à M. B, le directeur du CNAPS a relevé que l'intéressé avait été mis en cause pour des faits de vol et d'accès frauduleux dans un système de traitement automatisé de données, commis du 3 décembre 2018 au 11 décembre 2018. Le directeur du CNAPS a retenu que ces faits étaient d'une particulière gravité et portaient atteinte à l'honneur et à la probité au sens de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.
4. M. B fait valoir que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait dès lors que les pièces produites par le CNAPS en défense sont dépourvues de valeur probante ; que la plainte déposée à son encontre reposait sur des allégations unilatérales de son employeur et que ce dernier " n'avait d'autre solution que d'imaginer de prétendus faits qui n'ont jamais existé pour pouvoir entreprendre [son] licenciement pour faute grave ". Toutefois, il ressort des mentions de la lettre de licenciement du 11 janvier 2019, non contestées sur ce point par le requérant, que l'employeur de M. B lui a, entre autres motifs, reproché d'avoir, au cours du mois de décembre 2018, emporté, sans y être autorisé, des documents appartenant à l'entreprise et de s'être borné à justifier ce comportement en rétorquant qu'il avait détruit ces documents. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas même allégué par M. B, qu'il aurait contesté le bien-fondé dudit licenciement et notamment la réalité des faits susmentionnés. Dans ces conditions et quand bien même M. B n'aurait pas fait l'objet d'une condamnation pénale pour des faits de vol et d'accès frauduleux dans un système de traitement automatisé de données, il n'est pas fondé à soutenir que les faits sur lesquels s'est fondé le directeur du CNAPS pour refuser de lui délivrer la carte d'agent privé de sécurité sont matériellement erronés.
5. M. B soutient qu'aucune décision de poursuite n'a été prise à son égard ; qu'aucune sanction pénale ne lui a été notifiée et qu'aucun comportement répréhensible pénalement ne peut lui être reproché. Toutefois, M. B ne peut utilement se prévaloir de l'absence de condamnation pénale à son égard ainsi que de l'absence de comportement " pénalement répréhensible " dès lors que la décision en litige est fondée sur les dispositions précitées du 2° de l'article de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure et non sur celles du 1° du même article. En outre, aucun des éléments produits devant le tribunal ne tend à corroborer que le procureur de la République n'a pas exercé de poursuites pour les faits imputés par le directeur du CNAPS à M. B alors, de surcroît, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que ces faits auraient été classés sans suite par le parquet compétent. Enfin, ainsi qu'il a été précédemment énoncé, l'intéressé ne conteste pas les mentions de la lettre de licenciement du 11 janvier 2019 selon lesquelles, au cours du mois de décembre 2018, il a emporté, sans y être autorisé, des documents appartenant à son entreprise et a justifié ce comportement devant son employeur en se bornant à rétorquer qu'il avait détruit ces documents. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.
Sur la réparation du préjudice invoqué par M. B :
6. Compte tenu de ce qui a été énoncé aux points 3 à 5 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'illégalités fautives de nature à engager la responsabilité du CNAPS.
7. Il résulte de ce tout qui précède que les conclusions à fin d'annulation et, en tout état de cause, d'indemnisation présentées par M. B doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
Le rapporteur,
G. JURIE
La présidente,
R. CARAËS
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400375
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