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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400378

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400378

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrée sous le numéro 2400378 le 19 février 2024, M. B A, représenté par la SCP Blanc-Barbier-Vert-Remedem et Associés, Me Remedem demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a décidé d'exécuter la décision d'éloignement prise à son encontre par les autorités italiennes en quittant le territoire français, en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative en l'autorisant à déposer une demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant éloignement du territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure du fait de l'irrégularité de son interpellation et du contrôle de son droit au séjour dont il a fait l'objet ;

- elle a été irrégulièrement notifiée ;

- elle méconnaît l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la mesure d'éloignement en litige n'est pas justifiée par un besoin social impérieux ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ; en effet, il a fui les exactions dont il faisait l'objet dans son pays d'origine et il s'est inséré au sein de la société française ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation.

Vu les autres pièces du dossier.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2400379 le 19 février 2024, M. B A, représenté par la SCP Blanc-Barbier-Vert-Remedem et Associés, Me Remedem demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2024 du préfet du Puy-de-Dôme portant assignation à résidence pour une période de 45 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que la décision portant assignation à résidence :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est entachée d'un vice de procédure du fait de l'irrégularité de son interpellation et du contrôle de son droit au séjour dont il a fait l'objet ;

- a été irrégulièrement notifiée ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui la fonde ;

- porte une atteinte excessive à sa liberté individuelle et sa liberté d'aller et venir ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation qui n'a pas été exactement pris en compte ;

Des pièces ont été produites par le préfet du Puy-de-Dôme le 22 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et de l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jaffré, première conseillère, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 22 février 2024 à 14h en présence de Mme Petit, greffière d'audience, Mme Jaffré a lu son rapport et entendu les observations de Me Remedem, qui reprend ses écritures et fait valoir que les pièces produites par l'administration contiennent des incohérences de date et de nom démontrant qu'à supposer qu'une mesure d'éloignement italienne aurait été prise, cette décision ne concerne pas la même personne ; par ailleurs, une demande de titre de séjour et d'asile a été faite pendant l'interpellation et n'a pas été prise en compte.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, est entré en France en novembre 2019 selon ses déclarations. Il a été interpellé lors d'un contrôle de la police aux frontières le 17 février 2024. Par un arrêté du 17 février 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a décidé d'exécuter la décision d'éloignement prise à son encontre par les autorités italiennes en quittant le territoire français, en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par une décision du même jour, l'intéressé a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par les présentes requêtes qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme C, sous-préfète de l'arrondissement de Riom, qui bénéficiait d'une délégation de signature selon un arrêté du 9 octobre 2023 du préfet du Puy-de-Dôme, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ladite préfecture, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de cette préfecture, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Puy-de-Dôme à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives au droit au séjour et à l'éloignement des ressortissants étrangers. Par suite, et alors que le requérant se borne à soutenir qu'il n'est pas établi que le préfet du Puy-de-Dôme ait été empêché, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit, ainsi, être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée vise le 1° de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le requérant fait l'objet d'une mesure d'éloignement émise par les autorités italiennes. Par ailleurs, elle indique des éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé et comporte une appréciation faite par l'autorité préfectorale sur ces éléments. Cette décision comporte ainsi les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, les conditions d'interpellation et de placement en retenue administrative de M. A sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, si les conditions de notification des décisions peuvent avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours, elles sont sans influence sur leur légalité. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que la décision en litige lui a été irrégulièrement notifiée.

8. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et en particulier il ne ressort pas du procès-verbal du 17 février 2024 que le requérant aurait formulé une demande de titre de séjour ou une demande d'asile lors de son audition par les services de police. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit et du défaut d'examen de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

9. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait sollicité du préfet du Puy-de-Dôme son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité préfectorale n'était pas tenue d'examiner d'office, lors de l'édiction de la mesure d'éloignement, si l'intéressé remplissait les conditions prévues par cet article qui ne prévoit pas l'attribution d'un titre de séjour de plein droit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit, ainsi, être écarté.

10. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, séjournant sur le territoire français depuis novembre 2019, est célibataire et sans charge de famille. Le requérant a déclaré que sa famille résidait en Tunisie. Par ailleurs, le requérant ne se prévaut d'aucun autre lien qu'il est susceptible d'avoir noué sur le territoire français et ne conteste pas disposer d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine. Enfin, M. A ne fait état d'aucun élément permettant d'apprécier son insertion au sein de la société française. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider de mettre en œuvre une décision obligeant un étranger à quitter le territoire d'un autre État dans les cas suivants : / 1° L'étranger a fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission en vertu d'une décision de refus d'entrée ou d'éloignement exécutoire prise par l'un des autres États parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 et se trouve irrégulièrement sur le territoire métropolitain ; () ".

13. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier de son procès-verbal du 17 février 2024, que lors de son audition par les services de police, le requérant a déclaré être entré en France en novembre 2019, après avoir transité par l'Italie et avoir fait l'objet d'une mesure d'éloignement italienne après recueil de ses empreintes digitales. Il ressort de la fiche " sirene " comportant les informations communiquées par les autorités italiennes sur la mesure d'éloignement prise par ces autorités à l'encontre de M. A et qui ne constitue pas la mesure d'éloignement elle-même, contrairement à ce que soutient le requérant, que les autorités italiennes ont pris à l'encontre de M. A une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire italien d'une durée de cinq ans. Si la fiche " sirene " indique comme prénom " Houssam " et non " B " et mentionne la date du 30 septembre 2020 comme date de la mesure, l'orthographe du prénom de l'intéressé est la même dans le procès-verbal de police qu'il a signé et les dates de naissance correspondent. Dans ces conditions, et alors que le récit du requérant de son itinéraire correspond au signalement rapporté par les autorités italiennes et que le requérant peut être identifié par ses empreintes, l'incohérence de date mentionnée dans la fiche " sirene ", qui doit être regardée comme le résultat d'une erreur matérielle, ne saurait constituer un indice d'une confusion de personnes.

14. D'autre part, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11.

En ce qui concerne la décision portant pays de destination

15. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi, qui indique que M. A de nationalité tunisienne, n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine comprend l'énoncé des considérations en droit et en fait qui la fonde. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

16. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté en litige, que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à l'examen complet de la situation personnelle de M. A avant de prendre la décision attaquée.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant assignation à résidence par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement doit être écarté.

18. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4, 6 et 7 les moyens soulevés contre la décision portant assignation à résidence et tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du vice de procédure et de l'irrégularité de la notification doivent être écartés.

19. En troisième lieu, l'arrêté litigieux cite les dispositions du 3° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que le requérant, qui ne dispose pas d'un document de voyage en cours de validité, justifie d'une adresse. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

20. En dernier lieu, si M. A soutient que l'assignation à résidence à laquelle il est soumis porte une atteinte excessive à sa liberté individuelle et sa liberté d'aller et de venir et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, il n'assortit toutefois pas son moyen de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 17 février 2024. Par suite, les requêtes de M. A doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2400378 et n° 2400379 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.

La magistrate désignée,

M. JAFFRÉLa greffière

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2400378 ; 2400379

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