lundi 11 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400383 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 février 2024 et un mémoire enregistré le 5 mars 2024, M. A B et Mme C B, représentées par Me Loiseau, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision qui leur a été notifiée le 9 février 2024 par laquelle les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ont décidé de la cessation de leurs conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre aux services de l'OFII de maintenir leurs conditions d'accueil et de les maintenir dans leur lieu d'hébergement au 1 rue Robert Lemoy, HUDA ANEF situé sur la commune de Cébazat (63118) ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
Sur l'urgence :
- elle est caractérisée au regard de leur situation de vulnérabilité ; Mme B est en état de grossesse difficile, les certificats médicaux lui faisant interdiction de se déplacer ; l'expulsion de leur famille la mettrait dans une situation dangereuse pour la santé de Mme B et de l'enfant qu'elle porte ; le seul fait de refuser l'exécution de l'arrêté de transfert ne justifie pas qu'il n'y ait pas d'urgence ; ils sont de bonne foi dès lors qu'ils ont exécuté leur obligation de pointage antérieurement à la grossesse ; l'accueil dans les structures clermontoises demeure précaire, temporaire et limité à un mois pour une famille ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'une erreur de faits dès lors qu'ils ont envoyé un courrier le 17 janvier 2024 à l'OFII de Clermont-Ferrand expliquant leur non-présentation auprès du PRD de Lyon en raison de l'état de santé de Mme B, qui est enceinte et dans l'incapacité de se déplacer ; ils ont justifié leurs absences par l'envoi d'un certificat médical au pôle régional en amont des convocations ; elle ne prend pas en considération leur courrier du 17 janvier 2024 et leur bonne foi ; ils n'ont pu se conformer à leurs obligations de pointage au regard de l'état de santé de Mme B qu'ils ont justifié par l'envoi de certificats médicaux précisant l'incapacité de cette dernière à se déplacer jusqu'à Lyon ; ils sont de bonne foi dès lors qu'ils ont exécuté leurs obligations de pointage antérieurement à l'état de grossesse de Mme B ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa motivation stéréotypée et non individualisée ; elle méconnaît les articles D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 20 de la directive de 2013 en l'absence de considération de leur situation de vulnérabilité ; les différents certificats médicaux précisent l'incapacité de Mme B de se déplacer jusqu'à Lyon au regard de son état de santé et de la santé de l'enfant qu'elle porte ; le certificat du 14 février 2024 établi par le service d'urgence obstétrique du CHU de Clermont-Ferrand atteste des complications liées à son état de grossesse nécessitant un logement en urgence pour leur famille ; leur opposition à leur transfert vers la Hongrie ne peut justifier le retrait de leurs conditions matérielles d'accueil de l'OFII ; une première convocation ne peut être suffisante pour caractériser une fuite ou une volonté intentionnelle de s'y soustraire et ne peut justifier un retrait des conditions matérielles d'accueil.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
Sur la condition d'urgence :
- elle ne peut être regardée comme remplie dès lors que les requérants se sont eux-mêmes placés dans la situation d'urgence en faisant obstacle à la procédure Dublin dont ils font l'objet ; les requérants ont explicitement manifesté leur refus de se conformer à la mesure d'éloignement ; il ne ressort pas des certificats médicaux produits dans le cadre de leurs observations et de la présente instance que Mme B n'était pas en mesure d'exécuter sa mesure d'éloignement le 9 janvier 2024 ;
- la décision attaquée n'a pas pour conséquence de priver les requérants de solliciter le bénéfice des autres dispositifs de soutien prévus en droit interne ; la famille est en mesure de bénéficier de l'assistance de tierces structures afin de subvenir à ses besoins, notamment d'un hébergement à travers le dispositif du 115, qu'elle ne démontre pas avoir sollicité ;
Sur l'absence de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, en particulier la circonstance que les requérants ont méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile en ne se présentant pas aux autorités ; ils ont été mis en mesure de présenter leurs observations ;
- le moyen tiré de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté dès lors que les requérants ont méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile et ont agi en toute connaissance de cause dès lors qu'ils étaient parfaitement informés des conditions dans lesquelles il serait mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ; il ne ressort pas des certificats médicaux produits dans le cadre de leurs observations et de la présente instance que Mme B n'était pas en mesure d'exécuter sa mesure d'éloignement le 9 janvier 2024 ; les requérants ont explicitement manifesté leur refus de se conformer à la mesure d'éloignement ; M. B a bien été informé le 4 janvier 2024 des modalités de départ concernant le transfert de la famille en Hongrie ; les requérants se sont délibérément mis dans une situation d'urgence dès lors qu'ils pouvaient continuer à être pris en charge en Hongrie ; la décision attaquée n'a pas pour conséquence de priver les requérants de solliciter le bénéfice de ces autres dispositifs de soutien prévus en droit interne ; la famille est en mesure de bénéficier de l'assistance de tierces structures afin de subvenir à ses besoins, notamment d'un hébergement à travers le dispositifs du 115, qu'elle ne démontre pas avoir sollicité.
M. et Mme B ont déposé une demande d'aide juridictionnelle le 26 février 2024.
Vu :
- la requête enregistrée le 19 février 2024 sous le n° 2400382 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision attaquée.
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 mars 2024 :
- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente ;
- les observations de Me Lauvergne, avocate de M. et Mme B, se substituant à Me Loiseau, qui fait valoir que les requérants ont été expulsés de leur logement le 19 février 2024 et qu'ils sont hébergés provisoirement par des amis et qu'ils ont effectué en vain des appels téléphoniques au 115.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent ni représenté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B, ressortissants angolais, sont entrés sur le territoire français le 5 avril 2023 accompagnés de leurs deux enfants mineurs pour y solliciter le bénéfice de l'asile. Par deux arrêtés du 10 juillet 2023, la préfète du Rhône a décidé de leur remise aux autorités hongroises, responsables de leur demande d'asile. Par un courrier du 10 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a informé M. et Mme B de son intention de cesser leurs conditions matérielles d'accueil au motif qu'ils n'ont " pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités ". Par une décision notifiée aux intéressés le 9 février 2024, l'OFII a décidé de la cessation de leurs conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. et
Mme B demandent au juge des référés de suspendre cette dernière décision.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". En application de l'article 3 de ladite loi, l'aide juridictionnelle peut être accordée à titre exceptionnel aux personnes ne remplissant pas les conditions fixées à l'alinéa précédent, lorsque leur situation apparaît particulièrement digne d'intérêt au regard de l'objet du litige.
3. En raison de l'urgence, et à titre exceptionnel, il y a lieu d'admettre M. et
Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
5. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
6. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision en litige, M. et Mme B font valoir que cette dernière se trouve dans une situation de vulnérabilité en raison de son état de grossesse difficile. Toutefois, les requérants, qui ont précisé lors de l'audience avoir été expulsés de leur logement d'accueil dès le 19 février 2024, ont également déclaré être hébergés par des amis et ne démontrent pas qu'ils seraient dans l'impossibilité de se maintenir dans ce logement ni qu'ils seraient dans l'incapacité d'obtenir, le cas échéant, l'aide d'associations caritatives ou de la plateforme téléphonique 115 afin d'obtenir un hébergement d'urgence. En outre, s'ils soutiennent que leurs appels téléphoniques au 115 sont restés vains, ils ne l'établissent pas et n'apportent aucun élément quant à leur allégation relative la saturation des dispositifs d'accueil. Par suite, il n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, que l'urgence justifie la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant au doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, les conclusions aux fins de suspension doivent être rejetées, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. et Mme B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Clermont-Ferrand le 11 mars 2024.
La présidente du tribunal,
juge des référés,
S. BADER-KOZA
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.AA
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