vendredi 23 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400397 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | VAZ DE AZEVEDO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 février 2024, M. B A, représenté par Me Vaz de Azevedo demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel la préfète de l'Allier lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel la préfète de l'Allier l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de procéder à un nouvel examen de sa situation, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer dans tous les cas une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au bénéfice de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la requête est recevable dès lors que des informations contradictoires relatives au délai de recours présentes dans les documents de notification l'ont induit en erreur ;
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de compétence ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en application de l'article 2 du protocole de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ; en effet il dispose d'un travail et d'un avis favorable de la plateforme de la main d'œuvre étrangère ; par ailleurs, sa demande n'a pas été étudiée sur ce fondement mais sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il n'a pas demandé l'application ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; en effet, il dispose d'un travail et d'un avis favorable de la plateforme de la main d'œuvre étrangère ; par ailleurs, il vit en France depuis 7 ans et séjourne avec son épouse et ses trois enfants ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un vice d'incompétence faute pour le signataire de l'acte de justifier d'une délégation de signature ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors qu'elle contient des erreurs de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un vice d'incompétence faute pour le signataire de l'acte de justifier d'une délégation de signature ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un vice d'incompétence faute pour le signataire de l'acte de justifier d'une délégation de signature ;
- elle est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Une demande d'aide juridictionnelle au bénéfice de M. A a été enregistrée le 20 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et de l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jaffré, première conseillère, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 23 février 2024 à 11h en présence de Mme Petit, greffière d'audience, Mme Jaffré a lu son rapport et entendu les observations de Me Vaz de Azevedo, représentant M. A, présent à l'audience et accompagné de sa famille, et qui reprend ses écritures.
Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 23 février 2024 à 13h06.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien, est entré en France en mai 2016. Il a présenté une demande de titre de séjour le 18 décembre 2020 qui a fait l'objet d'une décision de rejet par un arrêté du 15 avril 2021. Il a présenté une nouvelle demande de titre de séjour le 24 juin 2022 reçue par la préfecture le 28 juin 2022. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 28 octobre 2022. Par un arrêté du 22 août 2023, la préfète de l'Allier a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de dix-huit mois. Cette mesure d'éloignement a été annulée par jugement du tribunal administratif du 26 octobre 2023 qui a enjoint à l'autorité administrative de procéder à un réexamen de la situation de l'intéressé. Par un arrêté du 1er février 2024, la préfète de l'Allier a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois. Par une décision du même jour, l'intéressé a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de ces deux derniers arrêtés.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
4. Aux termes de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 ou une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. ". Aux termes de l'article R. 776-4 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le délai de recours contentieux contre les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 en cas de placement en rétention administrative ou d'assignation à résidence en application des articles L. 731-1 ou L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de quarante-huit heures. Ce délai court à compter de la notification de la décision par voie administrative. ". L'article R. 421-5 du même code dispose que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a reçu notification des arrêtés litigieux le 19 février 2024 à 15h. Par suite, la requête de M. A, enregistrée le 20 février 2024 à 14h18, a été présentée en tout état de cause avant l'expiration du délai de recours contentieux de 48h prévu par les dispositions rappelées ci-dessus. Par conséquent, la préfète de l'Allier n'est pas fondée à soutenir que cette requête aurait été présentée tardivement. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par la préfète doit être écartée.
Sur l'étendue du litige :
6. Il appartient au magistrat désigné de ne se prononcer que sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. La formation collégiale du tribunal reste cependant saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour et des conclusions accessoires à celle-ci. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. A, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qui leur sont accessoires.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, déclarant être entré en France le 21 mai 2016, séjourne depuis juin 2016 sur le territoire français. Le requérant produit des attestations de son employeur, des bulletins de salaires et des contrats de travail établissant qu'il travaille au sein de la même entreprise depuis décembre 2018 en qualité de cuisinier et qu'il occupe son emploi à temps complet depuis décembre 2020. Il n'est pas contesté que le requérant est le père de trois enfants, nés en France en 2020 et 2022, qu'il a eu avec une compatriote séjournant également sur le territoire français depuis 2019. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à la durée et aux conditions de séjour du requérant en France, le requérant est fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales. Dès lors, M. A est fondé à exciper de l'illégalité de cette décision contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que par voie de conséquence, de la décision portant refus de délai volontaire, la décision fixant le pays de destination, l'interdiction de retour sur le territoire français et l'assignation à résidence contenues dans les arrêtés du 1er février 2024 de la préfète de l'Allier.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
11. Eu égard aux motifs sur lesquels il se fonde, le présent jugement implique que le préfet du Puy-de-Dôme délivre sans délai à M. A une autorisation provisoire de séjour.
12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
13. En application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve de la décision à intervenir du bureau d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant, de la somme de 900 euros, ce versement valant, conformément à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle. Dans le cas où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordé à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à celui-ci en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les conclusions de M. A dirigées contre la décision portant refus de séjour du 1er février 2024 sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Clermont-Ferrand.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Allier de délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour à M. A.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à l'avocat du requérant une somme de neuf cent euros (900 euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de neuf cent euros (900 euros) sera versée à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Allier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.
La magistrate désignée,
M. JAFFRÉLa greffière
C. PETIT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400397
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026