mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400446 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 février 2024 et 26 juillet 2024, M. D, représenté par l'AARPI Ad'vocare, Me Demars, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 février 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de fixer un rendez-vous pour enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée en droit ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la seule circonstance qu'il fasse l'objet d'une mesure d'éloignement n'est pas susceptible de justifier un refus d'enregistrement de sa demande ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa demande ne peut être qualifiée d'abusive puisqu'elle a été sollicitée sur un autre fondement que celle présentée précédemment et qu'il s'est prévalu de circonstances nouvelles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;
- sa demande de titre de séjour est abusive dès lors qu'il ne présente pas d'éléments nouveaux ni en fait ni en droit par rapport à sa précédente demande de titre de séjour qui a été rejetée ;
- la demande de titre de séjour du requérant porte atteinte à l'autorité de la chose jugée tenant au jugement du tribunal administratif de Clermont-Ferrand rendu le 21 septembre 2023 ;
- si le tribunal venait à faire droit aux conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, il y a lieu de prononcer une injonction à délivrer le titre de séjour.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaffré,
- et les observations de Me Bourg, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 9 mars 2004 et de nationalité albanaise, est entré en France de manière régulière le 1er juin 2019. Le 21 février 2022, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 5 juillet 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé à défaut de se conformer à cette obligation. Le recours pour excès de pouvoir formé par l'intéressé à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement n°2201734 du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 21 septembre 2023. Le 29 septembre 2023, M. B a présenté une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 21 février 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé d'enregistrer sa demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 21 février 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". Aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu des éléments circonstanciés. Dès lors que le préfet dispose toujours de la faculté de faire usage de son pouvoir discrétionnaire en vue de régulariser la situation d'un ressortissant étranger et de prononcer l'abrogation d'une interdiction de retour, le simple fait que l'étranger a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ou que l'interdiction de retour prononcée à son encontre produisait encore ses effets ne suffit pas à caractériser le caractère abusif ou dilatoire d'une demande de titre de séjour.
4. En l'espèce, la décision en litige du 21 février 2024 portant refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour du requérant est motivée par la circonstance que M. B était sous le coup d'une mesure d'éloignement prise à son encontre. Le préfet soutient, dans son mémoire en défense, que la demande de titre de séjour présentait alors un caractère abusif dès lors que l'intéressé n'a produit, à l'appui de sa demande, aucun élément nouveau en droit ou en fait par rapport à sa précédente demande de titre de séjours qui avait été rejetée et dont les motifs ont été confirmés par un jugement du tribunal revêtu de l'autorité de la chose jugée.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B avait sollicité le 21 février 2022 un titre de séjour en qualité d'étudiant sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande avait été rejetée par le préfet du Puy-de-Dôme, par un arrêté du 5 juillet 2022, au motif que le requérant ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en cette qualité. La demande de titre de séjour ayant donné lieu au refus d'enregistrement en litige a, quant à elle, été déposée sur un autre fondement, à savoir sur les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B faisant alors valoir des considérations humanitaires et son intégration du fait, notamment, de ses liens personnels et familiaux en France, de la scolarité qu'il y a suivie depuis l'âge de 15 ans, de son inscription dans un parcours de formation qualifiante et de son intégration socioprofessionnelle. Ni le préfet dans arrêté du 5 juillet 2022, ni le tribunal administratif dans son jugement du 21 septembre 2023, n'ont examiné le droit au séjour du requérant au regard de ces éléments. Par suite, la demande présentée par M. B n'avait pas, en dépit du caractère exécutoire de l'obligation de quitter le territoire français dont il faisait l'objet, un caractère abusif ou dilatoire, ni n'était de nature à méconnaître l'autorité de la chose jugée. Dans ces conditions, dès lors que la demande de titre de séjour ayant donné lieu au refus d'enregistrement en litige ne peut être regardée comme présentant un caractère abusif, M. B est fondé à soutenir, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, qu'en fondant sa décision sur le seul motif tiré de ce qu'il faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet du Puy-de-Dôme a entaché sa décision d'une erreur de droit.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 21 février 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas nécessairement que soit délivré à M. B un titre de séjour. En revanche, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, le récépissé de demande de titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les frais liés au litige :
9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Demars, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Demars de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 21 février 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour déposée par M. B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer le récépissé de demande de titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.
Article 3 : L'Etat versera à Me Demars, avocat de M. B, la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. C, président,
- Mme Jaffré, première conseillère,
- M. Brun, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.
La rapporteure,
M. JAFFRÉ
Le président,
M. C Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026