vendredi 8 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400486 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 février 2024 et le 4 mars 2024, M. B A, représenté par l'AARPI Ad'Vocare, avocats, demande au tribunal :
1°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de communiquer les éléments sur le fondement desquels a été édictée la décision attaquée ;
2°) d'annuler la décision du 31 janvier 2024 par laquelle la préfète de l'Allier l'a assigné à résidence pour la durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de mettre fin sans délai à son assignation à résidence ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient, dans le dernier état de ses écritures, que l'assignation à résidence :
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est entachée d'erreur de droit dès lors que l'autorité préfectorale s'est fondée sur les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans une rédaction abrogée ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'autorité préfectorale ne justifie pas des diligences matérielles prises en vue de son départ ;
- est illégale, dès lors que l'assignation à résidence a été édictée dans la perspective de favoriser son départ volontaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jurie, premier conseiller, pour statuer en application de l'article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Demars (AARPI Ad'Vocare) représentant M. A qui a repris les moyens de la requête et a, en outre, précisé que le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence a été édictée dans la perspective de favoriser son départ volontaire peut être qualifié d'erreur de droit aussi bien que de détournement de procédure.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision en date du 31 janvier 2024, la préfète de l'Allier a assigné à résidence pour la durée de 45 jours M. A, ressortissant bangladais. Le requérant demande l'annulation de cette décision.
2. La seule circonstance que l'autorité préfectorale ne produit pas en défense d'éléments susceptibles d'établir la compétence du signataire de la décision attaquée ne permet pas, en elle-même, de regarder cette dernière comme étant entachée d'incompétence. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'assignation à résidence en litige ne peut qu'être écarté.
3. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a assigné M. A à résidence comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.
4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
5. M. A fait valoir que l'assignation à résidence prise à son encontre est entachée d'erreur de droit dès lors que l'autorité préfectorale s'est fondée sur les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans une rédaction abrogée. S'il est vrai que la décision en litige cite les dispositions susmentionnées dans une rédaction qui n'était plus applicable à la date à laquelle elle a été édictée, il n'en demeure pas moins que selon la rédaction en vigueur à cette date la préfète de l'Allier pouvait en tout état de cause, comme elle l'a relevé, soumettre M. A à une assignation à résidence en se fondant sur le motif tiré de ce que l'intéressé faisait l'objet d'une mesure d'éloignement prise moins d'un an auparavant, dans la mesure où la nouvelle rédaction des dispositions en cause avait étendu cette possibilité à tout étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant. En outre, selon les mentions non contestées de la décision en litige, M. A était soumis à une mesure d'éloignement datée du 29 novembre 2023 qui lui avait été notifiée le 9 janvier 2024. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale aurait pris une autre décision si elle ne s'était pas fondée sur les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction abrogée. Par suite l'erreur de droit telle que soulevée par le requérant ne peut qu'être écartée.
6. Le requérant expose qu'aucune des énonciations de la décision contestée ne permet de tenir pour établi, avec un degré suffisant de certitude, que l'autorité préfectorale a accompli une quelconque diligence dans le cadre de l'organisation matérielle de son départ. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité préfectorale, pour décider d'une mesure d'assignation à résidence en application des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de justifier des diligences accomplies par ses services pour procéder à l'exécution de la mesure d'éloignement en vue de laquelle cette mesure a été édictée. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. M. A expose que la décision attaquée mentionne qu'il est informé qu'il sera procédé à l'organisation de son éloignement s'il ne manifeste aucune volonté de quitter le territoire français pendant la durée de son assignation à résidence. Toutefois, contrairement à ce que soutient le requérant, ces mentions revêtent un caractère purement informatif dès lors qu'elles constituent un simple rappel des dispositions de l'article L. 711-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles " l'étranger exécute la décision d'éloignement dont il fait l'objet sans délai ou, lorsqu'il bénéficie d'un délai de départ volontaire pour satisfaire à une décision portant obligation de quitter le territoire français, avant l'expiration de ce délai " ainsi que des dispositions de l'article L. 722-1 du même code qui disposent que " lorsque l'étranger n'a pas satisfait à son obligation d'exécuter la décision d'éloignement dont il fait l'objet, l'autorité administrative peut prendre les décisions prévues aux titres III et IV, nécessaires à l'exécution d'office des décisions d'éloignement () ". Dans ces conditions, les mentions de la décision attaquée dont se prévaut M. A ne tendent pas, par elles-mêmes et à elles seules, à établir que l'assignation à résidence en litige aurait été édictée dans la perspective de favoriser son départ volontaire et non dans le but de procéder à son éloignement d'office. Par suite ce moyen doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de procéder au supplément d'instruction sollicité par le requérant, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Allier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2024.
Le magistrat désigné,
G. JURIE
La greffière,
I. SUDRE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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