mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400511 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 mars 2024, M. C A, représenté Me Remedem, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 29 janvier 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- il est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne fait nullement état de la disponibilité des traitements médicaux ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle n'est pas justifiée par un besoin social impérieux et ses conséquences sont disproportionnées au regard de son droit à suivre des soins médicaux ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas produit d'observation en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bader-Koza a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, est entré en France irrégulièrement le 19 août 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 mai 2018 et par la Cour nationale du droit d'asile le 19 avril 2019. Par une décision du 24 décembre 2020, annulée par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand par un jugement du 12 mai 2021, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour et a prononcé à son encontre une mesure d'éloignement. Par une décision du 26 janvier 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a de nouveau rejeté la demande de titre de séjour présenté par le requérant et prononcé à son encontre une mesure d'éloignement. Le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a, par un jugement du 28 juin 2022, annulé cette dernière décision et a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour du requérant, présentée sur les fondements du 11° de l'article L. 313-11 devenu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'article L. 313-14 devenu l'article L. 435-1 du même code. Par une décision du 29 janvier 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté cette demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. A n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle. Par suite, la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par le requérant ne peut, en tout état de cause, qu'être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. Jean-Paul Vicat, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 9 octobre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture et accessible tant au juge qu'aux parties. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision en litige que le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 17 avril 2023, qui précise que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, son état de santé lui permet toutefois de voyager sans risque vers son pays d'origine, dans lequel il pourra bénéficier de soins appropriés. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, le collège de médecins de l'OFII s'est bien prononcé sur l'offre de soins disponible en Guinée et l'avis rendu le 17 avril 2023 ne présente pas un caractère irrégulier.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (.) ".
7. Pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité, le préfet du Puy-de-Dôme s'est notamment appuyé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 17 avril 2023, dont le contenu a été rappelé au point 5. Pour contester cette appréciation, le requérant soutient qu'il fait l'objet d'un important suivi médical, dont le défaut devrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que la Guinée n'offre pas de garanties suffisantes pour l'accès aux soins. Au soutien de ses allégations, il produit des documents de portée générale sur l'accès aux soins en Guinée et des certificats médicaux, qui ne permettent toutefois pas d'établir que M. A ne pourrait pas bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine, ni qu'il serait personnellement dans l'impossibilité d'accéder de façon effective à un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il n'est pas plus fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'erreur manifeste d'appréciation.
8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant séjourne en France depuis 2016. Si le requérant se prévaut de son activité bénévole, les attestations produites, non accompagnées pour nombre d'entre elles de la pièce d'identité de leur auteur, ne sont, en tout état de cause, que peu circonstanciées. Dans ces conditions, alors qu'il ressort des termes non contestés de la décision en litige que M. A est père de deux enfants de nationalité guinéenne, résidant en Guinée, le requérant ne justifie pas de liens personnels et familiaux stables, anciens et intenses en France. Il résulte de ce qui précède que le moyen selon lequel la décision en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En sixième lieu, le requérant fait valoir que le préfet n'a pas pris en compte ses droits de façon effective et actualisée. Il précise à cet égard que sa situation de concubinage et de père de deux enfants n'est plus d'actualité. Toutefois, et alors qu'il ne démontre pas avoir été empêché de faire parvenir de nouveaux éléments à la préfecture, d'une part, et quand bien même sa relation de concubinage ne serait plus actuelle, il reste père de deux enfants mineurs résidant en Guinée. D'autre part, contrairement à ce qu'il soutient, la circonstance qu'il a payé son amende délictuelle n'a pu avoir pour incidence de minorer la gravité des faits tels qu'exposés par le préfet du Puy-de-Dôme. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision portant refus de séjour d'erreur manifeste d'appréciation.
10. En septième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012.
11. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
12. D'une part, si M. A se prévaut de la gravité de ses pathologies, cette seule circonstance, eu égard à ce qui a été dit au point 7 du présent jugement, ne saurait à elle seule constituée une circonstance humanitaire au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, M. A se prévaut de contrats de travail à durée déterminée journaliers couvrant la période allant du 14 juin au 15 décembre 2023, et de ce qu'il a signé un contrat à durée indéterminée le 25 janvier 2024, soit quelques jours avant l'édiction de la décision en litige. Toutefois, alors que M. A est entré en France en 2016, il n'apporte aucune preuve de travail antérieur à ces contrats. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de cette activité professionnelle, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En neuvième lieu, en se bornant à soutenir qu'" il n'apparaît pas que cette décision [portant obligation de quitter le territoire français] soit justifiée par un besoin social impérieux " et que les conséquences de la mesure d'éloignement prise à son encontre seraient disproportionnées par rapport à son droit à recevoir les soins que son état de santé nécessite, le requérant n'apporte pas d'éléments de nature à contester utilement la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
14. En dixième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen suffisant de la situation du requérant avant de prendre la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle doit être écarté.
15. En dernier lieu, le requérant soutient qu'en l'absence de soins disponibles dans son pays d'origine, il est exposé à des traitements inhumains et dégradants. Par suite, et au regard de ce qui a été dit au point 7, cette seule circonstance ne suffit à établir qu'il serait personnellement et actuellement exposés dans son pays d'origine à un risque réel, direct, et sérieux pour sa vie ou sa liberté. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision en litige présentées par M. A doivent être rejetées. Le rejet des conclusions à fin d'annulation du requérant entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et de celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Puy-de-Dôme
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Brun, conseiller.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La présidente-rapporteure,
S. BADER-KOZA
L'assesseur le plus ancien,
M. JAFFRÉ
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC
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