mardi 12 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400531 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 mars 2024 et le 8 mars 2024, Mme B A, représentée par l'AARPI Ad'Vocare, avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de communiquer les éléments sur le fondement desquels ont été édictées les décisions attaquées ;
2°) d'annuler les décisions du 1er février 2024 par lesquelles la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de 24 mois, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
2°) d'annuler la décision du 1er février 2024 par laquelle la préfète de l'Allier l'a assignée à résidence pour la durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information " Schengen " ;
4°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de justifier des diligences relatives à l'exécution de la mesure d'éloignement et de sa " faisabilité " dans le délai de 45 jours ;
5°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier, de réexaminer sa situation dans le délai de trente jours suivant la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé dans le délai de deux jours suivant la notification du jugement ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient, dans le dernier état de ses écritures, que
la décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;
- est entachée de deux erreurs de fait ;
- méconnaît les stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
l'obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'incompétence ;
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
la décision de refus de départ volontaire :
- est entachée d'incompétence ;
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
la décision fixant le pays d'éloignement :
- est entachée d'incompétence ;
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour, de l'obligation de quitter le territoire et du refus de délai de départ volontaire ;
l'interdiction de retour :
- est entachée d'incompétence ;
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus de délai de départ volontaire ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
l'assignation à résidence :
- est entachée d'incompétence ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- aucune des diligences effectuées en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement n'est établie ;
- est entachée d'un détournement de procédure.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 27 décembre 1968 conclu entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République démocratique et populaire d'Algérie ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jurie, premier conseiller, pour statuer en application de l'article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Gauché (AARPI Ad'Vocare) représentant Mme A qui a repris les moyens de la requête.
Considérant ce qui suit :
1. Par des décisions en date du 1er février 2024, la préfète de l'Allier a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A, ressortissant algérienne, l'a obligée à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de 24 mois, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office. Par un arrêté distinct, daté du même jour, l'autorité préfectorale a assigné l'intéressée à résidence pour la durée de 45 jours. La requérante demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ". Aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante huit heures suivant la notification de la mesure. / Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5 ". Aux termes de l'article R. 776 17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. Les actes de procédure précédemment accomplis demeurent valables. L'avis d'audience se substitue, le cas échéant, à celui qui avait été adressé aux parties en application de l'article R. 776-11. / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire ".
3. Il ressort des mentions de l'arrêté en litige que, pour obliger Mme A à quitter le territoire français, l'autorité préfectorale s'est fondée sur les dispositions du 3° du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, en application des dispositions sus rappelées des articles L. 614-4 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il n'appartient pas au magistrat désigné par la présidente du tribunal de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation du refus de titre de séjour attaqué. Par suite, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 1er février 2024, par lesquelles la préfète de l'Allier a obligé Mme A à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de 24 mois, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a assignée à résidence pour la durée de 45 jours.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
4. La seule circonstance que l'autorité préfectorale ne produit pas en défense d'éléments susceptibles d'établir la compétence du signataire des décisions en litige ne permet pas, en elle-même, de regarder ces dernières comme étant entachées d'incompétence. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français du 1er février 2024 ne peut qu'être écarté.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction du refus de titre de séjour attaqué, l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet doit être écarté.
6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme A, la préfète de l'Allier a relevé que sa situation n'a pas évolué depuis la dernière obligation de quitter le territoire à laquelle elle a été soumise. Si la requérante allègue que depuis lors, l'autorité préfectorale a délivré, puis renouvelé, un certificat de résidence à sa fille, cette circonstance n'est pas, par elle-même, de nature à établir que sa situation personnelle puisse être regardée comme ayant évolué. Par suite, ce moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme A, la préfète de l'Allier a relevé que sa durée de présence sur le territoire français " ne lui permet pas d'alléguer d'une quelconque ancienneté ou stabilité de liens personnels " et qu'elle " ne remplit donc pas les conditions prévues à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ". Toutefois, contrairement à ce que soutient la requérante, l'autorité préfectorale s'est ainsi bornée à retenir que l'intéressée ne justifiait pas d'une durée de de résidence suffisante en France au regard des stipulations susmentionnées. Dès lors la préfète de l'Allier ne peut être regardée comme ayant qualifié cette présence de récente. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tenant à l'erreur de fait tirée de ce que c'est à tort que l'autorité préfectorale a regardé la présence en France de Mme A comme revêtant un caractère récent.
8. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
9. Mme A expose qu'elle vit " depuis bientôt dix ans en France de manière continue ", qu'elle s'occupe activement de sa fille handicapée qui séjourne régulièrement en France et que son fils réside en France également de manière régulière. Toutefois, les éléments dont la requérante fait état devant le tribunal ne tendent pas à étayer qu'elle résiderait habituellement en France de manière continue depuis bientôt dix ans. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que la fille de l'intéressée bénéfice d'un certificat de résidence dont la validité expire le 31 janvier 2025, aucun des éléments dont se prévaut la requérante et notamment pas la décision du 25 novembre 2021 attribuant l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé à sa fille, ne tend à corroborer " qu'elle s'occupe activement " de cette dernière, ni en tout état de cause, que son handicap rendrait sa présence à ses côtés indispensable. De même, aucune des pièces soumises à l'appréciation du tribunal ne permet de corroborer que le fils de Mme A séjourne régulièrement en France alors qu'il ressort des mentions non contestées de la décision en litige qu'à la date du refus de titre de séjour attaqué, son époux, qui réside irrégulièrement sur le territoire français, faisait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Enfin, il ressort des mentions non contestées de la décision en litige que l'intéressée s'est soustraite à l'exécution de deux obligations de quitter le territoire prises à son encontre le 12 septembre 2019 et le 20 mai 2021. Il suit de là que le refus de titre de séjour édicté à l'encontre de Mme A ne peut être regardé comme ayant été pris en méconnaissance des stipulations précitées du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
10. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour soulevé contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 du présent jugement, l'obligation de quitter le territoire en litige ne peut être regardée comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale, en prenant la décision susmentionnée, aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales selon lesquelles " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 du présent jugement, il y a lieu d'écarter le moyen soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, tiré de la méconnaissance des stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
Sur la légalité du refus de délai de départ volontaire :
13. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 du présent jugement, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de délai de départ volontaire.
14. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé contre le refus de délai de départ volontaire doit être écarté.
Sur la légalité de la décision fixant le pays d'éloignement :
15. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 du présent jugement, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision fixant le pays d'éloignement.
16. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français soulevé contre la décision fixant le pays d'éloignement doit être écarté.
Sur la légalité de l'interdiction de retour :
17. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 du présent jugement, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'interdiction de retour.
18. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus de délai de départ volontaire soulevé contre l'interdiction de retour doit être écarté.
19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".
20. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 du présent jugement, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la durée de deux ans de l'interdiction de retour prise à son encontre serait disproportionnée et méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
21. Ainsi qu'il a été précédemment énoncé au point 9 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante s'occupe activement sa fille, ni en tout état de cause, que le handicap de cette dernière rendrait sa présence à ses côtés indispensable. Dès lors, le handicap de la fille de Mme A ne constitue pas une circonstance humanitaire au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui, par suite, ne peuvent être regardées comme ayant été méconnues par la décision en litige.
22. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 du présent jugement, l'interdiction de retour en litige ne peut être regardée comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale, en prenant la décision susmentionnée, aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la légalité de l'assignation à résidence :
23. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 du présent jugement, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'assignation à résidence.
24. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a assigné Mme A à résidence comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.
25. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé contre l'assignation à résidence doit être écarté.
26. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable () ".
27. La requérante soutient que son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable. Toutefois, Mme A ne précise pas dans ses écritures en quoi cette perspective ferait concrètement défaut alors qu'aucun des éléments du dossier ne tend à caractériser un tel défaut. Par suite, ce moyen doit être écarté.
28. Mme A fait valoir qu'aucune des mentions de la décision contestée n'indique que l'autorité préfectorale a accompli de quelconques diligences en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité préfectorale, pour décider d'une mesure d'assignation à résidence en application des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de justifier des diligences accomplies par ses services pour procéder à l'exécution de la mesure d'éloignement en vue de laquelle cette mesure a été édictée. Par suite, ce moyen doit être écarté.
29. La requérante soutient que la décision attaquée mentionne qu'elle est informée qu'il sera procédé à l'organisation de son éloignement si elle ne manifeste aucune volonté de quitter le territoire français pendant la durée de son assignation à résidence. Toutefois, contrairement à ce qu'expose Mme A, ces mentions revêtent un caractère purement informatif dès lors qu'elles constituent un simple rappel des dispositions de l'article L. 711-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles " l'étranger exécute la décision d'éloignement dont il fait l'objet sans délai ou, lorsqu'il bénéficie d'un délai de départ volontaire pour satisfaire à une décision portant obligation de quitter le territoire français, avant l'expiration de ce délai " ainsi que des dispositions de l'article L. 722-1 du même code qui disposent que " lorsque l'étranger n'a pas satisfait à son obligation d'exécuter la décision d'éloignement dont il fait l'objet, l'autorité administrative peut prendre les décisions prévues aux titres III et IV, nécessaires à l'exécution d'office des décisions d'éloignement () ". Dans ces conditions, les mentions de la décision attaquée qui sont contestées par la requérante ne tendent pas, par elles-mêmes et à elles seules, à établir que l'assignation à résidence en litige aurait été édictée dans la perspective de favoriser son départ volontaire et non dans le but de procéder à son éloignement d'office. Par suite le moyen tiré du détournement de procédure tel que soulevé par Mme A doit être écarté.
30. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'ordonner les suppléments d'instruction sollicités par la requérante, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le jugement des conclusions tendant à l'annulation de la décision en date du 1er février 2024 de refus de délivrance d'un titre de séjour à Mme A et, en tant qu'elles s'y rattachent, des conclusions accessoires, sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Clermont-Ferrand.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Allier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.
Le magistrat désigné,
G. JURIE
La greffière,
I. SUDRE La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400531
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026