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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400543

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400543

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400543
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 mars 2024, M. A E, représenté par Me Remedem, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 mars 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler la décision du 6 mars 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de suspendre les décisions du 6 mars 2024 ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l'effacement de son inscription dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- les décisions contestées ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen attentif et personnalisé de sa situation ;

- elles sont entachées d'une méconnaissance du principe du respect des droits de la défense ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles sont entachées d'une méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Remedem représentant M. E, assisté de M. D interprète, qui indique que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors que M. E a déposé une demande d'asile pour laquelle il a obtenu une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 11 septembre 2024 ; que cette décision ne peut être exécutée ; que dans son pays d'origine il était militaire lors du " printemps arabe " et pourrait subir des persécutions de la part du gouvernement ; que sa sœur est présente sur le territoire français ; Me Remedem indique également qu'il est demandé à titre principal l'annulation des décisions et à titre subsidiaire leur suspension, que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est abandonné et que le requérant ne souhaite plus solliciter l'aide juridictionnelle.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant tunisien né le 25 novembre 1989 a été interpellé et placé en retenue administrative le 5 mars 2024 par les services de la police aux frontières. Le 6 mars 2024, par deux décisions distinctes, dont M. E demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, les décisions en litige ont été signées par Mme B, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture du Puy-de-Dôme, qui disposait, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 6 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer tous actes administratifs relatifs aux affaires entrant dans les attributions et compétences de son service, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation de M. E avant d'édicter les décisions attaquées.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. E, célibataire et sans enfant, est entré récemment en France en décembre 2022. S'il se prévaut de la présence de sa sœur sur le territoire français, d'une part, M. E n'établit pas qu'il entretiendrait avec elle des liens d'une particulière intensité et d'autre part, cette seule circonstance ne permet pas de considérer que le centre des intérêts familiaux et personnels de de l'intéressé se situe en France. Par suite, le requérant, qui n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que le préfet a porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Pour soutenir que les décisions attaquées méconnaissent les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. E soutient qu'il était militaire en Tunisie lors du " printemps arabe " et qu'il risque des persécutions de la part du gouvernement tunisien. Toutefois, il ne verse au débat aucun élément de nature à étayer ses affirmations quant à la réalité de risques actuels qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que les décisions attaquées seraient entachées d'une méconnaissance du principe du respect des droits de la défense, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne le moyen propre à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " et aux termes de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Enfin selon les dispositions de l'article L. 541-3 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 753-1 à L. 753-4 et L. 754-1 à L. 754-8, lorsque l'étranger sollicitant l'enregistrement d'une demande d'asile a fait l'objet, préalablement à la présentation de sa demande, d'une décision d'éloignement prise en application du livre VI, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ".

11. M. E soutient que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il a déposé une demande d'asile et bénéficie ainsi du droit au maintien sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. E a été enregistrée au guichet unique le 12 mars 2024 et qu'il a été mis en possession d'une attestation de demandeur d'asile le même jour, soit postérieurement à la date de la décision attaquée. Ainsi, ce document qui vaut autorisation provisoire de séjour, n'a pas pour effet d'abroger la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée du 6 mars 2024, mais fait seulement obstacle, en application des dispositions précitées de l'article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'exécution de l'éloignement tant que le requérant bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur les conclusions à fin de suspension :

12. Si M. E conclut à titre subsidiaire à la suspension des décisions litigieuses, il ne soulève toutefois aucun moyen à l'appui de ses conclusions. Toutefois, et à supposer qu'il ait entendu se prévaloir des dispositions de l'article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que l'exécution de la décision du 6 mars 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an est d'ores et déjà suspendue. S'agissant de la décision portant assignation à résidence, ces mêmes dispositions ne permettent pas de suspendre l'exécution de la mesure d'assignation à résidence. Il en résulte que les conclusions à fin de suspension doivent être rejetées.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 6 mars 2024 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par suite, la requête de M. E doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La magistrate désignée,

L. C Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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