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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400551

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400551

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400551
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire, enregistrée le 8 mars 2024, M. A B, représenté par Me Remedem, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 février 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a astreint à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand avec obligation de présentation tous les mardis auprès des services de la direction interdépartementale de la police nationale et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2)° d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa demande de titre de séjour " santé ".

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen dès lors qu'elle ne fait pas état de sa demande de titre de séjour " santé ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'auteur de la décision bénéficiait d'une délégation pour prendre cet acte ;

- la décision est suffisamment motivée en droit et en fait ;

- l'absence de mention de la demande de titre de séjour du requérant n'entache pas cette décision d'un défaut d'examen dès lors que cette demande était incomplète et qu'il n'a pas été procédé à son enregistrement conformément aux dispositions des articles R. 431-10 et R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le dossier complet de demande de titre a été réceptionné le 23 février 2024, soit postérieurement à la décision en litige ;

- à la date de la décision, le requérant ne faisait pas état d'éléments précis sur son état de santé qui auraient fait obstacle à une telle décision.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 avril 2024, en présence de M. Morelière, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente ;

- Me Remedem, avocat de M. B, présent, qui précise, d'une part, que le préfet, bien qu'ayant connaissance de l'état de santé du requérant et de sa volonté de déposer une demande de titre de séjour sur ce fondement, n'a pas pris en compte ces éléments avant l'édiction de l'acte attaqué ; que le requérant a bien respecté le délai pour le dépôt de sa demande de titre de séjour ; que l'interdiction de retour est disproportionnée dans son principe et dans sa durée, constituant une méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, eu égard à l'absence de traitement disponible en Géorgie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien, est entré sur le territoire français le 13 avril 2023. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 août 2023, confirmée par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 10 novembre 2023. Par une décision du 5 février 2024, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a astreint à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand avec obligation de présentation tous les mardis auprès des services de la direction interdépartementale de la police nationale et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par M. Jean-Paul Vicat, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, en vertu d'un arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié le même jour, portant délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige comprend, dans toutes les mesures qu'elle édicte, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". L'article L. 542-1 du même code dispose que " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ". Le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide d'obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve, notamment, dans le cas mentionné au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. D'une part, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que l'autorité préfectorale s'est fondée, pour obliger M. B à quitter le territoire français, sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une ordonnance de la CNDA du 10 novembre 2023. Ainsi, M. B ne bénéficiait plus, à la date de la décision attaquée, du droit de se maintenir sur le territoire français en application des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité et pouvait, à compter de la date de signature de l'ordonnance de la cour, faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du même code, visé dans la décision attaquée.

7. D'autre part, si le requérant fait valoir qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du même code, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, un dossier complet de demande de titre de séjour n'a été reçu en préfecture que le 23 février 2024, soit postérieurement à l'édiction de la décision en litige. Au surplus, M. B ne produit aucun élément justifiant que son état de santé serait incompatible avec l'exécution d'une telle mesure d'éloignement. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme, qui n'est pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. B mais uniquement de ceux sur lesquels il s'est fondé, n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. Pour édicter l'interdiction de retour sur le territoire français en litige, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur le caractère récent de l'entrée sur le territoire français du requérant, sur l'absence de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables en France, sur l'absence de mesure précédente d'éloignement et sur l'absence de menace pour l'ordre public. Il résulte de cette motivation que le préfet s'est appuyé sur les quatre critères, au demeurant non cumulatifs, de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour édicter la mesure en litige. Si le requérant fait valoir que cette mesure est disproportionnée dans son principe et dans sa durée et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, eu égard à l'absence de traitement disponible en Géorgie, il n'apporte aucun commencement de preuve tendant à démontrer qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Géorgie. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 février 2024. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZALe greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AC

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