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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400624

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400624

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400624
TypeDécision
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAYELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mars 2024 à 8h23, Mme A B, représentée par Me Ayele, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du préfet de l'Allier en date du 19 février 2024, notifiés le 14 mars à 10h00, portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire pour la durée de 3 ans, signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen, et assignation à résidence pour une durée de 45 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente de lui remettre un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de 48 heures à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions ;

4°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'incompétence de son signataire, de défaut de motivation et de violation de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) est entachée d'incompétence de son signataire, de violation des articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant un délai de départ est entachée d'exception d'illégalité de l'OQTF, de violation de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'erreur manifeste d'appréciation et de défaut de motivation sur le risque de fuite ;

- l'interdiction de retour est entachée d'exception d'illégalité de l'OQTF et du refus de délai, de violation de l'article L. 612-10 du même code, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2024, le préfet de l'Allier conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 1991-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a désigné Mme Luyckx, première conseillère, pour statuer sur le litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luyckx, magistrate désignée, a été entendu, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 19 mars 2024 à 10h00, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise demande l'annulation des arrêtés de la préfète de l'Allier du 19 février 2024, notifiés le 14 mars 2024, portant d'une part, refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, interdiction de retour de trois ans, et d'autre part, assignation à résidence dans le département de l'Allier pour une durée de 45 jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

4. M. Olivier Maurel, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, disposait d'une délégation de signature de la préfète en date du 28 juin 2023, régulièrement publiée au recueil des actes de la préfecture de l'Allier. Par suite le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

5. La décision attaquée refuse la délivrance d'un titre de séjour à Mme B, sur les fondements des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle contient les motifs de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est dès lors suffisamment motivée, quand bien même la requérante soutient ne pas avoir sollicité de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () "

7. Il est constant que Mme B, née en 1965 en Albanie, est entrée en France en 2017 sans disposer d'un droit au séjour. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile, le 18 septembre 2018. Elle n'a pas exécuté la décision d'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 7 novembre 2018. La préfète, qui a pris en compte cette dernière circonstance, a également relevé qu'elle ne dispose d'aucune ressource propre, qu'elle ne maîtrise pas la langue française, et qu'elle ne justifie pas de liens suffisamment stables et intenses en France. Si la requérante fait valoir qu'elle réside en France depuis plus de six ans auprès de sa fille, de son mari et de ses petits-enfants et que ceux-ci sont bien intégrés, ces seules circonstances, compte tenu de ce qui a été dit, ne sont pas de nature à révéler des motifs exceptionnels de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par conséquent, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que cette décision n'est pas entachée d'incompétence.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7, de l'âge de Mme B au moment où elle est entrée en France et des conditions de son séjour en France, la requérante ne justifie pas de l'intensité de liens privés ou familiaux établis en France auxquels la décision d'éloignement attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son but, alors même qu'elle fait valoir que sa fille majeure et mariée y est établie légalement. Par suite, cette décision n'est pas entachée de violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Aux termes de l'article 3 de cette même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si la requérante soutient que son éloignement vers l'Albanie l'expose à un risque de mauvais traitement, elle ne l'établit pas. Par suite, la décision portant OQTF n'est, en tout état de cause, pas entachée de violation des stipulations de l'article 3 de cette même convention.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ :

12. Il résulte de ce qui précède que la décision refusant un délai de départ n'est pas entachée d'illégalité du fait de l'illégalité de l'OQTF.

13. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :

() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

14. Pour refuser à l'intéressée un délai de départ volontaire, la décision se fonde sur le fait qu'elle s'est maintenue en situation irrégulière et s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement. C'est donc inutilement que la requérante soutient que " le risque de fuite a été caractérisé par le Préfet par l'absence de garantie de représentation et l'intention déclarée de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire ", et qu'elle dispose d'une adresse stable chez sa fille. Cette décision n'est dès lors pas entachée d'erreur manifeste quant à l'appréciation du risque de fuite ni de violation de l'article L. 612-2 précité, pas plus que de défaut de motivation.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :

15. Il résulte de ce qui précède que la décision refusant un délai de départ n'est pas entachée d'illégalité du fait de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ.

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

17. Si la requérante soutient que la décision d'interdiction de retour de trois ans interdira toute possibilité de retour en France alors que sa fille et ses petits-enfants y sont établis, il est constant qu'elle n'a jamais disposé d'un titre de séjour en France et s'est soustraite à l'exécution de la précédente OQTF dont elle a fait l'objet. Par ailleurs, elle ne fait état d'aucun obstacle à ce que sa famille vienne la visiter en Albanie. Les effets de cette mesure d'interdiction n'étant en outre pas définitifs, elle n'est ainsi pas fondée à soutenir que cette décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, ni serait entachée d'une erreur d'appréciation.

18. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant susvisée : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

19. La requérante ne peut se prévaloir utilement de ces stipulations à l'encontre de la décision d'interdiction de retour en litige qui ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de ses petits-enfants au sens de ces stipulations.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

20. Il résulte de ce qui précède que la décision par laquelle le préfet a assigné à résidence Mme B ne peut être annulée par voie de conséquence.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés en litige. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024

La magistrate désignée,

N. LUYCKX

La greffière,

P. CHEVALIER

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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