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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400635

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400635

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400635
TypeDécision
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 18 mars 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lyon a renvoyé le dossier de la requête de M. B au greffe du tribunal administratif de Clermont-Ferrand sur le fondement de l'article R. 776-16 du code de justice administrative.

Par une requête enregistrée, le 14 mars 2024, M. C B, représenté par Me Remedem, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme en date du 13 mars 2024, portant obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour sur le territoire d'un an ;

2°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative du code de justice administrative.

Il soutient que cet arrêté est entaché :

- d'incompétence du signataire ;

- de défaut de motivation et d'examen sérieux et préalable de sa situation personnelle ;

- d'erreur manifeste d'appréciation ;

- de violation de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de délai de départ volontaire est entaché de violation de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile quant à l'appréciation du risque de fuite ;

- l'interdiction de retour est disproportionnée et méconnaît l'article L. 612-6 du même code.

Vu les pièces enregistrées pour le préfet le 19 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 1991-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a désigné Mme Luyckx, première conseillère, pour statuer sur le litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mars 2024 à 11h15, en présence de Mme Chevalier, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Luyckx, première conseillère,

- et les observations de Me Remedem, pour M. B, qui se rapporte à ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais, demande l'annulation de l'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme en date du 13 mars 2024, portant obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour sur le territoire d'un an. Placé en rétention le même jour à Lyon par le préfet de l'Ain, il a été remis en liberté le 15 mars 2024 par le juge des libertés et de la détention. Par un arrêté du 15 mars 2024, le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence dans l'arrondissement d'Issoire pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Mme A, directrice de la citoyenneté et de la légalité, a reçu délégation de signature du préfet du Puy-de-Dôme, par un arrêté du 6 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes de la préfecture spécial du même jour, à l'effet de signer les décisions relevant du champ de compétence de sa direction. Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. "

6. Il ressort des motifs non contestés de l'arrêté en litige, pris sur le fondement des dispositions précitées, que M. B a été titulaire d'une carte de séjour en qualité de salarié du 12 janvier 2017 jusqu'à l'expiration de son dernier titre le 4 août 2023, et qu'il se maintient depuis en situation irrégulière sans avoir sollicité son renouvellement, et ne justifie pas de liens personnels ou familiaux anciens, intenses et stables en France. L'arrêté vise aussi le placement en garde à vue de l'intéressé, le 13 mars 2024, pour faits de violence sur concubine, ainsi que d'autres faits du même type commis le 22 octobre 2023. Il en résulte que cet arrêté est suffisamment motivé et ne caractérise pas un défaut d'examen de sa situation personnelle.

7. En faisant valoir qu'il est arrivé en France à l'âge de 16 ans, a été pris en charge par l'ASE, qu'après avoir obtenu un CAP de cuisinier, il travaille en CDI dans un restaurant à Issoire, et qu'il est en couple avec une ressortissante française, alors qu'il ressort de ses déclarations lors de sa garde à vue que cette relation ne date que d'un mois, que toute sa famille réside dans son pays d'origine, et qu'il n'apporte aucun élément au sujet de la régularisation de sa situation administrative, le requérant ne justifie pas de circonstances de nature à démontrer que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation en édictant l'OQTF en litige, pas plus qu'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, () sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). "

9. La décision refusant un délai de départ à M. B est fondée sur l'ensemble des motifs visés par les dispositions précitées, et notamment sur le fait qu'il représente une menace pour l'ordre public, au vu de plusieurs faits de violences sur conjoint, et de ce qu'il fait l'objet d'une interdiction judiciaire d'entrer en contact avec la victime. Par ailleurs, il ne justifie pas de circonstances particulières pour n'avoir pas fait renouveler son titre de séjour. Alors même qu'il s'agit de sa première mesure d'éloignement et qu'il justifie d'une attestation de domicile datée du 10 novembre 2023, il n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'erreur d'appréciation ni qu'elle a été prise en violation de l'article L. 612-2.

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

11. Il ressort de la décision en litige que, pour édicter une interdiction de retour d'un an, le préfet a pris en compte l'entrée en France de M. B en 2015, son absence de liens personnels ou familiaux anciens, intenses et stables en France, l'absence de précédente mesure d'éloignement, et la menace à l'ordre public qu'il représente, au vu des procédures pour violences contre conjoint dont il fait l'objet. M. B ne conteste pas ces faits, par ailleurs documentés par les auditions menées par la gendarmerie, mais se borne à soutenir que le centre de ses intérêts personnels se trouve en France. Compte tenu de ce qui a déjà été dit au point 7, il n'est cependant pas fondé à soutenir que la durée cette décision serait disproportionnée et entachée d'erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige du 13 mars 2024.

Sur les frais du litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024

La magistrate désignée,

N. LUYCKX

La greffière,

P. CHEVALIER

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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