mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400651 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 mars 2024, M. A B, représenté par Me Loiseau, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 21 janvier 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a implicitement refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle d'une durée de dix ans ou de quatre ans, en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé valant autorisation de travail dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que :
* en raison du refus de renouvellement de titre de séjour qui lui a été opposé et compte tenu de la date de fin de validité de son attestation de prolongation d'instruction, il ne pourra plus travailler à compter du 19 mars 2024 et risque donc de perdre son emploi ;
* la décision attaquée risque de le plonger dans une situation de grande précarité, dans la mesure où elle aurait comme effet de le priver de toute ressource, et notamment d'un salaire et des allocations familiales, ceci alors qu'il est père de quatre enfants mineurs et que son épouse, également bénéficiaire de la protection subsidiaire, se retrouve confrontée aux mêmes difficultés administratives que lui ;
* il ne saurait lui être opposé le fait que la condition d'urgence n'est pas remplie en raison de l'absence d'une demande de renouvellement d'une attestation de prolongation d'instruction, dans la mesure où aucun texte ne l'oblige à procéder à une telle demande ; qu'au demeurant, il a effectué toutes les démarches nécessaires sur le site de l'ANEF pour obtenir le renouvellement de son attestation de prolongation ;
* dans la mesure où la décision attaquée est un refus de renouvellement de titre de séjour, l'urgence est de droit ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision est remplie dès lors que :
* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en tout état de cause, il répond aux conditions posées par l'article L. 424-9 du même code pour la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle d'une durée de quatre ans ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu :
- la requête enregistrée le 15 mars 2024 sous le n° 2400616 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision en litige ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant yéménite, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 21 janvier 2024 par laquelle le préfet du Préfet du Puy-de-Dôme a rejeté implicitement sa demande de renouvellement de sa carte de séjour temporaire pluriannuelle, mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ".
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction, ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. M. B, qui bénéficiait d'une carte de séjour pluriannuelle, mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " expirant le 10 décembre 2023, a déposé le 20 septembre 2023 sur le site de l'ANEF une demande de renouvellement dudit titre de séjour et peut donc, en principe, se prévaloir de la présomption d'urgence.
5. Toutefois, aux termes des dispositions du 2e alinéa de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. ".
6. Il résulte de l'instruction que M. B a bénéficié d'une première attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour valable jusqu'au 19 mars 2024 autorisant sa présence en France et maintenant l'ensemble des droits ouverts en raison du titre de séjour précédemment détenu et notamment le droit de travailler. Entre le 3 février et le 21 février 2024, soit un mois avant l'expiration de sa précédente attestation de prolongation, l'intéressé a interrogé l'administration, par courriel ainsi qu'auprès du support technique de l'ANTS, afin de connaître l'état d'avancement de son dossier de renouvellement, demande à laquelle l'administration a notamment répondu en lui indiquant que " si [son] attestation de prolongation arrive à échéance, le service instructeur doit en générer une nouvelle qui est mise à disposition dans [son] espace personnel sur votre compte ANEF. () ". Si M. B indique dans sa requête, enregistrée le 20 mars 2024, qu'une telle attestation n'a pas été mise à sa disposition sur son espace personnel du site de l'ANEF, il n'en justifie aucunement dès lors que les pièces produites au dossier, attestant de ses démarches, sont antérieures de plus d'un mois à la date d'expiration de son attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 19 mars 2024. Or, une telle attestation qu'il lui appartient de demander sur le site de l'ANEF dans la rubrique dédiée, dès l'expiration de la précédente attestation, est de nature à mettre fin à l'urgence invoquée.
7. Dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B, y compris celles aux fins d'injonction, d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige, doivent être rejetées en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Fait à Clermont-Ferrand, le 26 mars 2024.
La présidente du tribunal,
juge des référés,
S. BADER-KOZA
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.zr
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