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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400662

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400662

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400662
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDROBNIAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée 20 mars 2024, M. B A, représenté par Me Drobniak, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de l'Allier, en date du 22 février 2024, notifié le 19 mars 2024, portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai et interdiction de retour de trois ans ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de l'Allier, en date du 22 février 2024, notifié le 19 mars 2024, portant assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, au besoin sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- ces arrêtés sont entachés d'incompétence ;

- la décision de refus de séjour est entachée :

* d'erreur manifeste d'appréciation et d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

* de défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de l'OQTF ;

- la décision fixant de pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de l'OQTF ;

- l'interdiction de retour est entachée :

* d'illégalité du fait de celle de l'OQTF ;

* de défaut de motivation ;

* d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de l'OQTF.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal administratif de Clermont-Ferrand a désigné Mme Luyckx, premier conseiller, pour statuer sur le litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 22 mars 2024 à 11h15, en présence de Mme Chevalier, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Luyckx, magistrate désignée,

- les observations de Me Drobniak pour M. A, qui ajoute que l'assignation à résidence en litige est entachée de défaut de motivation et d'erreur de droit quant à l'absence de définition de plages horaires auxquelles l'intéressé a été assigné à son domicile, en violation de l'article L.733-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu la note en délibéré, enregistrée le 22 mars 2024, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, demande l'annulation des arrêtés en date du 22 février 2024, par lesquels la préfète de l'Allier lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, avec obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour de trois ans et l'a assigné à résidence dans le département de l'Allier pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. "

3. Il résulte de ces dispositions que le magistrat désigné pour statuer sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français concernant un étranger assigné à résidence ne peut statuer sur les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour accompagnant cette obligation. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être renvoyées à la formation collégiale compétente du tribunal.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence :

4. M. Olivier Maurel, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, disposait d'une délégation de signature consentie par arrêté de la préfète de l'Allier en date du 28 juin 2023, régulièrement publié. Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire sans enfant en France, et qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 27 ans. Alors même qu'il fait valoir qu'il vit en couple avec une Française depuis un an et que sa sœur est en situation régulière sur le territoire, ces circonstances n'attestent pas de liens personnels et familiaux suffisamment anciens et durables de nature à faire obstacle à l'OQTF en litige. Par ailleurs, la circonstance qu'il travaille depuis deux ans en qualité de maçon n'atteste pas en soi de motifs exceptionnels pour être admis au séjour par le travail. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait entachée de violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les moyens soulevés par la voie de l'exception :

6. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les moyens tirés par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant OQTF doivent être écartés à l'encontre des autres décisions.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'interdiction de retour :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

8. Il ressort de la décision attaquée qu'alors qu'elle considère qu'une durée d'interdiction de douze mois est appropriée aux circonstances propres de l'espèce, elle édicte toutefois une interdiction de trois ans. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que cette décision est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

9. Aux termes de l'article L. 733-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. () ".

10. La décision d'assignation en litige fait obligation à M. A de demeurer dans le département de l'Allier et de se présenter au commissariat de police deux fois par semaine afin de constater qu'il respecte cette mesure. Il ne résulte pas des dispositions précitées que l'autorité doive nécessairement fixer une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer à son domicile, cette décision ne l'obligeant par ailleurs pas à y demeurer mais seulement lui interdisant de sortir du département, durant 45 jours. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces dispositions est inopérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour sont renvoyées à la formation collégiale de jugement du tribunal.

Article 2 : L'arrêté du 22 février 2024 est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.

La magistrate désignée,

N. LUYCKX

La greffière,

P. CHEVALIER

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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