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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400775

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400775

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 avril 2024, M. A D, représenté par Me Remedem, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 mars 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a astreint à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand pendant le délai de départ volontaire ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision du 20 mars 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été édictée en méconnaissance du principe du respect des droits de la défense ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 17 avril 2024 :

- le rapport de Mme E,

- Me Remedem, avocat de M. D, qui soutient que la décision de C nationale du droit d'asile n'a pas été notifiée à M. D, et que la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen de la situation de M. D en raison de la proximité temporelle de la décision de C nationale du droit d'asile et de la décision en litige, délai n'ayant pas permis au préfet d'entendre M. D sur sa situation et révélant que le préfet s'est estimé lié par cette décision pour édicter la décision en litige.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant congolais, est entré en France le 7 janvier 2023. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 30 juin 2023 et par C nationale du droit d'asile le 14 mars 2024. Par une décision du 20 mars 2024, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a astreint à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand pendant le délai de départ volontaire. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par M. Jean-Paul Vicat, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, en vertu d'un arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié le même jour, portant délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige, pour l'ensemble des mesures qu'elle édicte, comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de C nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. "

5. Si M. D soutient que la décision de C nationale du droit d'asile du 14 mars 2024 ne lui a pas été notifiée, il ne relève pas de la compétence du tribunal administratif de Clermont-Ferrand de se prononcer sur la régularité de la procédure suivie devant C nationale du droit d'asile. En tout état de cause, il ressort au contraire des pièces produites par le préfet du Puy-de-Dôme, et notamment du relevé " Telemofpra ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que la décision de C nationale du droit d'asile a été lue en audience publique le 14 mars 2024 et notifiée à M. D le 20 mars 2024. Dans ces conditions, quand bien même cette décision a été notifiée le même jour qu'a été édictée la décision en litige, en application des dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. D ne bénéficiait du droit de se maintenir en France que jusqu'au 14 mars 2024. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, M. D a pu présenter les observations sur sa situation qu'il estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. En outre, il n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux ni même avoir été empêché de présenter des observations ou de fournir des documents avant que ne soient prises la décision attaquée. Par suite, la proximité de dates entre la décision de C nationale du droit d'asile et la décision en litige n'est pas de nature à révéler l'existence d'un défaut d'examen de la situation du requérant par le préfet du Puy-de-Dôme. En outre, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet du Puy-de-Dôme se serait estimé en situation de compétence liée pour édicter la décision en litige. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision en litige méconnait les droits de la défense, et de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En cinquième lieu, si M. D soutient que la décision en litige est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ces moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

8. En dernier lieu, M. D se prévaut de craintes en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son homosexualité. Si M. D produit à l'appui de ses allégations un rapport médical retraçant ses déclarations relatives à son orientation sexuelle, il ressort des termes non contestés de la décision en litige que M. D a déclaré, de manière contradictoire avec ses allégations, avoir une conjointe. Par ailleurs, la demande d'asile du requérant a été rejetée par C nationale du droit d'asile, qui a relevé que les propos du requérant étaient sommaires, élusifs et ne permettant pas d'établir la réalité de son orientation sexuelle ni des faits présentés comme étant à l'origine de son départ. Dans ces conditions, M. D n'établit pas la réalité de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine et n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

9. M. D demande à titre subsidiaire que l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire en litige soit suspendue jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de C nationale du droit d'asile ou s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. Toutefois, ainsi qu'il a déjà été dit, C nationale du droit d'asile s'est déjà prononcée sur le recours du requérant par décision du 14 mars 2024.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation ou, à tout le moins, la suspension de la décision en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet des conclusions présentées à fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La présidente,

S. ELa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2400775

JC

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