jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400819 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 avril 2024, Mme B C, représentée par Me Laffont, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au maire de la commune de Loudes de cesser toute atteinte à ses libertés d'élue locale et de convoquer le conseil municipal avec un ordre du jour comportant l'examen de sa demande de protection fonctionnelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance ;
2°) à titre subsidiaire, de dire que le représentant de l'Etat dans le département pourra recourir au pouvoir qu'il tient de l'article L. 2122-34 du code général des collectivités territoriales afin de prendre en lieu et place du maire, qui refuserait ou négligerait de le faire, les mesures qu'appelle nécessairement l'exécution de l'ordonnance ;
Elle soutient que :
- s'agissant de la condition d'urgence : l'atteinte portée à ses droits en qualité d'élue locale est d'une gravité particulière ; le maire s'arroge un pouvoir qu'il n'a pas en refusant d'inscrire à l'ordre du jour du conseil municipal sa demande de protection fonctionnelle et manifeste son refus en ne l'informant pas des convocations aux réunions d'adjoints et en retardant son information concernant les dates et ordres du jour des conseil municipaux ;
- s'agissant de l'atteinte grave et immédiate à une liberté fondamentale : ce refus du maire de la commune de Loudes porte atteinte au droit fondamental de solliciter cette protection et à l'exercice de son mandat d'élue locale, le maire l'excluant des réunions d'adjoints ou tardant à lui communiquer les informations relatives aux dates et ordres du jour des conseils municipaux ; ce refus est entaché d'incompétence et de détournement de procédure.
Mme C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 27 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales et notamment l'article L. 2123-35 du code général des collectivités territoriales dans sa version issue de la loi n° 2024-247 du 21 mars 2024 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné Mme A, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
2. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. "
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction, ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
5. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
6. Mme B C, troisième adjointe et conseillère municipale de la commune de Loudes (Haute-Loire), soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de la part du maire de la commune de Loudes, fait état, à cet égard, d'une agression verbale commise par le maire le 16 mai 2023, qui fait suite à trois années d'altercations avec celui-ci. Elle indique avoir sollicité en vain les 8, 9 et 30 novembre et 4 décembre 2023 l'inscription à l'ordre du jour du conseil municipal de sa demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle. Toutefois, et alors que plusieurs séances du conseil municipal se sont tenues depuis la date de sa première demande et se tiendront ultérieurement à celle prévue le 11 avril prochain, elle n'invoque aucune circonstance particulière de nature à caractériser une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures. Par suite, Mme C ne justifie pas d'une situation d'urgence particulière au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
7. Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter la requête de Mme C selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C.
Fait à Clermont-Ferrand, le 11 avril 2024.
La juge des référés,
R. A
La République mande et ordonne au préfet de Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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