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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2400833

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2400833

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2400833
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2024, M. A B, représenté par Me Cruz, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement refusé de lui restituer quatre points sur son permis de conduire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui réattribuer les quatre points sollicités sur le capital de son permis de conduire dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que :

* la décision attaquée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle dès lors que son permis de conduire lui est nécessaire pour exercer son activité professionnelle, à savoir livreur pour la plateforme " Uber Eat " ;

* faute de disposer d'un capital de points suffisants sur son permis de conduire, il ne peut plus exercer son activité professionnelle et ne génère plus de chiffre d'affaires ; en outre, il lui est impossible de retrouver un emploi dans un domaine autre que la livraison ;

* la jurisprudence constante du Conseil d'Etat, selon laquelle la condition d'urgence n'est pas caractérisée lorsque la situation dans laquelle se trouve le requérant est prévisible et résulte d'une négligence de sa part, ne saurait lui être opposée en l'espèce dès lors que cela contreviendrait au principe de présomption d'innocence ; de surcroît, l'autorité administrative lui a retiré des points à la suite d'infractions pour lesquelles il reste présumé innocent et qui demeuraient contestables devant le juge judiciaire ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision est remplie dès lors qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à l'invalidation de conduire compte tenu de l'annulation du titre exécutoire correspondant à l'amende forfaitaire majorée de l'infraction commise le 11 juillet 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 22 mars 2024 sous le n° 2400706 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision en litige.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de lui restituer quatre points sur son permis de conduire.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L.522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'un arrêté de suspension de la validité d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.

4. Pour démontrer l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision du ministre de l'intérieur portant refus de lui attribuer quatre points sur son permis de conduire, M. B soutient notamment que son permis de conduire lui est nécessaire pour l'exécution de ses obligations professionnelles dès lors qu'il exerce le métier de livreur et que son permis de conduire lui est indispensable pour assurer les livraisons dans l'agglomération de Montluçon.

5. Toutefois M. B n'établit pas qu'il serait dans l'impossibilité d'assurer ses livraisons par un autre moyen de transport que la voiture. De surcroît, bien que l'intéressé ait déclaré au titre de l'année 2023 un chiffre d'affaires nul, établissant ainsi son absence de revenus, et soutienne qu'il lui est impossible d'exercer une autre activité professionnelle que celle de livreur, il ne l'établit pas. En particulier, il n'établit pas être dans l'impossibilité d'exercer une autre activité professionnelle, qui ne nécessiterait pas l'usage d'un véhicule soumis au permis de conduire. Ces circonstances font dès lors obstacle à ce que la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, soit en l'espèce regardée comme remplie.

6. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, la requête de M. B doit être rejetée selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Clermont-Ferrand, le 16 avril 2024.

La présidente du tribunal,

juge des référés

S. BADER-KOZA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

zr

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