jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2400965 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 et 29 avril 2024, M. B, représenté par Me Bourg demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé la durée de l'interdiction de quitter le territoire français de deux ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative dans un délai de 4 mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente, sous 48h, une autorisation provisoire de séjour ;
5°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen de deuxième génération ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au bénéfice de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle n'a pas été notifiée à son adresse connue par l'administration et a lui été notifiée le 25 avril 2024 lors de sa retenue administrative, les conclusions étant dès lors recevables contre cette décision ;
- elle n'a pas été précédée d'une vérification de son droit au séjour en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il a fait connaître sa situation médicale justifiant son séjour en France et avait déposé une demande de titre de séjour pour raison de santé le 22 août 2023 ;
- sa situation médicale fait obstacle à son éloignement ;
- est insuffisamment motivée ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français et sa prolongation :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale eu égard à son état de santé qui nécessite un traitement et un suivi médical dont il ne peut bénéficier en Géorgie et dont le défaut peut avoir des conséquences d'une extrême gravité ;
- la prolongation de l'interdiction de retour méconnaît l'article L 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le délai de départ volontaire qui lui a été accordé n'avait pas expiré, la mesure d'éloignement ne lui ayant été notifiée que le 25 avril 2024 ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui la fonde.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jaffré, première conseillère, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 30 avril 2024 à 14h30 en présence de Mme Sudre, greffière d'audience, Mme Jaffré a lu son rapport et entendu les observations de Me Bourg, en présence de M. B et son interprète en langue géorgienne, qui reprend ses écritures et fait valoir qu'il est régulièrement suivi au CHU de Clermont-Ferrand depuis son orientation par une assistante sociale de la SPADA et son hospitalisation durant l'été 2023 ; sa situation médicale, connue de l'administration, interdit toute mesure d'éloignement dès lors que le défaut de prise en charge pourra entrainer son décès et qu'un médecin a attesté de la nécessité de cette prise en charge en France ; par ailleurs, l'absence de prise en compte de son état de santé dans l'édiction de l'ensemble des décisions dont il fait l'objet démontre un défaut d'examen et une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ; en outre, parallèlement aux mesures visant à exécuter son éloignement, la préfecture l'a finalement admis à déposer une demande de titre de séjour pour raison de santé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien, est entré en France le 21 juillet 2023. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 11 octobre 2023. Par un arrêté du 30 novembre 2023, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B a été interpellé dans le cadre d'un contrôle d'identité sur réquisition du procureur de la République le 25 avril 2024. Par une décision du 25 avril 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a décidé de prolonger l'interdiction de retour sur le territoire français dont l'intéressé a fait l'objet pour une durée de deux ans et l'assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. B demande l'annulation des arrêtés des 30 novembre 2023 et 25 avril 2024.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, il y a lieu de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 30 novembre 2023 portant mesure d'éloignement de M. B a été notifié à l'adresse de la structure du premier accueil du demandeur d'asile au sein de laquelle le requérant a été pris en charge pour l'enregistrement de sa demande d'asile à Clermont-Ferrand. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'administration a mis à disposition du requérant, en sa qualité de demandeur d'asile, un hébergement au sein du centre d'hébergement pour demandeurs d'asile d'Emmaüs à Bussières et Pruns à compter du 22 août 2023. Ainsi, la notification de l'arrêté du 30 novembre 2023 étant irrégulière, elle n'a pas fait courir les délais contentieux contre cet acte. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a reçu copie de l'arrêté du 30 novembre 2023 lors de sa retenue administrative le 25 avril 2024. Dès lors, les conclusions présentées par M. B dirigées contre l'arrêté du 30 novembre 2023 sont recevables.
5. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
6. Le requérant produit un certificat médical daté du 22 août 2023, destiné au médecin coordinateur de l'OII pour l'appréciation de la vulnérabilité de l'intéressé, qui constate les problèmes de santé de l'intéressé à la suite d'un examen clinique. Il produit également un certificat médical daté du 30 janvier 2024 attestant que l'état de santé du requérant " justifie sa présence sur le territoire français pour une durée minimale de 6 mois " et que l'absence de prise en charge médicale peut engendrer " à court et moyen terme le décès du patient ". Le préfet du Puy-de-Dôme n'apporte aucun élément pour contredire ces éléments produits par le requérant. Par suite, il y lieu d'accueillir le moyen tiré de la violation des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée.
8. Il résulte de ce qui précède que, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté du préfet de police du 30 novembre 2023 doit être annulé de même que, par voie de conséquence, les arrêtés du 25 avril 2024 portant prolongation de de l'interdiction de quitter le territoire français et assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
10. Eu égard aux motifs qui la fondent, l'exécution de l'annulation prononcée ci-dessus implique seulement que le préfet du Puy-de-Dôme procède au réexamen de la situation de M. B dans un délai de quatre mois. Il y a également lieu, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. B dans un délai de 48 heures à compter de la notification du présent jugement.
11. En second lieu, le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français, implique nécessairement l'effacement sans délai du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de prendre toute mesure pour procéder à l'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur les frais d'instance :
12. En application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve de la décision à intervenir du bureau d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant, de la somme 900 euros, ce versement valant, conformément à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle. Dans le cas où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordé à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée au requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les arrêtés du préfet du Puy-de-Dôme du 30 novembre 2023 et du 25 avril 2024 portant mesure d'éloignement, prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la situation de M. B dans un délai de quatre mois à compter de la date de la notification du présent jugement, et de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. B dans un délai de dans un délai de 48 heures à compter de cette même date.
Article 4 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de procéder sans délai à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen.
Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à l'avocat du requérant une somme de neuf cent euros (900 euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de neuf cent euros (900 euros) sera versée à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
La magistrate désignée,
M. JAFFRÉLa greffière
I. SUDRE
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400965
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026