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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401051

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401051

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mai 2024 et des mémoires enregistrés les 15, 21 et 23 mai 2024, M. C D A, représenté par Me Demars, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel la préfète du Rhône a décidé de sa remise aux autorités portugaises en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une attestation de demande d'asile et de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui remettre une attestation de demande d'asile dans un délai de quarante-huit heures sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il a été édicté en méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ; il n'est pas établi qu'il aurait reçu, contre signature, de brochure ; il n'est pas établi qu'il aurait bénéficié d'un entretien effectif, réel et sérieux au regard de sa durée insuffisante, de la circonstance que l'interprète, intervenu par téléphone, n'a pas restitué l'intégralité du contenu des brochures, et de la circonstance qu'il a été réalisé à 2h34 du matin ; il n'est pas établi que l'entretien ait été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national, dont l'identité ou les initiales n'apparaissent pas sur le résumé de son entretien individuel, de même que le cachet du service et que la charge de la preuve appartient à l'administration ; il appartient à ce titre à la préfète de prouver qu'une prestation d'interprétariat a bien été réalisée ;

- il méconnaît les articles 12 et 22 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et est entaché d'une erreur de fait, faute pour la préfète d'établir qu'il a bien bénéficié d'un visa des autorités portugaises et que sa demande de prise en charge a été acceptée par le Portugal ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, faute pour la préfète d'avoir tenu compte du fait qu'il souffre d'un syndrome de stress post-traumatique, qu'il bénéficie d'un suivi psychiatrique à Clermont-Ferrand, à raison duquel un traitement médicamenteux lui a été prescrit, que son état de santé nécessite des soins réguliers et au long cours et qu'il a subi des mauvais traitements en Angola ainsi qu'au Portugal ;

- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès que l'état de santé du requérant constitue une circonstance exceptionnelle de nature à justifier l'application de la clause discrétionnaire prévue par ces dispositions ; en cas de remise aux autorités portugaises, compte tenu des mauvais traitements exercés à son encontre au Portugal, il existe un risque réel et avéré d'une détérioration significative et irrémédiable de son état de santé psychologique, de réactivation de ses symptômes post-traumatiques et d'idées suicidaires ; en outre, ne parlant pas la langue portugaise, il ne sera pas en mesure de poursuivre ses soins de psychothérapie au Portugal ; il exprime un besoin de stabilité dans le cadre de sa prise en charge médicale ; il a tissé une relation de confiance avec l'équipe en charge de son suivi.

Par des mémoires en défense enregistrés les 21 et 22 mai 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 13 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 juin 2024, en présence de M. Morelière, greffier d'audience, Mme B a donné lecture de son rapport.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant angolais, déclare être entré en France le 20 décembre 2023. La consultation du fichier européen VIS a mis en évidence que l'intéressé est entré sur le territoire de l'Union européenne au moyen d'un visa portugais, valable du 30 juin 2023 au 13 août 2023. Les autorités portugaises ont été saisies le 19 janvier 2024 d'une demande de prise en charge en application des dispositions de l'article 12 du règlement européen susvisé du 26 juin 2013 et ont expressément accepté, le 14 mars 2024, de reprendre en charge l'intéressé, en application de l'article 22 du règlement européen (UE) n°604/2013. Par un arrêté du 29 avril 2024 dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Rhône a décidé de son transfert vers le Portugal.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A, qui a déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure et d'une erreur de droit, il n'assortit ces moyens d'aucune précision suffisante pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, d'une part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée et des pièces produites par la préfète du Rhône que M. A s'est vu délivrer contre signature, à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile, le 26 décembre 2023, les deux brochures d'information dite " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quels pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '). Ces brochures, délivrées en langue portugaise, langue que l'intéressé a déclaré comprendre, constituent les documents mentionnés à l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 et, contiennent l'intégralité des informations prévues par cet article. Enfin, elles ont été remises à M. A le 26 décembre 2023, soit en temps utile avant que n'intervienne la décision en litige. D'autre part, et alors que la durée de l'entretien individuel n'est nullement mentionnée dans son résumé, celui-ci a été réalisé à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile et, a donné lieu, également en temps utile, à l'établissement d'un résumé signé par M. A, lequel a bénéficié du concours d'un interprète agréé en langue portugaise, dont il n'est par ailleurs pas établi que ce dernier n'aurait pu restituer le contenu des brochures mentionnées précédemment. En tout état de cause, aucun élément du dossier ne permet d'établir que cet entretien individuel, nonobstant la circonstance qu'il se soit déroulé à 2h34 du matin, n'aurait pas eu lieu dans des conditions permettant au requérant d'exposer de manière complète sa situation personnelle et familiale, ni qu'il aurait été mené par un agent non qualifié en vertu du droit national, le résumé de cet entretien mentionnant au contraire que celui-ci a été " conduit par un agent qualifié de la préfecture du Puy-de-Dôme ". En l'absence de tout élément de preuve contraire, cette mention suffit à regarder cet agent, qui n'était pas tenu de s'identifier explicitement, comme ayant eu la qualité de " personne qualifiée en vertu du droit national " au sens des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées des articles 4 et 5 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 12 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " Si le demandeur est seulement titulaire () d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres ", lesquels paragraphes impliquent que l'Etat ayant délivré le visa est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Aux termes de l'article 22 de ce même règlement : " L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. () " ; qu'aux termes de l'article 26 dudit règlement : " 1. Lorsque l'État membre requis accepte la prise en charge ou la reprise en charge d'un demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), l'État membre requérant notifie à la personne concernée la décision de le transférer vers l'État membre responsable et, le cas échéant, la décision de ne pas examiner sa demande de protection internationale. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que les autorités portugaises ont délivrées un visa à M. A, valable du 30 juin 2023 au 13 août 2023, impliquant ainsi nécessairement que le Portugal soit responsable de l'examen de la demande de protection internationale de l'intéressé. En tout état de cause, il ressort des termes de la décision attaquée, corroborés par les pièces produites par la préfète du Rhône, que les autorités portugaises ont été saisies le 19 janvier 2024 d'une demande de prise en charge de M. A pour l'examen de sa demande d'asile en application des dispositions de l'article 12 du règlement européen susvisé et ont expressément accepté, le 14 mars 2024, de reprendre en charge l'intéressé en application de l'article 22 de ce même règlement. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. A. En particulier, il ressort des termes de la décision attaquée que si l'intéressé s'est vraisemblablement prévalu devant la préfète de l'existence d'une condition de vulnérabilité et de sa situation médicale, ces allégations n'avaient été corroborées par aucun élément probant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé ne peut qu'être écarté.

9. En dernier lieu, M. A soutient tout d'abord qu'il souffre d'un syndrome post-traumatique à raison duquel il est suivi en France, eu égard aux sévices qu'il a subi antérieurement à son arrivée en France et qu'un retour au Portugal risque de réactiver les symptômes liés à son trouble et d'accroître ses idées suicidaires. A l'appui de ces allégations, le requérant produit notamment plusieurs certificats médicaux, postérieurs à la décision attaquée, mais relevant un état de santé antérieur à celle-ci. Toutefois et, alors que la réalité des traitements subis, notamment au Portugal, n'est corroborée par aucune pièce du dossier, les certificats produits usant en particulier tous du conditionnel pour évoquer les traitements subis par M. A, ce dernier n'établit pas qu'en cas de retour dans ce pays, il serait exposé de manière certaine à des traitements inhumains et dégradants et que sa demande d'asile risquerait de ne pas être examinée dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Au surplus, la circonstance que M. A ne serait pas en mesure de poursuivre son parcours de soins au Portugal, notamment eu égard aux relations qu'il a pu tisser avec le personnel médical en France n'est pas de nature, par elle-même, à caractériser un risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants ou que les autorités portugaises ne seront pas en mesure d'offrir les garanties exigées par le droit d'asile. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète a entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation et a méconnu l'article 17 du règlement précité, l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte et de celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

La présidente,

S. BLe greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.zr

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