mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401127 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | ACTANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 mai, 13 juin et 24 juin 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le comité social et économique central (CSEC) d'Adisseo France SAS, le comité social et économique de l'établissement (CSEE) de Commentry d'Adissseo France SAS, la fédération nationale des industries chimiques CGT, M. A C et M. B D, représentés par la Selas JDS avocats, Me Gayat, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 avril 2024 par laquelle la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes a homologué le document unilatéral portant sur le projet de licenciement économique collectif donnant lieu à la mise en œuvre du plan de sauvegarde de l'emploi de la société Adisseo France SAS ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le plan de sauvegarde de l'emploi est insuffisant au regard des moyens dont dispose le groupe ; en l'absence d'éléments probants sur la saisine du groupe en vue d'abonder le plan de sauvegarde de l'emploi, la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) est dans l'incapacité d'apprécier la suffisance du plan de sauvegarde de l'emploi ; de nombreuses mesures prévues dans l'accord collectif n'ont pas été reprises dans le document unilatéral démontrant ainsi l'insuffisance des mesures du plan de sauvegarde de l'emploi homologué ; s'agissant des mesures mises en œuvre dans le cadre de la mobilité interne et du reclassement interne, la société ne prend aucune mesure concrète pour assurer les aides à la formation puisqu'il est prévu que la société prendra en charge sans limitation de budget toute formation nécessaire identifiée par la direction relevant de cet objectif ; s'agissant des mesures mises en œuvre au titre du reclassement externe, l'indemnité différentielle de rémunération prévue dans le plan de sauvegarde de l'emploi ne prend pas en compte la spécificité de la rémunération des salariés de la société qui est composée de différentes primes liées aux conditions de travail qui s'ajoutent au salaire de base et qu'ainsi, au vu de ce qui est proposé, les salariés d'Adisseo ne sont pas incités à la mobilité externe au regard des moyens de groupe ;
- les catégories professionnelles retenues sont illicites ; le périmètre retenu pour certaines d'entre elles est trop restrictif ; la catégorie " technicien " comprend dix-sept catégories ; la catégorie " chef de poste " comprend des chefs d'équipe ; les " opérateurs/technicien fabrication " auraient dû appartenir à la catégorie professionnelle des " chefs de poste " ; les catégories professionnelles ont été établies pour permettre de cibler ou au contraire de protéger certains salariés ; l'administration devait vérifier la pertinence des catégories professionnelles ce qu'elle n'a pas fait ;
- en l'absence d'évaluation des risques pour la santé des salariés, le plan de sauvegarde de l'emploi ne pouvait être valablement homologué ; la mise à jour du document unique d'évaluation des risques professionnels transmis à la DREETS est intervenue tardivement ; la DREETS a commis une erreur d'appréciation en estimant que la société a procédé à une analyse des risques pour prévenir et assurer la sécurité et protéger la santé mentale et physique des salariés compte tenu de ce que, s'agissant des mesures mises en œuvre par l'employeur contre les risques psychosociaux, le document ne prévoit que la mise à disposition d'une ligne d'accompagnement psychologique pour les salariés et en se satisfaisant seulement d'une analyse de la charge de travail pour les postes impactés et d'une étude d'impact ; seule une partie des salariés a suivi le module de formation pour les managers.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2024 la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, la société Adisseo France SAS, représentée par Actance SAS, Me Pourtier et Me Michalcak, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 13 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 24 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bollon,
- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,
- et les observations de Me Piat, représentant les requérants, et de Me Michalcak, représentant la société Adisseo France SAS.
Considérant ce qui suit :
1. La société Adisseo France SAS, dont le siège social est situé à Anthony (92), conçoit, produit et commercialise des compléments nutritionnels dans le secteur de la nutrition animale et possède quatre établissements en France dont celui de Commentry dans le département de l'Allier. En octobre 2022, la société Adisseo France a décidé d'arrêter provisoirement la production de méthionine en poudre sur le site de Commentry puis, en janvier 2024, de ne pas redémarrer cette activité et de procéder à la réorganisation du site. Le 22 janvier 2024, elle a informé la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes (DREETS) d'un projet de plan de sauvegarde de l'emploi impliquant soixante-dix-neuf ruptures de contrats de travail dont une proposition de modification de contrat de travail. A compter des 31 janvier et 1er février 2024 et jusqu'au 9 et 10 avril 2024, se sont tenues les réunions d'information et de consultation des CSEC et CSEE qui ont rendu un avis défavorable sur le projet. En dépit des négociations, aucun accord collectif en vertu de l'article L. 1233-24-1 du code du travail n'a pu être mis en œuvre. La société Adisseo France a alors soumis, le 22 avril 2024, un document unilatéral à la DREETS que la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes a homologué par une décision du 24 avril 2024. Par la présente requête, les requérants en demandent l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le caractère suffisant des mesures prévues par le PSE au regard des moyens du groupe :
2. Aux termes de l'article L. 1233-61 du code du travail : " Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, lorsque le projet de licenciement concerne au moins dix salariés dans une même période de trente jours, l'employeur établit et met en œuvre un plan de sauvegarde de l'emploi pour éviter les licenciements ou en limiter le nombre. / Ce plan intègre un plan de reclassement visant à faciliter le reclassement sur le territoire national des salariés dont le licenciement ne pourrait être évité, notamment celui des salariés âgés ou présentant des caractéristiques sociales ou de qualification rendant leur réinsertion professionnelle particulièrement difficile. () ". Aux termes de l'article L. 1233-62 du même code : " Le plan de sauvegarde de l'emploi prévoit des mesures telles que : / 1° Des actions en vue du reclassement interne sur le territoire national, des salariés sur des emplois relevant de la même catégorie d'emplois ou équivalents à ceux qu'ils occupent ou, sous réserve de l'accord exprès des salariés concernés, sur des emplois de catégorie inférieure ; / 1° bis Des actions favorisant la reprise de tout ou partie des activités en vue d'éviter la fermeture d'un ou de plusieurs établissements ; / 2° Des créations d'activités nouvelles par l'entreprise ; / 3° Des actions favorisant le reclassement externe à l'entreprise, notamment par le soutien à la réactivation du bassin d'emploi ; / 4° Des actions de soutien à la création d'activités nouvelles ou à la reprise d'activités existantes par les salariés ; / 5° Des actions de formation, de validation des acquis de l'expérience ou de reconversion de nature à faciliter le reclassement interne ou externe des salariés sur des emplois équivalents ; / 6° Des mesures de réduction ou d'aménagement du temps de travail ainsi que des mesures de réduction du volume des heures supplémentaires réalisées de manière régulière lorsque ce volume montre que l'organisation du travail de l'entreprise est établie sur la base d'une durée collective manifestement supérieure à trente-cinq heures hebdomadaires ou 1 600 heures par an et que sa réduction pourrait préserver tout ou partie des emplois dont la suppression est envisagée " et en vertu de l'article L. 1233-57-3 du même code, l'autorité administrative homologue le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi, après avoir notamment vérifié " le respect par le plan de sauvegarde de l'emploi des articles L 1233-61 à L. 1233-63 en fonction des critères suivants : / 1° Les moyens dont disposent l'entreprise, l'unité économique et sociale et le groupe ; / 2° Les mesures d'accompagnement prévues au regard de l'importance du projet de licenciement ; / 3° Les efforts de formation et d'adaptation tels que mentionnés aux articles L. 1233-4 et L. 6321-1 ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'homologation d'un document élaboré en application de l'article L. 1233-24-4 du code du travail, il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de vérifier la conformité de ce document et du plan de sauvegarde de l'emploi dont il fixe le contenu aux dispositions législatives et aux stipulations conventionnelles applicables, en s'assurant notamment du respect par le plan de sauvegarde de l'emploi des dispositions des articles L. 1233-61 à L. 1233-63 du même code. A ce titre, elle doit, au regard de l'importance du projet de licenciement, apprécier si les mesures contenues dans le plan sont précises et concrètes et si, à raison, pour chacune, de sa contribution aux objectifs de maintien dans l'emploi et de reclassement des salariés, elles sont, prises dans leur ensemble, propres à satisfaire à ces objectifs compte tenu, d'une part, des efforts de formation et d'adaptation déjà réalisés par l'employeur et, d'autre part, des moyens dont disposent l'entreprise et, le cas échéant, l'unité économique et sociale et le groupe. A cet égard, il revient notamment à l'autorité administrative de s'assurer que le plan de reclassement intégré au plan de sauvegarde de l'emploi est de nature à faciliter le reclassement des salariés dont le licenciement ne pourrait être évité. L'employeur doit, à cette fin, avoir identifié dans le plan l'ensemble des possibilités de reclassement des salariés dans l'entreprise. En outre, lorsque l'entreprise appartient à un groupe, l'employeur, seul débiteur de l'obligation de reclassement, doit avoir procédé à une recherche sérieuse des postes disponibles pour un reclassement sur le territoire national dans les autres entreprises du groupe, quelle que soit la durée des contrats susceptibles d'être proposés pour pourvoir à ces postes. Pour l'ensemble des postes de reclassement ainsi identifiés l'employeur doit avoir indiqué dans le plan leur nombre, leur nature et leur localisation.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la société Adisseo France SAS a sollicité le groupe afin d'abonder financièrement le plan de sauvegarde de l'emploi et que la société mère Drakkar Group SA s'est portée garante à hauteur de 15 000 000 euros maximum pour la mise en œuvre financière des mesures prévues dans le plan de sauvegarde de l'emploi. D'autre part, si les requérants soutiennent que les mesures prévues dans le plan de sauvegarde de l'emploi sont nécessairement insuffisantes au regard des moyens du groupe dès lors que le document prévu à l'article L. 1233-24-4 du code du travail et homologué n'a pas repris de nombreuses mesures proposées dans le cadre de la négociation de l'accord collectif, aucune disposition ni aucun principe n'impose toutefois à l'employeur en cas d'échec d'une telle négociation de reprendre au sein du document unilatéral lesdites mesures et, par ailleurs, cette circonstance ne peut, en elle-même, suffire à démontrer l'insuffisance du plan de sauvegarde de l'emploi. Enfin, le document homologué comporte en son chapitre 5 de nombreuses mesures destinées à limiter le nombre de licenciements contraints et son annexe 4 fixe la liste les postes ouverts au sein du groupe Adisseo en France indiquant leur nature et leur localisation et dont le plan prévoit qu'elle sera régulièrement actualisée tout au long de son déploiement. Ainsi, le plan de sauvegarde de l'emploi prévoit la mise en place d'un espace information conseil (EIC) accessible à l'ensemble des salariés concernés confié à un cabinet externe. Au titre des mesures accompagnant le reclassement interne, il est prévu un maintien de rémunération en cas de reclassement impliquant un déclassement sur le site de Commentry, des actions de formation sans limitation de budget, dans le cadre de la mobilité géographique en l'absence ou en cas de déménagement, il est prévu un voyage de reconnaissance, des aides à la garde d'enfants ou ascendant à charge, une prime d'éloignement pour certains salariés qui verraient leur temps ou leur distance de trajet allongé, des aides à la mobilité géographique dont l'octroi d'un congé supplémentaire et des frais de déplacement pour la recherche d'une habitation et pour le déménagement, la possibilité de bénéficier d'un hébergement temporaire et de la prise en charge de frais de déplacement dans l'attente du déménagement, la prise en charge par la société Adisseo du loyer du logement de destination pendant une période de six mois voire douze mois maximum en cas de double loyer ou d'un paiement cumulé d'un crédit immobilier et d'un loyer, la prise en charge des six première échéances d'un prêt relais dans la limite mensuelle de 1 500 euros, la prise en charge des frais d'agence, des frais de déménagement, une aide à l'obtention du permis de conduire d'un montant de 1 200 euros brut maximum, une aide au reclassement du conjoint et enfin une indemnité forfaitaire globale de mutation. Au titre du reclassement externe, le document unilatéral élaboré par l'employeur prévoit, dans son chapitre 7, un espace de reclassement externe appelé " Antenne Emploi " pris en charge par un cabinet externe spécialisé et opérationnel dès la fin de mission de l'EIC et à compter des premières notifications des licenciements, un congé de reclassement tant pour les salariés se portant candidat à un départ volontaire que pour ceux ne souhaitant pas et/ou ne pouvant pas quitter la société volontairement, il est également prévu une allocation qui sera versée le temps du congé de reclassement et le bénéfice de la protection sociale. De plus, un appui à la création ou à la reprise d'entreprise est prévu via un accompagnement par un cabinet externe ainsi que le versement d'une participation aux frais de création ou de reprise d'entreprise d'un montant de 8 000 euros brut et une aide à la formation. Par ailleurs, pour tout salarié licencié et acceptant un poste de reclassement externe en France, il est prévu une indemnité différentielle de rémunération courant pendant vingt-quatre mois à hauteur de 400 euros brut maximum les douze premiers mois et 200 euros brut maximum les douze mois suivants, une indemnité de frais de recherche d'emploi, des aides à la formation dans le cadre de la mobilité externe dont le budget global est de 250 000 euros ainsi qu'une prise en charge des frais de déménagement et une prime d'installation d'un montant forfaitaire de 5 000 euros bruts. Dans ces conditions, le plan de sauvegarde de l'emploi comporte des mesures précises et concrètes de nature à faciliter le reclassement tant interne qu'externe du personnel et à limiter le nombre des licenciements.
5. Ainsi, si les requérants critiquent certaines des mesures prévues par le plan de sauvegarde de l'emploi homologué par l'autorité administrative et quand bien même la société Adisseo a, postérieurement à l'homologation, proposé de nouvelles mesures plus favorables qui seraient susceptibles de faire l'objet d'un avenant au plan de sauvegarde de l'emploi, il résulte du point précédent que les mesures y figurant, prises dans leur ensemble, sont concrètes et précises et présentent un caractère suffisant au regard des moyens du groupe. Le moyen sera, par suite, écarté.
En ce qui concerne la détermination des catégories professionnelles :
6. L'article L. 1233-57-3 du code du travail prévoit qu'en l'absence d'accord collectif, " l'autorité administrative homologue le document élaboré par l'employeur mentionné à l'article L. 1233-24-4, après avoir vérifié la conformité de son contenu aux dispositions législatives et aux stipulations conventionnelles relatives aux éléments mentionnés aux 1° à 5° de l'article L. 1233-24-2 () ", le 4° de cet article étant relatif au nombre des suppressions d'emploi et aux catégories professionnelles concernées.
7. En vertu de ces dispositions, il appartient à l'administration, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'homologation d'un document qui fixe les catégories professionnelles mentionnées au 4° de l'article L. 1233-24-2 cité ci-dessus, de s'assurer, au vu de l'ensemble des éléments qui lui sont soumis, notamment des échanges avec les représentants du personnel au cours de la procédure d'information et de consultation ainsi que des justifications qu'il appartient à l'employeur de fournir, que ces catégories regroupent, en tenant compte des acquis de l'expérience professionnelle qui excèdent l'obligation d'adaptation qui incombe à l'employeur, l'ensemble des salariés qui exercent, au sein de l'entreprise, des fonctions de même nature supposant une formation professionnelle commune. Au terme de cet examen, l'administration refuse l'homologation demandée s'il apparaît que les catégories professionnelles concernées par le licenciement ont été déterminées par l'employeur en se fondant sur des considérations, telles que l'organisation de l'entreprise ou l'ancienneté des intéressés, qui sont étrangères à celles qui permettent de regrouper, compte tenu des acquis de l'expérience professionnelle, les salariés par fonctions de même nature supposant une formation professionnelle commune, ou s'il apparaît qu'une ou plusieurs catégories ont été définies dans le but de permettre le licenciement de certains salariés pour un motif inhérent à leur personne ou en raison de leur affectation sur un emploi ou dans un service dont la suppression est recherchée.
8. En l'espèce les requérants soutiennent que le périmètre de certaines catégories professionnelles telles que définies dans le document unilatéral est trop restrictif notamment les catégories professionnelles des " techniciens " et celles des " chefs de poste " et que les catégories professionnelles ont été établies pour cibler ou, au contraire, protéger certains salariés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le document unilatéral établi par l'employeur repartit les salariés de l'établissement de Commentry en quarante catégories professionnelles dont seize sont concernées par la suppression de postes occupés, cinq ne comportent qu'un seul salarié et seule celle de " technicien frigoriste " ne comprend qu'un seul salarié dont le poste va être supprimé. En particulier, si le document unilatéral définit dix-sept catégories professionnelles différentes pour des fonctions de " techniciens ", il ressort des pièces du dossier que celles-ci ont été établies selon une méthodologie prenant en compte les missions principales, les qualifications et l'expérience professionnelle requises pour chaque fonction et regroupent in fine les fonctions de même nature supposant une formation professionnelle commune peu important à cet égard que les fonctions en cause soient identifiées sous la même terminologie de " technicien ". S'agissant de la catégorie professionnelle des " chefs de poste ", il ressort des pièces du dossier que les salariés qui exerçaient les fonctions de " chef d'équipe " dans l'unité de production de la smartamine ont signé des avenants à leur contrat de travail entre 2017 et 2023 pour exercer des fonctions de " chef de poste ". Par ailleurs, si les requérants soutiennent que la catégorie " opérateurs/techniciens fabrication " aurait dû être intégrée à celle des " chefs de poste ", cette allégation n'est corroborée par aucun élément ou pièces établissant que les fonctions exercées au sein de ces deux catégories soient de même nature et nécessiteraient une formation commune. Par suite, l'administration n'a pas, dans le cadre de son contrôle, fait une inexacte application des dispositions citées au point 6 en homologuant la définition des catégories professionnelles prévues par le document unilatéral établissant le plan de sauvegarde de l'emploi. Le moyen doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne l'évaluation des risques pour la santé des salariés:
9. Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent : 1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l'article L. 4161-1 ; 2° Des actions d'information et de formation ; 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes. " et de l'article L. 4121-2 du même code : " L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants : 1° Eviter les risques ; /2° Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ; /3° Combattre les risques à la source ; /4° Adapter le travail à l'homme, en particulier en ce qui concerne la conception des postes de travail ainsi que le choix des équipements de travail et des méthodes de travail et de production, en vue notamment de limiter le travail monotone et le travail cadencé et de réduire les effets de ceux-ci sur la santé ; /5° Tenir compte de l'état d'évolution de la technique ; /6° Remplacer ce qui est dangereux par ce qui n'est pas dangereux ou par ce qui est moins dangereux ; /7° Planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l'organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l'influence des facteurs ambiants, notamment les risques liés au harcèlement moral et au harcèlement sexuel, tels qu'ils sont définis aux articles L. 1152-1 et L. 1153-1, ainsi que ceux liés aux agissements sexistes définis à l'article L. 1142-2-1 ; /8° Prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle ; /9° Donner les instructions appropriées aux travailleurs. ".
10. Dans le cadre d'une réorganisation qui donne lieu à élaboration d'un plan de sauvegarde de l'emploi, il appartient à l'autorité administrative de vérifier le respect, par l'employeur, de ses obligations en matière de prévention des risques pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. A cette fin, elle doit contrôler, tant la régularité de l'information et de la consultation des institutions représentatives du personnel que les mesures auxquelles l'employeur est tenu en application de l'article L. 4121-1 du code du travail au titre des modalités d'application de l'opération projetée. Dans le cadre du contrôle du contenu du document unilatéral lui étant soumis en vue de son homologation, l'autorité administrative doit ainsi vérifier, au vu des éléments d'identification et d'évaluation des risques, des débats qui se sont déroulés au sein des institutions représentatives du personnel, des échanges d'informations et des observations et injonctions éventuelles formulées lors de l'élaboration du plan de sauvegarde de l'emploi, dès lors qu'ils conduisent à retenir que la réorganisation présente des risques pour la santé ou la sécurité des travailleurs, si l'employeur a arrêté des actions pour y remédier et si celles-ci correspondent à des mesures précises et concrètes, au nombre de celles prévues aux articles L. 4121-1 et L. 4121-2 du code du travail, qui, prises dans leur ensemble, sont, au regard de ces risques, propres à les prévenir et à en protéger les travailleurs.
11. Il ressort des pièces du dossier que la société Adisseo France SAS a remis au CSEC et au CSEE dès les réunions d'information préalables des 22 et 23 janvier 2024 le Livre IV consistant en une note d'information relative au projet de non redémarrage de l'activité de méthionine sur le site de Commentry et ses conséquences en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail. Cette note qui a fait l'objet d'un addendum à la suite du dialogue social pendant la procédure d'information-consultation mentionne, pour chacune des huit directions composant l'usine de Commentry, l'organisation cible à la suite de la réorganisation du site et procède à une analyse des impacts socio-organisationnels et humains de cette réorganisation pour chaque direction en identifiant les risques, en cotant leur incidence sur une échelle allant de 0 à 3 et en définissant, le cas échant, un plan d'actions à mettre en œuvre avant et pendant la période de transition. Si les requérants soutiennent que la DREETS a commis une erreur manifeste d'appréciation en retenant qu'une analyse de la charge de travail et une étude d'impact avaient été réalisées et contestent à ce titre l'analyse effectuée par l'employeur, ils n'apportent au soutien de leur critique aucun élément remettant sérieusement en question la méthodologie mise en œuvre pour évaluer l'évolution de la charge de travail du fait de la réorganisation et l'analyse qui en résulte. Le livre IV énumère également les actions d'accompagnement que le plan prévoit et comportant la mise à disposition d'un numéro d'appel téléphonique gratuit pour un accompagnement psychologique 7j/7 et 24h/24, le renforcement du dispositif d'information et de communication ainsi que le suivi par la ligne managériale d'un module de formation et de sensibilisation. Le document effectue aussi un rappel de l'existence de dispositifs d'accompagnement déployés au sein d'Adisseo incluant la commission santé, sécurité et conditions de travail, le service social du travail " Action sociale en entreprise ", la présence de l'assistante sociale, le dispositif d'écoute et d'accompagnement psychologique " EIPAS ", les managers et la médecine du travail. Il ressort également des pièces du dossier qu'en plus des actions d'identification et d'évaluation des risques déjà effectuées, la société Adisseo France SAS prévoit également la réalisation d'un audit externe sur la question des risques psychosociaux lorsque la nouvelle organisation sera mise en place.
12. Il en résulte que l'employeur a ainsi procédé à une identification des risques, notamment psychosociaux, inhérents à l'annonce de la réorganisation et à la période de transition ainsi qu'à une analyse des transferts de charge induits par le projet de réorganisation et des risques susceptibles d'en découler. Il a, par ailleurs, prévu des mesures précises et concrètes nécessaires à la prévention des risques pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Par suite, et quand bien même le document unique d'évaluation des risques professionnels n'a été mis à jour que postérieurement aux avis rendus par le CSEC et le CSEE, le moyen tiré de ce que la directrice régionale de la DREETS aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que les mesures prises par l'employeur présentent un caractère précis et concret au regard des dispositions de l'article L. 4121-1 du code du travail doit être écarté.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la société Adisseo France SAS au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du CSEC d'Adisseo France SAS et autres est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société Adisseo France SAS présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3: Le présent jugement sera notifié au comité social et économique de l'établissement de Commentry d'Adissseo France SAS, représentant unique pour l'ensemble des requérants, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la Société Adisseo France SAS.
Copie en sera adressée pour information à la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 16 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
La rapporteure,
L. BOLLON
La présidente,
R. CARAËS La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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