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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401145

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401145

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401145
TypeDécision
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 mai 2024, M. A C, représenté par Me Barrovecchio, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler la décision du 24 mai 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à son bénéfice en cas de refus du bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de fait et méconnaît la loi dès lors que le délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile n'était pas expiré ; il a introduit une demande d'aide juridictionnelle devant la Cour nationale du droit d'asile qui suspend le délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est légalement admissible dans aucun autre pays que le Kosovo dont il est originaire et qu'il a fui dans la précipitation ; il encourt des risques pour sa vie en cas de retour au Kosovo ; il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et est inconnu des services de police ; son épouse et ses deux filles mineures se trouvent sur le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que l'ingérence dont il fait l'objet n'est pas fondée ; il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et est inconnu des services de police ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a quitté le Kosovo en raison des menaces pour sa sécurité et sa vie, sans passeport ou document de voyage ; il n'est légalement admissible dans aucun autre pays que le Kosovo ;

Sur les conclusions aux fins de suspension :

- la décision de rejet de l'OFPRA est mal fondée ; il existe un doute sérieux permettant de remettre en cause la décision de l'OFPRA au regard de la solidité de son récit ; les doutes ne portent que sur une partie infime du récit et ne reposent que sur un ressenti de l'agent de l'OFPRA qui sera facilement contredit devant la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 juin 2024, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant kosovare, est entré sur le territoire français le 17 septembre 2023 et s'est vu refuser le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 25 mars 2024. Par une décision du 24 mai 2024, le préfet du Puy-de-Dôme lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. M. C n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle. Par suite, la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par le requérant ne peut, en tout état de cause, qu'être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Selon l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.". Enfin, aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. C a été examinée en procédure accélérée dès lors que ce dernier est originaire d'un pays considéré comme sûr. Ainsi, M. C ne bénéficiait plus, à la date de la décision attaquée, du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du même code, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'il a introduit une demande d'aide juridictionnelle devant la Cour nationale du droit d'asile. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré récemment en France. Par ailleurs, le requérant se borne à soutenir qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et est inconnu des services polices tandis qu'il n'apporte aucun élément permettant de démontrer l'existence de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses sur le territoire français et ne se prévaut d'aucune insertion particulière sur le territoire français. En outre, il soutient de façon contradictoire dans ses écritures avoir une épouse et deux filles mineures sur le territoire français et être célibataire. Dans ces conditions, M. C, qui n'établit ni n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans, n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

7. D'une part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a ni pour objet ni pour effet de fixer le pays de destination. D'autre part, en ce qui concerne plus particulièrement la décision fixant le pays de destination, si M. C fait valoir qu'il craint pour sa vie en cas de retour au Kosovo, il n'apporte aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de ses allégations, alors, qu'au demeurant, sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doit être écarté.

8. En quatrième lieu, au regard de tout ce qui précède, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

9. Si M. C soutient que la décision de l'Office français de protection des réfugiés est mal fondée et qu'il existe un doute sérieux au regard de la solidité de son récit dès lors que cette décision ne repose que sur le ressenti de l'agent, le juge administratif n'est ni le juge de l'asile, ni le juge des décisions de l'OFPRA. Par ailleurs, M. C ne fait pas état d'éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation ou, à tout le moins, la suspension de la décision en litige. Par suite les conclusions aux fins d'annulation et de suspension doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

La présidente,

S. BLe greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA

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