mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401168 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | DMMJB AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 mai 2024, la commune de Chadrac, représentée par la Selarl DMMJB Avocats, Me Martins Da Silva, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. A B, de libérer l'ancienne école de la Renaissance située rue des écoles à Chadrac en emportant les matériaux de chantier et en restituant les clefs sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) de l'autoriser à se faire assister de la force publique pour permettre l'exécution de l'ordonnance dans un délai de huit jours à compter de son affichage sur les lieux.
Elle soutient que :
- l'ancienne école de la commune de Chadrac appartient à son domaine public dès lors qu'elle n'a pas été déclassée ;
- M. B occupe, sans autorisation, les locaux de l'ancienne école de la commune et il est nécessaire de procéder à des travaux de nettoyage et de mise en sécurité notamment en vue d'éviter que survienne un accident du fait des intrusions constatées ; M. B ne dispose d'aucun titre et l'attestation de l'ancien maire du 27 février 2024 ne saurait être assimilé à un titre d'occupation ; à supposer qu'il dispose d'un titre d'occupation, il n'a pas usé du bien en bon père de famille ;
- l'occupation irrégulière du domaine public compromet la sécurité et la tranquillité publique ;
- la mesure ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
L'ensemble des diligences ont été accomplies par le greffe pour notifier la procédure à M. B qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Caraës, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 juin 2024 à 15h00 en présence de Mme Llorach, greffière :
- le rapport de Mme Caraës, juge des référés ;
- les observations de Me Martins Da Silva, représentant la commune de Chadrac, qui reprend ses écritures et indique que le projet de cession de l'ancienne école a été abandonné par la nouvelle équipe municipale ; qu'il n'y a pas de convention d'occupation de domaine public ; qu'il existe un risque incendie et que M. B s'est engagé à enlever les matériaux qui lui appartiennent ;
- et les observations de M. B qui indique qu'il dispose d'une autorisation signée de l'ancien maire pour entreposer ses matériaux ; que l'école n'est plus accessible mais qu'il s'engage à évacuer les matériaux lui appartenant et que les sans-abris squattent l'immeuble.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Chadrac demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à M. B de libérer les locaux de l'ancienne école de la Renaissance de la commune située rue des Ecoles en évacuant les matériaux de chantier présents et en restituant les clefs et de l'autoriser à se faire assister de la force publique pour permettre l'exécution de l'ordonnance dans un délai de huit jours à compter de son affichage sur les lieux.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. ".
3. Saisi, sur le fondement de ces dispositions, de conclusions tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'occupants sans titre, le juge des référés y fait droit dès lors qu'il est compétent pour en connaître et qu'au jour où il statue, la demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
4. L'autorité domaniale est tenue, par application des principes régissant la domanialité publique, de veiller à l'utilisation normale et au maintien de l'intégrité du domaine public et d'exercer à cet effet les pouvoirs qu'elle tient de la législation en vigueur. A cette fin, elle peut notamment saisir le juge administratif des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'une demande tendant à ce que celui-ci prononce toute mesure utile.
5. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 22 novembre 2019, le conseil municipal de la commune de Chadrac a autorisé la cession de l'ancienne école de la commune au prix de 90 000 euros et autorisé le maire à engager les démarches en vue de la vente. Par un acte notarié du 10 mars 2020, la commune de Chadrac a signé un compromis de vente avec M. B stipulant que " l'acquéreur sera propriétaire du bien à compter du jour de la réalisation de la vente par acte authentique ". Par un courrier du 13 décembre 2020, le préfet de la Haute-Loire a demandé au notaire en charge de la vente de lui transmettre la délibération par laquelle la commune de Chadrac a prononcé le déclassement et le transfert de locaux. Il est constant qu'aucun acte authentique n'a été conclu entre les parties et qu'aucune délibération relative au déclassement de l'ancienne école de la commune de Chadrac n'a été prise. Bien que l'immeuble en litige appartenant à la commune de Chadrac ne soit plus affecté à un service public et demeure depuis 2013 inoccupé, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause l'appartenance du bien au domaine public dès lors que celui-ci n'a pas fait l'objet d'une décision de déclassement.
6. Si l'ancien maire de la commune de Chadrac a attesté le 27 février 2024 qu'il avait remis à M. B les clefs de l'école pour y entreposer son matériel à la suite de la signature du compromis de vente, cette remise des clefs ne saurait conférer à M. B un titre l'autorisant à occuper l'ancienne école alors au demeurant que le maire de la commune de Chadrac a mis en demeure l'intéressé de restituer les clefs de l'école et de procéder à l'enlèvement des matériaux déposés dans le site. Par suite, M. B occupe sans droit ni titre le bien en litige appartenant au domaine public de la commune de Chadrac. Il en résulte que la mesure d'expulsion demandée ne se heurte manifestement à aucune contestation sérieuse.
7. Il résulte de l'instruction et notamment des procès-verbaux dressés par un commissaire de justice les 21 mars et 2 mai 2024 que l'ancienne école de la commune de Chadrac, désaffectée depuis 2013, présente un état de vétusté avancé résultant du défaut d'entretien et de diverses dégradations commises sur le site. Ainsi au R+1 du bâtiment intermédiaire, le plancher s'affaisse et le risque de chute de matériaux provenant du plafond détrempé s'aggrave en raison du défaut d'étanchéité de la couverture, les équipements électriques comportant des fils électriques dénudés sont cassés et les équipements de plomberie sont également cassés, arrachés et découpés grossièrement de telle sorte qu'ils sont tranchants. Par ailleurs, les locaux, l'ancienne cour, la zone verte et le préau sont encombrés de déchets divers, de matériels et d'outillages de chantier ainsi que de pièces mécaniques automobiles. Ces circonstances révèlent que ce bien, dont les accès ne sont pas suffisamment condamnés pour interdire toute intrusion, présente un risque important pour la sécurité des personnes qui y pénètre illégalement et nécessite une mise en sécurité. Par suite, la commune de Chadrac, qui est tenue de veiller à l'utilisation normale et au maintien de l'intégrité du domaine public, est fondée à invoquer un risque d'atteinte à la sécurité publique.
8. Dans ces circonstances, la mesure sollicitée présente les caractères d'utilité et d'urgence exigés par l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
9. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à M. B, occupant sans droit ni titre, de libérer le site de l'ancienne école de la commune de Chadrac dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance en emportant les divers matériaux qui lui appartiennent. En cas de refus d'exécuter cette injonction, la commune de Chadrac pourra faire procéder à son expulsion, au besoin, avec le concours de la force publique. Il y a lieu, en outre, d'enjoindre à M. B de restituer les clefs de l'ancienne école de la commune de Chadrac. Il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, à M. B de libérer l'ancienne école de la commune de Chadrac qu'il occupe irrégulièrement en emportant tous ses biens et de restituer les clefs du site. A défaut, il pourra être procédé à l'évacuation du domaine public avec le concours de la force publique.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Chadrac et à M. A B.
Fait à Clermont-Ferrand, le 5 juin 2024.
La juge des référés,
R. CARAËS
La République mande et ordonne au préfet de Haute-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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