lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401195 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 et 30 mai 2024, M. A, représenté par Me Bourg, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé implicitement de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à un nouvel examen de sa demande d'admission au séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail le temps nécessaire à l'instruction de sa demande, dans un délai de 48h ;
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au bénéfice de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;
Sur la décision implicite de refus d'admission au séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour devait être saisie pour avis ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; en effet, il vit en France depuis 14 ans et des membres de sa famille sont présents régulièrement en France ;
Sur la décision portant refus de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet, il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; par ailleurs, le délit de contrefaçon dont il a été déclaré coupable est ancien et il a remis un document de voyage authentique en cours de validité à l'administration ; il ne présente pas un risque de fuite ;
Sur la décision portant pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant un délai de départ volontaire ;
- elle méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui la fonde ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jaffré, première conseillère, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 31 mai 2024 à 11h30 en présence de Mme Sudre, greffière d'audience, Mme Jaffré a lu son rapport et entendu les observations de Me Bourg, qui reprend ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, est entré en France le 1er novembre 2011 sous couvert d'un visa " étudiant ". Il a fait l'objet d'une décision de refus titre de séjour accompagnée d'une mesure d'éloignement le 21 juillet 2022. Par jugement du 29 juillet 2022, la magistrate désignée du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a annulé la mesure d'éloignement et enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé. M. A a présenté une nouvelle demande de titre de séjour le 26 novembre 2022. Par jugement du 3 mai 2024, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté le recours de M. A contre la décision portant refus de titre de séjour du 21 juillet 2022. M. A a été convoqué le 27 mai 2024 par la police aux frontières pour vérification de sa situation administrative. Par un arrêté du 27 mai 2024, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par une décision du même jour, l'intéressé a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation des décisions prises le 27 mai 2024.
Sur l'étendue du litige :
2. D'une part, aux termes de l'article R 776-1 du code de justice administrative : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : / 1° Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prévues aux articles L. 241-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les décisions relatives au séjour notifiées avec les décisions portant obligation de quitter le territoire français ; () ". Aux termes de l'article R. 776-6 de ce code : " Les conclusions dirigées contre des décisions mentionnées à l'article R. 776-1 notifiées simultanément peuvent être présentées dans la même requête. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". En outre, aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " Enfin, aux termes de l'article R. 432-2 de celui-ci : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté le 26 novembre 2022, complété par des éléments reçus en préfecture le 13 décembre 2022, une demande de titre de séjour en faisant valoir qu'il réside sur le territoire français depuis plus de dix ans et en demandant au préfet du Puy-de-Dôme de saisir la commission du titre de séjour. M. A a été mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable du 18 juillet 2023 jusqu'au 17 octobre 2023. Une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est née le 18 novembre 2023. Cette décision n'a pas été notifiée simultanément à la mesure d'éloignement du 27 mai 2024. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet, dont le requérant fait l'objet, auraient dû faire l'objet d'une requête distincte, relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif, et non de celle du magistrat désigné. Dès lors, ces conclusions, ainsi que les conclusions accessoires afférentes à la décision implicite portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Puy-de-Dôme a fait obligation à M. A de quitter le territoire sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une part, en rappelant le rejet du 21 juillet 2022 de la demande de titre de séjour présentée le 9 janvier 2020 et le jugement du 3 mai 2024 du tribunal administratif de Clermont-Ferrand rejetant le recours de l'intéressé contre cette décision, et d'autre part, en appréciant la situation de l'intéressé au regard d'une promesse d'embauche produite par M. A lors de son audition du 27 mai 2024. La décision litigieuse ne vise, ni ne mentionne, la demande de titre de séjour présentée le 13 décembre 2022, ni ne comporte d'appréciation rappelant les motifs de la décision implicite de rejet de cette demande au regard des éléments et fondements juridiques invoqués par M. A. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la mesure d'éloignement n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation personnelle.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer les autres moyens de la requête, que la décision portant obligation de quitter le territoire français du 27 mai 2024 doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions du 27 mai 2024 portant pays de destination, refus de délai volontaire et interdiction de retour sur le territoire français, assignation à résidence doivent également être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
8. Eu égard aux motifs qui la fondent, l'exécution de l'annulation prononcée ci-dessus implique que le préfet du Puy-de-Dôme procède au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois et procède sans délai à la suppression du signalement de l'intéressé aux fins de non admission dans le Système d'Information Schengen.
9. Il y a également lieu, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer, à compter de la notification du présent jugement, à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à M. A le temps de l'instruction de sa demande.
Sur les frais d'instance :
10. En application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant, de la somme 900 euros, ce versement valant, conformément à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle. Dans le cas où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordé à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée au requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 27 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour autorisant l'intéressé à travailler pendant le temps de cette instruction à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de procéder sans délai à la suppression du signalement de M. A aux fins de non admission dans le Système d'Information Schengen.
Article 4 : Sous réserve que le conseil de M. A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à l'avocate du requérant une somme de neuf cent euros (900 euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de neuf cent euros (900 euros) sera versée à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.
La magistrate désignée,
M. JAFFRÉ La greffière
I. SUDRE
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026