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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401200

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401200

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 et 30 mai 2024, M. A B, représenté par Me Bourg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros au bénéfice de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant refus de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet, il ne constitue pas une menace pour l'ordre publique ; par ailleurs, il ne présente pas un risque de fuite ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant un délai de départ volontaire ;

- elle méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui la fonde ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jaffré, première conseillère, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 31 mai 2024 à 11h en présence de Mme Sudre, greffière d'audience, Mme Jaffré a lu son rapport et entendu les observations de Me Bourg, qui reprend ses écritures, abandonne ses arguments en lien avec l'absence de menace à l'ordre public et fait valoir que les circonstances particulières de la situation, en particulier l'ancienneté de séjour, l'hébergement stable et le lien de dépendance matérielle, démontre l'absence de risque de fuite.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, est entré en France en 2022 selon ses déclarations. Il a été interpellé en raison d'infractions routières qu'il a été soupçonné d'avoir commis. Par un arrêté du 26 mai 2024, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée deux ans. Par une décision du 26 mai 2024, l'intéressé a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision par laquelle l'autorité préfectorale a obligé M. B à quitter le territoire français cite le 1° l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments de la situation de fait du requérant appréciés par l'autorité administrative. Par suite elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige, l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ".

5. Le requérant soutient que le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas procédé à la vérification de son droit au séjour avant d'édicter l'obligation de quitter le territoire en litige. Toutefois, il ressort des mentions non contestées de la décision attaquée que l'autorité préfectorale, après avoir rappelé les éléments de fait de la situation de l'intéressé portés à sa connaissance, a vérifié que celui-ci ne pouvait pas se prévaloir d'un droit au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des déclarations du frère de l'intéressé, que M. B est entré en France en août 2022 à l'âge de 25 ans, à la suite du décès de sa mère, et est depuis hébergé alternativement chez sa tante et son frère qui prend en charge ses dépenses. Ces circonstances ne permettent toutefois d'établir qu'il aurait en France des liens personnels et familiaux tels que la mesure d'éloignement porterait atteinte à son droit à une vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas en elle-même un traitement prohibé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et n'impose en elle-même aucun pays à destination duquel l'intéressé est susceptible d'être éloigné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent ne peut être utilement invoqué qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi et doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé contre la décision fixant le pays d'éloignement doit être écarté.

11. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de renvoi, qui indique que M. B, de nationalité algérienne, n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, comprend l'énoncé des considérations en droit et en fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. M. B déclare en des termes très généraux avoir été victime d'agressions violentes en Algérie de la part de personnes vivant dans le même quartier et produit au soutien de ses dires trois attestations de personnes vivant en Algérie et un certificat médical attestant de traces de lésions pouvant correspondre aux violences que l'intéressé dit avoir subies. Toutefois, il est constant que le requérant n'a pas cherché la protection des forces de l'ordre de son pays d'origine et les menaces alléguées sont circonscrites à un quartier d'une ville. Ainsi, le requérant ne démontre pas par ses déclarations en des termes très généraux qu'il encourt un risque réel et actuel d'être soumis à des traitements inhumains ou dégradants dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui renvoie à l'article 3 de cette convention doit être écarté.

Sur la légalité du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé contre le refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

15. En deuxième lieu, la décision litigieuse cite les 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les faits de la situation du requérant justifiant l'application de cet article. Elle est ainsi suffisamment motivée.

16. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision que, préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige, l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet doit être écarté.

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

18. Le requérant ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y être maintenu sans entreprendre de démarche pour régulariser sa situation. Ce seul motif permettait à l'autorité préfectorale de refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire du requérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

19. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains.

20. En sixième lieu, le requérant n'apporte aucune précision au soutien du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains. Par suite, et en tout état de cause, ce moyen doit être écarté.

Sur la légalité de l'interdiction du territoire français :

21. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus de délai de départ volontaire soulevé contre l'interdiction de retour doit être écarté.

22. En deuxième lieu, la décision litigieuse cite l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les faits de la situation du requérant justifiant l'application de cet article. Elle est ainsi suffisamment motivée.

23. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

24. La seule situation de dépendance matérielle du requérant vis-à-vis de son frère ne saurait constituer des circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

25. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains.

26. En cinquième lieu, le requérant n'apporte aucune précision au soutien du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains. Par suite, et en tout état de cause, ce moyen doit être écarté.

Sur la légalité de l'assignation à résidence :

27. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé contre l'assignation à résidence doit être écarté.

28. En deuxième lieu, la décision litigieuse cite l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les faits de la situation du requérant justifiant l'application de cet article. Elle est ainsi suffisamment motivée.

29. En troisième lieu, si le requérant allègue que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur d'appréciation et méconnaît de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains, ces moyens ne sont pas assortis de précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé. Ils ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.

30. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.

La magistrate désignée,

M. JAFFRÉLa greffière

I. SUDRE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401200

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