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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401202

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401202

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401202
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 et 30 mai 2024, M. A, représenté par Me Bourg demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à un nouvel examen de sa demande d'admission au séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail le temps nécessaire à l'instruction de sa demande ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au bénéfice de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été précédées d'un examen réel et complet de sa situation ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'erreur de droit ; en effet, dans le cadre d'une admission exceptionnelle au séjour par le travail, la possession d'une autorisation de travail n'est pas une condition nécessaire à la délivrance du titre de séjour sollicité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; il justifie travailler dans un secteur d'activité sous tension depuis plus de 4 ans et détenir une qualification professionnelle spécifique ; par ailleurs, il réside en France avec toute sa famille, laquelle est parfaitement intégrée à la société française et ses enfants sont scolarisés ; enfin, il est particulièrement engagé dans des activités sportives associatives ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant refus de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet, il ne présente pas un risque de fuite ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant un délai de départ volontaire ;

- elle méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai qui la fonde ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jaffré, première conseillère, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 31 mai 2024 à 11h en présence de Mme Sudre, greffière d'audience, Mme Jaffré a lu son rapport et entendu les observations de Me Bourg, qui reprend ses écritures et fait valoir que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains dirigé contre toutes les décisions est abandonné et que l'ensemble des décisions méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits des enfants.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, est entré en France en 2019 sous couvert d'un visa court séjour, accompagné de son épouse et de ses deux enfants. Par un arrêté du 28 mai 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par une décision du 28 mai 2024, l'intéressé a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 28 mai 2024.

Sur l'étendue du litige :

2. Il appartient au magistrat désigné de ne se prononcer que sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. La formation collégiale du tribunal reste cependant saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus ou retrait de titre de séjour et des conclusions accessoires à celle-ci. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. A, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qui leur sont accessoires.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Il résulte des pièces du dossier que M. A, entré en France en 2019 sous visa court séjour accompagné de sa famille, a présenté le 17 juin 2022 et le 3 octobre 2023 une demande de régularisation sur le fondement de l'article 7 b de l'accord franco-algérien et une demande d'admission exceptionnelle au séjour en faisant valoir la stabilité de son insertion professionnelle et l'insertion sociale de l'ensemble de sa famille. Il ressort des pièces du dossier que le requérant avait joint à son dossier de demande de titre de séjour un formulaire de demande d'autorisation de travail complété par une société désireuse d'embaucher l'intéressé. Il ressort des termes de la décision attaquée que l'administration n'a examiné qu'une demande de régularisation datée 11 octobre 2023 présentée sur le fondement des dispositions de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et, pour refuser un droit au séjour dans le cadre de l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, elle n'a pas interrogé les services de la main d'œuvre étrangère sur l'état d'instruction de la demande d'autorisation de travail présentée par un employeur au bénéfice de l'intéressé. Dans ces conditions, le refus de titre de séjour qui a été opposé à M. A n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation et de ses demandes de titre de séjour. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le refus de titre de séjour dont il a fait l'objet étant illégal, la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision du 28 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée. Par voie de conséquences, les décisions du 28 mai 2024 portant pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français, assignation à résidence doivent également être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. Eu égard aux motifs qui la fondent, l'exécution de l'annulation prononcée ci-dessus implique que le préfet du Puy-de-Dôme procède au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois et procède sans délai à la suppression du signalement de l'intéressé aux fins de non admission dans le Système d'Information Schengen.

7. Il y a également lieu, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer, à compter de la notification du présent jugement, à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à M. A le temps de l'instruction de sa demande.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. En application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant, de la somme 900 euros, ce versement valant, conformément à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, renonciation à l'indemnité d'aide juridictionnelle. Dans le cas où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordé à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée au requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. A dirigées contre la décision portant refus de séjour du 28 mai 2024 sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Clermont-Ferrand.

Article 2 : Les décisions du 28 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour autorisant l'intéressé à travailler pendant le temps de cette instruction à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de procéder sans délai à la suppression du signalement de M. A aux fins de non admission dans le Système d'Information Schengen.

Article 5 : Sous réserve que le conseil de M. A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à l'avocate du requérant une somme de neuf cent euros (900 euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de neuf cent euros (900 euros) sera versée à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.

La magistrate désignée,

M. JAFFRÉLa greffière

I. SUDRE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°240120

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