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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401203

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401203

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401203
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. C, ressortissant géorgien, qui contestait l'arrêté du préfet du Cantal du 8 janvier 2024 l'assignant à résidence pour six mois. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence de l'auteur de l'acte et d'insuffisance de motivation. Il a jugé que l'assignation à résidence, fondée sur l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était légale car l'éloignement restait une perspective raisonnable, subordonnée à l'obtention d'un laissez-passer consulaire. Les autres moyens, notamment ceux tirés de l'état de santé et de l'erreur d'appréciation, ont été écartés comme non fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mai 2024, M. A C, représenté par l'AARPI Ad'Vocare, Me Demars, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel le préfet du Cantal l'a assigné à résidence pour une durée de six mois, renouvelable une fois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Cantal de mettre fin sans délai à la mesure de surveillance le concernant ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet a considéré que son éloignement demeurait une perspective raisonnable et qu'il lui fait obligation d'entreprendre des démarches pour rejoindre le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible alors qu'il ne dispose pas de document d'identité;

- il ne prend pas en compte son état de santé ;

- les mesures d'assignation à résidence sont entachées d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant géorgien, déclare être entré en France le 28 novembre 2022. Par une décision du 2 mars 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Par arrêté du 27 mars 2023, le préfet du Cantal a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours assortie d'une assignation à résidence. Cet arrêté a été confirmé par décision du tribunal du 18 juillet 2023. Le 12 octobre 2023, en raison de son maintien sur le territoire national, M. C a, à nouveau, fait l'objet d'une assignation à résidence confirmée par jugement du tribunal du 19 octobre 2023. Par arrêté du 8 janvier 2024, le préfet du Cantal l'a assigné à résidence pour une durée de six mois, renouvelable une fois. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 8 janvier 2024.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. Hervé Demai, secrétaire général de la préfecture du Cantal qui disposait d'une délégation de signature établie par arrêté du 9 octobre 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est insuffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au présent litige : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Selon les dispositions de l'article L. 732-4 du même code : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. / Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. () ".

5. Il ressort des mentions de l'arrêté contesté que M. C a été assigné à résidence pour une durée de six mois, renouvelable une fois sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté contesté indique qu'il " existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation de quitter le territoire français dès qu'un laissez-passer consulaire aura été délivré par les autorités géorgiennes ". Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'a pas considéré qu'à la date à laquelle il a pris l'arrêté, l'éloignement de M. C demeurait une perspective raisonnable dès lors que l'éloignement était soumis à la condition d'obtention d'un laissez-passer consulaire et que le requérant indique être démuni de tout document d'identité. Il s'ensuit que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, en se bornant à soutenir que l'arrêté est illégal dès lors qu'il lui est fait obligation d'entreprendre des démarches pour rejoindre le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible, le requérant n'assortit ses allégations d'aucune précision permettant d'apprécier le bien-fondé du moyen qu'il entend soulever.

7. En cinquième lieu, le requérant soutient que l'arrêté ne prend pas en compte son état de santé. Il ressort des pièces médicales produites par M. C que celui-ci a subi une intervention opératoire d'ablation d'une vis qui lui avait été posée suite à une fracture du bassin survenue en juin 2021. En l'absence d'éléments circonstanciés permettant d'apprécier l'incidence de l'arrêté d'assignation à résidence en litige sur l'état de santé du requérant, un tel moyen ne peut qu'être écarté.

8. En sixième et dernier lieu, il revient au juge administratif de s'assurer que les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative sont adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.

9. L'arrêté en litige prévoit que le requérant doit demeurer à son domicile entre 18h00 et 21h00 et l'oblige à se présenter quotidiennement au commissariat de police d'Aurillac entre 8h00 et 9h00. Le requérant n'établit pas que ces mesures ne seraient pas adaptées, nécessaires ou proportionnées aux buts qu'elles poursuivent ou que son état de santé ne lui permettrait pas d'y satisfaire. Par suite, le moyen tiré de ce que les mesures d'assignation à résidence sont entachées d'erreur d'appréciation doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel le préfet du Cantal l'a assigné à résidence pour une durée de six mois, renouvelable une fois. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige doivent également être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Cantal.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caroline Bentéjac, présidente,

M. Jean-François Bordes, premier conseiller,

M. Christophe Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

C. B

La présidente,

C. BENTÉJAC

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401203

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