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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401232

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401232

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTHEROND LAPEYRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2024, Mme D C, représentée par Me Theron-Lapeyre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet du

Cantal l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Cantal de procéder à l'effacement de son inscription au fichier dit système d'information Schengen.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen attentif et personnalisé de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît le principe du respect des droits de la défense ;

- il méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- il méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle et sa fille risquent de subir des persécutions graves et des traitements inhumains en cas de retour en Côte d'Ivoire en raison de son orientation sexuelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 26 juin 2024 :

- le rapport de Mme E,

- Me Theron-Lapeyre, avocat de Mme C.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ivoirienne, est entrée sur le territoire français le 14 mars 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 21 décembre 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 17 mai 2024. Par un arrêté du 24 mai 2024, le préfet du Cantal l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme A B, sous-préfète chargée de mission auprès du préfet du Cantal, secrétaire générale adjointe de la préfecture du Cantal, en vertu d'un arrêté du 21 avril 2023, régulièrement publié le même jour, portant délégation de signature à l'effet de signer, pendant le service de permanence de l'ensemble du département, tous actes, arrêtés, décisions, rapports, documents et correspondances relatifs, notamment, aux obligations de quitter le territoire français, aux interdictions de retour et aux décisions fixant le pays de destination. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, l'arrêté en litige comporte, dans toutes les décisions qu'il édicte, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Cantal, qui n'est pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation de Mme C mais uniquement de ceux sur lesquels il s'est fondé, n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle et familiale de la requérante. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par Mme C a été rejetée par décision de l'OFPRA du 21 décembre 2023 et a été confirmée par une décision de la CNDA du 17 mai 2023. Ainsi, la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire ont été définitivement refusées à Mme C. Dans ces conditions, le préfet du Puy-de-Dôme pouvait, par l'arrêté en litige, obliger la requérante à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 24 mai 2024 est entaché d'une erreur de droit.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée récemment en France où elle a donné naissance à sa fille, de nationalité ivoirienne, en juillet 2022. L'acte en litige n'a pas pour effet de séparer Mme C de son enfant. Si la requérante s'est déclarée auprès de l'administration comme étant en concubinage avec un ressortissant ivoirien, ce dernier réside également de manière irrégulière en France. Dans ces conditions, la requérante, qui n'établit ni n'allègue être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 31 ans, n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

7. En cinquième lieu, si Mme C soutient que l'arrêté en litige méconnaît le principe du respect des droits de la défense, elle n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En se bornant à évoquer les violences auxquelles sont susceptibles d'être exposées, de manière générale, les femmes de la communauté LGBT en Côte d'Ivoire, et à supposer qu'elle entende rattacher ce moyen à la décision de renvoi, la requérante ne fait pas état d'éléments de nature à établir qu'elle et sa fille encourraient personnellement des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mai 2024. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet du Cantal.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La présidente,

S. E Le greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Cantal, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2401232AC

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