mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401239 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mai 2024, M. B A, représenté par Me El Moukhtari, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 29 mai 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) d'annuler la décision du 29 mai 2024, notifiée le même jour à 18h35, par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Il soutient que :
- les décisions en litige sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elles ont été édictées en méconnaissance du respect des droits de la défense et en l'absence de respect du principe du contradictoire ;
- elles méconnaissent l'intérêt supérieur de l'enfant ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces qui ont été enregistrées le 3 juin 2024.
M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 31 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Nivet, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 juin 2024 à 15h00, en présence de Mme Humez, greffière :
- le rapport de M. Nivet,
- les observations de Me El Moukhtari, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain, est entré en France en 2001. Par décision du 29 mai 2024, le préfet du Puy-de-Dôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par une décision du même jour, la même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation ;
4. En premier lieu, les décisions en litige comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français en 2001 et a obtenu la délivrance de plusieurs titres de séjour en qualité de " parent d'enfant français " dont le dernier a expiré le 7 novembre 2023. A la date de la décision en litige, il était en cours de renouvellement de son titre de séjour. M. A est père de deux enfants français, issus d'une première union, nés le 16 juin 2004 et le 2 novembre 2008 dont la garde a été confiée à la mère par jugement du tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand du 23 janvier 2012. S'il conserve l'exercice de l'autorité parentale à l'égard de l'enfant encore mineur, il n'apporte aucun élément permettant de justifier de ce qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant ou qu'il conserve des liens avec ses deux enfants. Par ailleurs, M. A se prévaut d'être père d'un troisième enfant français né le 5 mars 2014 mais n'apporte aucun élément permettant d'établir l'existence de cette parentalité. Le requérant se prévaut également de la présence sur le territoire français de deux frères, d'une sœur et de son père.
7. Par ailleurs, il ressort de la décision en litige que, pour décider d'obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet s'est fondé sur la circonstance que celui-ci constitue une menace pour l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été reconnu coupable de nombreuses infractions pénales telles que conduite de véhicule sans permis et sans assurance en 2007, violence par conjoint en 2006 et 2008, de récidive de conduite sans permis en ayant fait usage de stupéfiants et de blessure involontaire par conducteur de véhicule en état alcoolique en 2012, port d'armes de catégorie D sans motif légitime en 2014, usage, détention, acquisition et transport de stupéfiants en 2015. M. A a également été interpellé à de nombreuses reprises par les services de police pour des faits de stupéfiants, de vol et de recel, de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter en véhicule entre 2019 et 2022. Il a, enfin, été interpellé le 28 mai 2024 pour des faits de violence par une personne étant ou ayant été conjoint de la victime et dégradation de bien privé. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ou à l'intérêt supérieur de l'enfant, ni qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
8. En dernier lieu, si M. A soutient que la décision en litige méconnait les droits de la défense et le principe du contradictoire et est entachée d'une erreur de droit, il n'assortit ces moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
Le magistrat désigné,
C. NIVETLa greffière,
C. HUMEZ
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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