lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401246 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2024, M. B D et Mme F D, représentés par la SELAS Nausica Avocats, Me Fouret, demande au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 14 mai 2024 portant rejet du recours administratif préalable obligatoire exercé contre la décision du 25 avril 2024 par laquelle le rectorat de l'académie de Clermont-Ferrand a refusé de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur enfant C D au sein de la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au rectorat de l'académie de Clermont-Ferrand de leur délivrer cette autorisation ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au rectorat de l'académie de Clermont-Ferrand de réexaminer la situation de leur fils ;
4°) de mettre à la charge du rectorat de l'académie de Clermont-Ferrand la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
Sur l'urgence :
- elle est caractérisée dès lors qu'ils doivent inscrire leur enfant dans un établissement scolaire d'ici la rentrée scolaire ; en cas d'autorisation accordée en cours d'année scolaire, ils ne pourront pas récupérer les frais d'inscription et le parcours scolaire de leurs fils s'en trouvera bouleversé, préjudiciant son droit à l'instruction ; ils ont bénéficié d'une autorisation du rectorat pour l'instruction en famille de leur fils pour l'année scolaire 2023-2024 ;
- M. D ne pourra poursuivre son activité professionnelle d'itinérant dès lors qu'il devra assurer les entrées et sorties d'école ; sa période d'essai a été repoussée en raison des précédents rejets ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article L. 131-5 du code de l'éducation ; la seule réalité du projet sérieux et son adaptation à l'enfant qui en est l'objet permet de remplir la condition posée par le 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation et non l'impossibilité de scolarisation, d'une inadaptation scolaire ou une situation propre.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2024, le recteur de l'académie de Clermont-Ferrand conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
Sur l'urgence :
- elle n'est pas caractérisée en l'absence d'un préjudice suffisamment grave et immédiat dès lors que les requérants disposent d'un délai raisonnable pour mettre en place les conditions nécessaires à la scolarisation de leur enfant ; les requérants ne peuvent se prévaloir d'un préjudice professionnel du père ; les requérants ne se prévalent d'aucun élément factuel démontrant l'empêchement de la mère ou de toute autre personne de confiance pour accompagner l'enfant à l'école alors que les conditions idéales de proximité sont réunies ;
- les requérants ne peuvent se prévaloir d'un préjudice financier suffisamment grave et immédiat ; ils n'invoquent aucune démarche concrète permettant d'étayer la réalité de leur intention de placer leur enfant dans un établissement privé ;
- la proximité de la rentrée scolaire ne remplit pas la condition d'urgence dès lors que celle-ci n'est pas proche ;
- les requérants ne disposent pas d'un droit au renouvellement automatique de l'instruction en famille dès lors que la demande précédente n'était valable qu'au titre de l'année scolaire 2023-2024 ;
- les requérants évoquent un préjudice purement éventuel dès lors qu'il n'est pas certain que la décision au fond intervienne durant l'année scolaire ; il ne pèse sur les parents aucune obligation de déscolariser leur enfant de son établissement scolaire et de bouleverser sa scolarité en cours d'année.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté dès lors que l'administration dispose d'un pouvoir de contrôle des éléments fournis par la famille et de la qualité du projet pédagogique ; l'autorisation d'instruction en famille n'est pas délivrée automatiquement ; l'intérêt supérieur de l'enfant est mieux préservé par une scolarisation en école au regard des objectifs de socialisation et d'apprentissage du vivre-ensemble, nonobstant l'absence de situation propre ;
- le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté en l'absence d'une situation propre à l'enfant ; la comparaison entre l'apprentissage à l'école et l'instruction en famille tourne à l'avantage de l'école ; il appartient à l'administration d'apprécier une demande d'instruction en famille d'année en année ; le programme envisagé par les parents pour la moyenne section comporte des lacunes importantes et n'est pas adapté ; il n'y a pas d'atteinte à la cohérence ou à la sécurité juridique dans le refus de l'instruction en famille en cas de non-renouvellement de celle-ci.
Vu :
- la requête enregistrée le 31 mai 2024 sous le n° 2401245 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision en litige ;
- l'ensemble des pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné Mme E, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 21 juin 2024, en présence de Mme Petit, greffière d'audience :
- le rapport de Mme E,
- les observations de Me Barrau-Azema, avocate des requérants, en présence de Mme D, qui fait valoir qu'il est démontré une situation propre à l'enfant en raison de ses besoins particuliers justifiant l'autorisation de l'instruction en famille et le bouleversement dans la scolarité de l'enfant engendré par la décision; la situation propre n'a pas changé depuis la dernière autorisation du rectorat de l'académie de Clermont-Ferrand au titre de l'année 2023-2024 ; il y a urgence dès lors que le père se trouvera en itinérance durant l'année scolaire 2024-2025 dans le cadre de son contrat de travail ;
- les observations de M. A, représentant le rectorat de l'académie de Clermont-Ferrand qui fait notamment valoir que le renouvellement de l'autorisation d'instruction en famille n'est pas automatique ; la demande d'autorisation d'instruction en famille a été réalisée sur le motif de la situation propre de l'enfant et non de l'itinérance du père ; il appartiendra aux requérants d'apporter la preuve de cette itinérance dans le cadre de leur deuxième demande.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme D ont sollicité auprès de l'académie de Clermont-Ferrand l'autorisation d'instruction à domicile pour leur fils C D au titre de l'année scolaire 2024-2025. Par une décision du 25 avril 2024, l'inspectrice de l'académie de Clermont-Ferrand a rejeté leur demande. Par une décision du 14 mai 2024, la commission de l'académie de Clermont-Ferrand a confirmé ce refus. Par la présente requête. M et Mme D, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution cette dernière décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
3. Aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dans sa rédaction issue de la loi du 24 août 2021 susvisée : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. Les mêmes formalités doivent être accomplies dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence. La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () ; 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. /(). ".
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, les requérants se prévalent de la proximité de la rentrée scolaire et soutiennent que les frais d'inscription qu'ils devront verser pour inscrire leur enfant dans une école privée ne leur seront pas remboursés en cas de délivrance ultérieure de l'autorisation d'instruire leur enfant dans la famille. Toutefois, le choix d'inscrire leur enfant dans une école privée relève des choix pédagogiques des parents qui ne saurait être opposable à l'administration, les parents ne faisant valoir, en outre, aucune difficulté financière particulière. Les requérants font également valoir qu'ayant initié l'instruction de leur enfant dans la famille, l'interruption de cette modalité d'instruction constitue en soit une situation propre à l'enfant constitutive d'une situation d'urgence. Toutefois, l'obligation d'instruction dans un établissement d'enseignement ne peut pas être regardée comme portant atteinte à l'intérêt supérieur de leur enfant et les requérants n'allèguent aucune circonstance propre à leur enfant, démontrant l'existence d'une situation d'urgence. Enfin, les requérants se prévalent de la profession itinérante du père qui, sans autorisation d'instruction dans la famille, devra renoncer à son emploi. Ce motif n'est pas davantage justifié et ne saurait constituer, en l'espèce, la situation d'urgence requise par les dispositions précitées.
5. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, et alors au surplus, qu'aucun des moyens invoqués, tels que visés ci-dessus, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, l'exécution de la décision litigieuse ne peut pas être regardée comme caractérisant une situation d'urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de cette décision soit suspendue.
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du recteur de l'académie de Clermont-Ferrand, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et Mme F D et au recteur de l'académie de Clermont-Ferrand.
Fait à Clermont-Ferrand, le 24 juin 2024.
La juge des référés
C. E
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401246AA
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