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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401255

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401255

samedi 8 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVAZ DE AZEVEDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 juin 2024, le 4 juin 2024 et le 5 juin 2024, M. B F, représenté par Me Vaz de Azevedo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2024 par lequel le préfet du Cantal l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Cantal l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Cantal de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnait l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les articles L. 731-1 et L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2024, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Nivet, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 5 juin 2024 à 15h00, en présence de Mme Humez, greffière :

- le rapport de M. Nivet,

- les observations de Me Vaz de Azevedo, représentant M. F, qui déclare notamment abandonner les moyens présentés dans la requête sommaire.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant tunisien, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français il y a deux ans, en provenance d'Italie. Par un arrêté du 1er juin 2024, le préfet du Cantal l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par arrêté du même jour, dans la perspective de son éloignement, le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. F demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté contesté du 1er juin 2024 a été pris par Mme A D, sous-préfète de Mauriac, qui disposait d'une délégation de signature établie par arrêté du 5 octobre 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Cantal du même jour. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que, pour décider d'obliger M. F à quitter le territoire français, le préfet s'est fondé sur sa situation administrative et notamment sur le fait qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français, il y a environ deux ans, en passant par l'Italie. La circonstance, pour regrettable qu'elle soit, que M. F a été victime, le 7 décembre 2023 à Aurillac, d'une tentative d'assassinat, est sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors qu'elle ne mentionne pas cet évènement.

5. En deuxième lieu, l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ".

6. M. F fait valoir que la tentative d'assassinat dont il a été victime s'oppose à ce qu'il fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il s'est constitué partie civile dans le cadre de la procédure judiciaire et que l'instruction est toujours en cours. Toutefois, contrairement à ce qu'il soutient, la mesure d'éloignement n'a ni pour objet, ni pour effet de l'empêcher de prendre part à la procédure d'instruction menée et d'être présent aux éventuels procès à venir. Au demeurant, M. F ne produit aucun élément permettant de justifier de l'existence prochaine de mesures d'instructions diligentées par le juge judiciaire auxquelles il devrait répondre. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. F est arrivé récemment sur le territoire français, depuis environ deux ans, et qu'il ne se prévaut, au titre de sa vie privée et familiale en France, que de la relation de couple qu'il entretient avec Mme E C, ressortissante française, depuis moins d'une année et des liens qu'il a pu tisser avec les membres de sa famille. Dans ces circonstances, en l'absence d'autres intérêts privés et familiaux sur le territoire, et au regard du fait qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou est entachée d'erreur d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité soulevée par le requérant à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écartée.

10. En deuxième lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

11. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il est loisible à tout étranger résidant hors de France et faisant l'objet d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'en solliciter l'abrogation et ainsi, de se trouver en mesure de demander à être légalement autorisé à revenir en France. Par suite, et dès lors que le législateur a prévu des mesures permettant d'autoriser un étranger ayant fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français, à entrer de nouveau sur le territoire français, M. F n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précité à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre.

Sur la décision d'assignation à résidence :

12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité soulevée par le requérant à l'encontre de la décision d'assignation à résidence doit être écartée.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Selon les dispositions de l'article L. 731-3 du même code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

14. Il ressort des pièces du dossier que le préfet s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour assigner M. F à résidence. Contrairement à ce qu'il soutient, la circonstance qu'il ne possède aucun document de voyage ou d'identité n'est pas de nature à justifier qu'il se trouve dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou de pouvoir regagner son pays d'origine ou se rendre dans un autre pays au sens de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur de droit en ne se fondant pas sur l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais du litige doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet du Cantal.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2024.

Le magistrat désigné,

C. NIVETLa greffière,

C. HUMEZ

La République mande et ordonne au préfet du Cantal, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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