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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401320

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401320

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2024, Mme B C, représentée par Me Chabane, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mai 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas renouvelé son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, l'a astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand pendant le délai de départ volontaire qui lui a été accordé, et l'a obligée à se présenter auprès des services de police les jeudis à 9h30 ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision du 3 mai 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, sous astreinte, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir et à défaut, de réexaminer sa situation administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de son attestation de demande d'asile :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle relève à tort qu'aucun de ses enfants est connu de l'administration française ; ses deux filles résident régulièrement en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- elles sont illégales par exception d'illégalité de la décision de refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile ;

- elle sont entachées d'erreur de fait dès lors qu'elles relèvent à tort qu'aucun de ses enfants est connu de l'administration française ; ses deux filles résident régulièrement en France ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand et à se présenter hebdomadairement aux services de police :

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 12 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 26 juin 2024 :

- le rapport de Mme D,

- Me Chabane, avocate de Mme C.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante arménienne, est entrée en France le 14 décembre 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 4 mars 2023. Par une décision du 3 mai 2024, le préfet du

Puy-de-Dôme n'a pas renouvelé son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, l'a astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand pendant le délai de départ volontaire qui lui a été accordé, et l'a obligée à se présenter auprès des services de police les jeudis à 9h30. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme C, qui a déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Et aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. / Les conditions de refus, de renouvellement et de retrait de l'attestation de demande d'asile sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ".

6. Contrairement à ce que fait valoir Mme C, l'Arménie est au nombre des pays d'origine sûre au sens de l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et alors qu'il est constant que l'OFPRA a rejeté la demande d'asile de la requérante par décision du 4 mars 2023, notifiée le 25 mars 2023, le droit au maintien de cette dernière sur le territoire français a pris fin le 25 mars 2023. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet du Puy-de-Dôme a pu refuser de renouveler l'attestation de demande d'asile de Mme C.

7. En deuxième lieu, Mme C soutient que la décision portant refus de renouvellement de son attestation de demande d'asile est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa demande d'asile a été rejetée alors même qu'elle n'a pu se rendre à l'entretien devant l'OFPRA en raison de son état de santé. Toutefois, et alors que Mme C précise elle-même avoir introduit un recours devant la Cour nationale du droit d'asile contre la décision de l'OFPRA, il n'appartient pas au tribunal administratif de se faire juge de la procédure d'asile, si bien que ces arguments sont sans incidence sur la légalité du refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile en litige.

8. En troisième lieu, Mme C, née en 1949, est entrée en France en décembre 2022. D'une part, si la requérante se prévaut de son état de santé, il n'est pas contesté qu'elle n'a pas déposé de demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C ne pourrait pas bénéficier d'un traitement dans son pays d'origine. D'autre part, Mme C se prévaut de ce qu'elle n'a plus de contact avec sa fille A, ni avec son fils et son mari, et de ce qu'en revanche, ses deux autres filles résident en France régulièrement. Toutefois, Mme C, qui ne se prévaut d'aucune insertion particulière, n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 73 ans. Par ailleurs, si ses deux filles, présentes en France, et deux de ses petits-enfants bénéficient d'un titre de séjour ainsi que de la protection subsidiaire, ces derniers ont vocation à faire leur vie indépendamment de la requérante, dont ils ont vécu séparément jusqu'alors. En outre, elle n'établit pas avoir de relation particulière avec sa famille résidant en France, d'autant qu'une de ses filles réside dans un département distinct, en Ille-et-Vilaine. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, dans ces conditions, quand bien même la décision en litige retient à tort que les enfants de la requérante sont inconnus de l'administration française, cette erreur de fait n'est pas de nature à entrainer l'illégalité de la décision en litige. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut d'examen de la situation de l'intéressée doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, il résulte des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 542-3 du même code que la décision de retrait de l'attestation de demande d'asile ne constitue pas la base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de retrait de l'attestation de demande d'asile, dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige, doit être écarté comme inopérant.

10. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que Mme C ne peut utilement exciper de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son attestation de demande d'asile à l'encontre des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand et à se présenter hebdomadairement aux services de police en litige.

11. Enfin, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand et à se présenter hebdomadairement aux services de police, doit être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 721-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être contraint de résider dans le lieu qui lui est désigné par l'autorité administrative. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Et aux termes de l'article L. 721-7 du même code : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ".

13. Si les décisions contraignant l'étranger à résider dans un lieu déterminé par l'administration et l'astreignant à une obligation de présentation pendant le délai de départ volontaire sur le fondement des articles L. 721-6 et L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont le caractère de décisions distinctes de l'obligation de quitter le territoire français, ces décisions, qui tendent à assurer que l'étranger accomplit les diligences nécessaires à son départ dans le délai qui lui est imparti, concourent à la mise en œuvre de l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, si l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration impose que ces décisions soient motivées au titre des mesures de police, cette motivation peut, outre la référence aux articles L. 721-6 et L. 721-7, se confondre avec celle de l'obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire.

14. En l'espèce, la décision attaquée, qui vise les articles L. 721-1 à L. 721-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait ainsi référence aux articles L. 721-6 et L. 721-7 de ce code. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français en litige comporte les éléments de fait et de droit qui en constitue le fondement, si bien qu'elle est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

15. En dernier lieu, Mme C soutient que les mesures de surveillance en litige sont injustifiées, eu égard à son état de santé et aux circonstances qu'elle n'a jamais fait l'objet du moindre fait répréhensible, qu'elle n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'elle justifie d'une résidence stable chez sa fille. Toutefois, et d'une part, dès lors que les mesures de surveillance en litige sont édictées à l'encontre d'étrangers auxquels un délai de départ volontaire a été accordé, ces trois dernières circonstances sont sans incidence sur leur prononcé. D'autre part, la requérante ne démontre ni n'établit qu'elle ne pourrait poursuivre ses soins au sein de l'arrondissement de Clermont-Ferrand, ni que l'heure de pointage hebdomadaire déterminé par la décision en litige ferait obstacle à ces soins. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

16. Mme C demande à titre subsidiaire que l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire en litige soit suspendue jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. Toutefois, la requérante n'apporte aucun moyen ni aucune précision au soutien de cette demande, et se borne à produire un article de presse de portée générale sur la situation en Arménie, si bien qu'elle ne fait état d'aucun élément sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire français dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire en litige.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation ou, à tout le moins, la suspension de la décision en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet des conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

La présidente,

S. DLe greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2401320

JC

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