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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401322

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401322

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantNGAMENI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 13 juin 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux a renvoyé la requête présentée pour M. A se disant M. B C, enregistrée au greffe de ce tribunal le 10 juin 2024.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Clermont-Ferrand le 13 juin 2024, et un mémoire enregistré le 14 juin 2024, M. A se disant M. B C, représenté par Me Ngameni, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 8 juin 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français de 18 mois dont il faisait l'objet pour la porter à la période de trois ans ;

3°) d'annuler la décision du 11 juin 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions litigieuses sont entachées d'incompétence ;

- ces décisions ne sont pas suffisamment motivées ;

- ces décisions sont entachées d'un vice de procédure et méconnaissent les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale dès lors que le préfet, qui a procédé à une enquête administrative préalable, ne justifie pas avoir préalablement saisi, pour complément d'information, les services de police nationale ou les unités de la gendarmerie nationale compétents ;

- ces décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire mais des pièces, enregistrées le 11 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Panighel, premier conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 17 juin 2024 à 11 heures :

- le rapport de M. Panighel,

- et les observations de Me Ngameni, représentant M. A se disant M. C, qui reprend ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant M. B C, et se prévalant de la qualité de ressortissant tunisien né le 7 août 2002, s'est vu prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois et d'une assignation à résidence par décisions du préfet du Puy-de-Dôme du 12 janvier 2024. A la suite de son interpellation et son placement en garde à vue le 8 juin 2024 par les services de la direction interdépartementale de la police nationale du Puy-de-Dôme, le préfet du Puy-de-Dôme a, par deux décisions du même jour, prolongé de dix-huit mois l'interdiction de retour sur le territoire français dont il faisait l'objet et placé l'intéressé en rétention administrative. Par une ordonnance du 11 juin 2024, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bordeaux a déclaré irrecevable la requête du préfet du Puy-de-Dôme aux fins de prolongation de la mesure de rétention administrative de M. A se disant M. C et ordonné sa remise en liberté. Par une décision du 11 juin 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a assigné à résidence l'intéressé pour une durée de quarante-cinq jours. M. A se disant M. C demande au tribunal d'annuler les décisions des 8 et 11 juin 2024 portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire du requérant à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, la décision du 8 juin 2024 prolongeant l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre du requérant est signée par M. F D, directeur de cabinet du préfet du Puy-de-Dôme, assurant le service de permanence de la préfecture du vendredi 7 juin au lundi 10 juin 2024, qui disposait d'une délégation de signature établie par arrêté du préfet du 22 avril 2024 régulièrement publié le même jour.

La décision d'assignation à résidence du 11 juin 2024 est quant à elle signée par Mme G E, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui a reçu délégation du préfet de ce département pour signer tous actes administratifs entrant dans le cadre des attributions de ce service par arrêté du 30 mai 2024 régulièrement publié le même jour.

Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, dirigé contre les décisions attaquées des 8 et 11 juin 2024 doit dès lors être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision du 8 juin 2024 portant prolongation d'une interdiction de retour sur le territoire français vise les dispositions applicables de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que M. A se disant M. C, qui n'a pas contesté l'obligation de quitter le territoire français du 12 janvier 2024 assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois, n'a pas exécuté ces décisions, fait état d'éléments sur sa situation familiale et relève en outre que le comportement délictuel répété de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public.

La décision du 11 juin 2024 portant assignation à résidence cite quant à elle les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le requérant, qui est dépourvu de tout document d'identité ou de voyage, ce qui rend nécessaire la délivrance d'un laissez-passer consulaire des autorités tunisiennes, ne peut quitter immédiatement le territoire français. La décision ajoute que son éloignement demeure une perspective raisonnable.

Ainsi, les décisions attaquées, qui comprennent les considérations en droit et en fait qui les fondent, sont suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer, à l'encontre des décisions en litige, le vice de procédure tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, qui vise les enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, qui concerne l'instruction des demandes de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ".

7. M. A se disant M. C soutient qu'il a quitté son pays d'origine à l'âge de dix ans, qu'il a vécu en Belgique avec son père avant de se rendre en France vers l'âge de 13 ans puis rejoindre sa mère en Espagne. Il soutient, sans produire davantage de précisions sur les conditions de sa dernière entrée sur le territoire français, qu'il est dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine et qu'il vit actuellement avec sa compagne à Clermont-Ferrand. M. C ne produit toutefois aucune pièce permettant de corroborer ses allégations alors, au demeurant, qu'il ressort des termes de la décision du 8 juin 2024 qu'il est également connu sous l'identité de M. A se disant Bouassida Aymen, né le 6 mars 2006. Ainsi que l'a mentionné le préfet dans la décision du 8 juin 2024 attaquée, M. A se disant M. C ne produit aucun élément permettant de corroborer ses déclarations lors de son audition le même jour par les services de police selon lesquelles il est père d'une enfant, âgée de 3 ans et qui vit avec sa mère en Belgique. Il ne produit également aucun élément permettant d'attester de l'ancienneté et de l'intensité de la relation qu'il déclare entretenir en France, ni d'une quelconque insertion au sein de la société française. Dans ces conditions en prolongeant de dix-huit mois l'interdiction de retour sur le territoire français initialement fixée à la même période de dix-huit mois le 12 janvier 2024, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale.

8. Si le requérant entend également soutenir que la décision l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, il ne produit aucun élément au soutient de ces allégations.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 8 que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'encontre des décisions des 8 et 11 juin 2024, doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même () pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étrangers s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ".

11. Pour prendre la décision portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français en litige, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur trois motifs. Le premier est tiré de ce que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français sans respecter l'obligation de quitter le territoire français sans délai prononcée à son encontre le 12 janvier 2024. Le deuxième est tiré de ce que le requérant, qui ne produit aucun document établissant l'existence ni la filiation de l'enfant de 3 ans dont il revendique la paternité, ne peut se prévaloir d'avoir des liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire français ni être dépourvu de toutes attaches dans le pays dont il se dit ressortissant. Enfin, le troisième motif est tiré de ce qu'il y avait lieu de considérer que le comportement de l'intéressé, " défavorablement connu des forces de l'ordre " pour des faits de recel de bien provenant d'un vol commis le 16 novembre 2023, des faits de vol aggravé, port d'arme blanche, destruction et usage illicite de stupéfiants commis le 10 janvier 2024, et des faits de maintien irrégulier sur le territoire français après placement en rétention ou assignation à résidence après avoir fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, représentait une menace pour l'ordre public.

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 que le préfet a pris en compte le fait que M. A se disant M. C n'a pas respecté la précédente obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre le 12 janvier 2024 et tenu compte de la durée de sa présence sur le territoire français, et de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Si le requérant soutient que c'est à tort que le préfet a retenu que son comportement constitue une menace pour l'ordre public en France, il résulte de ce qui précède, en particulier des motifs exposés au point 7, que le préfet aurait, en tout état de cause, pris la même décision sans se fonder sur ce motif. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent être accueillis.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A se disant M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions des 8 et 11 juin 2024 du préfet du Puy-de-Dôme portant prolongation d'assignation à résidence et assignation à résidence. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A se disant M. C est admis à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A se disant M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant M. B C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

Le magistrat désigné,

L. PANIGHEL La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401322

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