vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401388 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | ACTANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin et 25 juillet 2024, le syndicat Force Ouvrière des salariés d'Adisseo Commentry, la fédération nationale des travailleurs des industries de l'atome, du caoutchouc, de la chimie, des cuirs et peaux, du pétrole, des plastiques, des textiles et du verre (Fédéchimie CGT-FO) et M. B A, représentés par le cabinet Legipass Avocats, Me Wetzel, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 avril 2024 par laquelle la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes (DREETS) a homologué le document unilatéral portant sur le projet de licenciement économique collectif donnant lieu à la mise en œuvre du plan de sauvegarde de l'emploi de la société Adisseo France SAS ;
2°) d'enjoindre à l'autorité administrative compétente de refuser l'homologation du document unilatéral portant sur le projet de licenciement économique collectif donnant lieu à la mise en œuvre du plan de sauvegarde de l'emploi de la société Adisseo France SAS ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce que la procédure de consultation du comité social et économique (CSE) est irrégulière ; le document unilatéral homologué contenant des mesures sociales d'accompagnement substantiellement moins favorables que celles contenues dans le projet d'accord collectif soumis au CSE aurait dû faire l'objet d'une nouvelle consultation du CSE à compter du 22 mars 2024 ; l'article R. 2312-6 du code du travail prévoit un délai d'un mois pour la consultation du CSE et l'article L. 1233-30 du même code dispose que le CSE rend ses deux avis dans un délai qui ne peut être supérieur à deux mois quand le nombre des licenciements est inférieur à cent ; le CSE pouvait rendre ses avis jusqu'au 22 avril 2024 ou 22 mai 2024 ; or, dès le 19 avril 2024, le document unilatéral a été adopté et transmis pour homologation ; l'accord de fonctionnement du 19 février 2024 n'est pas applicable en ce qu'il ne concerne pas la procédure d'information-consultation ;
- la DREETS a commis une erreur manifeste d'appréciation en homologuant les catégories professionnelles telles prévues dans le document unilatéral ; les catégories professionnelles ont été élaborées de manière subjective et tendent à viser des salariés que la société Adisseo France SAS souhaite évincer par le biais d'une segmentation excessive notamment dans la catégorie des techniciens qui comportent 17 catégories professionnelles ; il n'existe aucune raison objective de distinguer les catégories " agent / technicien prévention / QHSE " de celles de " techniciens / responsable sécurité des procédés " qui ont une fonction commune ; le technicien QHSEI relève de la catégorie " technicien / agent de maitrise de production ", le coordinateur qualité site relève de la catégorie professionnelle " responsable service QHSE " et l'agent de prévention sureté intervention est rattaché à la catégorie " agent / technicien prévention / QHSE " alors que ces trois postes possèdent une fonction commune ; les fonctions d'opérateur ont également été fragmentées au sein de diverses catégories professionnelles " agent logistique / conditionnement " et " opérateur / technicien de fabrication " alors que les fonctions sont communes ; la catégorie professionnelle " chef de poste " comprend des salariés à qui la direction avait toujours refusé cette qualification ;
- le plan de sauvegarde de l'emploi est insuffisant au regard des moyens dont dispose le groupe ; le groupe Adisseo dispose d'une surface financière importante ; la seule attestation de trésorerie de la société ne démontre pas que le groupe a abondé le PSE et, dans cette mesure, la DREETS n'était pas en mesure d'apprécier la suffisance du PSE compte tenu des moyens financiers du groupe ; les mesures homologuées par la DREETS sont moins favorables que celles fixées dans le cadre de l'accord collectif ; la société a accédé à une partie des revendications en intégrant des mesures complémentaires postérieurement à la décision attaquée démontrant ainsi que les mesures contenues dans le document unilatéral étaient insuffisantes ;
- le plan de sauvegarde de l'emploi est insuffisant en matière de santé, de sécurité et conditions de travail en méconnaissance des dispositions de l'article L. 4121-1 du code du travail ; les mesures relatives aux risques psycho-sociaux ne sont pas suffisantes, ces derniers n'ayant pas tous été pris en compte ; la société Adisseo France SAS n'a pas pris en compte l'évaluation préalable de ces risques ; aucune action concrète à l'exception de dispositifs d'écoute et d'accompagnement qui sont insuffisants n'est prévue ; l'impact de la réorganisation sur la charge de travail a été éludé par la société ; le livre IV n'est pas une analyse de la charge de travail mais une description des transferts de tâches.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2024 la directrice régionale de la direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 juillet et 2 août 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société Adisseo France SAS, représentée par Actance SAS, Me Pourtier et Me Michalcak, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 16 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 2 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bollon,
- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,
- et les observations de Me Michalcak, représentant la société Adisseo France SAS.
Considérant ce qui suit :
1. La société Adisseo France SAS, dont le siège social est situé à Anthony (92), conçoit, produit et commercialise des compléments nutritionnels dans le secteur de la nutrition animale et possède quatre établissements en France dont celui de Commentry dans le département de l'Allier. En octobre 2022, la société Adisseo France a décidé d'arrêter provisoirement la production de méthionine en poudre sur le site de Commentry puis, en janvier 2024, de ne pas redémarrer cette activité et de procéder à la réorganisation du site. Le 22 janvier 2024, elle a informé la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes (DREETS) d'un projet de plan de sauvegarde de l'emploi impliquant soixante-dix-neuf ruptures de contrats de travail dont une proposition de modification de contrat de travail. A compter des 31 janvier et 1er février 2024 et jusqu'au 9 et 10 avril 2024, se sont tenues les réunions d'information et de consultation du comité social et économique central (CSEC) et du comité social et économique d'établissement (CSEE) qui ont rendu un avis défavorable sur le projet. En dépit des négociations, aucun accord collectif en vertu de l'article L. 1233-24-1 du code du travail n'a pu être mis en œuvre. La société Adisseo France a alors soumis, le 22 avril 2024, un document unilatéral à la DREETS que la directrice régionale de la direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes a homologué par une décision du 24 avril 2024. Par la présente requête, les requérants en demandent l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'information-consultation :
2. Aux termes de l'article L. 1233-30 du code du travail : " I.- Dans les entreprises ou établissements employant habituellement au moins cinquante salariés, l'employeur réunit et consulte le comité social et économique sur : / 1° L'opération projetée et ses modalités d'application, conformément à l'article L. 2323-31 ; / 2° Le projet de licenciement collectif : le nombre de suppressions d'emploi, les catégories professionnelles concernées, les critères d'ordre et le calendrier prévisionnel des licenciements, les mesures sociales d'accompagnement prévues par le plan de sauvegarde de l'emploi et, le cas échéant, les conséquences des licenciements projetés en matière de santé, de sécurité ou de conditions de travail. / Les éléments mentionnés au 2° du présent I qui font l'objet de l'accord mentionné à l'article L. 1233-24-1 ne sont pas soumis à la consultation du comité social et économique prévue au présent article. / Le comité social et économique tient au moins deux réunions espacées d'au moins quinze jours. / II.- Le comité social et économique rend ses deux avis dans un délai qui ne peut être supérieur, à compter de la date de sa première réunion au cours de laquelle il est consulté sur les 1° et 2° du I, à : / 1° Deux mois lorsque le nombre des licenciements est inférieur à cent ; (). / Une convention ou un accord collectif de travail peut prévoir des délais différents. / En l'absence d'avis du comité social et économique dans ces délais, celui-ci est réputé avoir été consulté ".
3. Lorsqu'elle est saisie par un employeur d'une demande d'homologation d'un document élaboré en application de l'article L. 1233-24-4 du code du travail et fixant le contenu d'un plan de sauvegarde de l'emploi, il appartient à l'administration de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que la procédure d'information et de consultation du comité social et économique, a été régulière. Elle ne peut légalement accorder l'homologation demandée que si le comité a été mis à même d'émettre régulièrement un avis, d'une part sur l'opération projetée et ses modalités d'application et, d'autre part, sur le projet de licenciement collectif et le plan de sauvegarde de l'emploi. A ce titre, il appartient à l'administration de s'assurer que l'employeur a adressé au comité tous les éléments utiles pour qu'il formule ses deux avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles d'avoir faussé sa consultation.
4. Il est constant que préalablement aux réunions des 9 et 10 avril 2024, lors desquelles les membres des CSEC et CSEE ont émis leurs avis, la société Adisseo France SAS a transmis auxdits membres le Livre I modifié comportant les mesures sociales d'accompagnement qui ont par la suite fait l'objet de l'homologation attaquée. Si les requérants soutiennent que ces mesures sont moins favorables que celles contenues dans le projet d'accord collectif qui n'a pas abouti et qu'une nouvelle procédure d'information-consultation devait nécessairement être engagée, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'employeur a, dès les réunions d'information des 22 et 23 janvier 2024, transmis le Livre I. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les mesures sociales d'accompagnement telles qu'homologuées par la DREETS sont plus favorables que celles initialement prévues au début de la procédure d'information-consultation et que certaines mesures, négociées dans le cadre de l'accord collectif, ont été reprises dans le document unilatéral. Ainsi, et quand bien même les mesures prévues dans le document unilatéral sont moins favorables que celles qui avaient été prévues dans l'accord négocié mais non conclu, le CSEC et le CSEE ont pu émettre leur avis en toute connaissance de cause sans qu'il ait été nécessaire d'engager une nouvelle procédure d'information consultation dans les délais prévus à l'article L. 1233-30 du code du travail et, en tout état de cause, à l'article R. 2312-6 du même code.
En ce qui concerne la détermination des catégories professionnelles :
5. L'article L. 1233-57-3 du code du travail prévoit qu'en l'absence d'accord collectif, " l'autorité administrative homologue le document élaboré par l'employeur mentionné à l'article L. 1233-24-4, après avoir vérifié la conformité de son contenu aux dispositions législatives et aux stipulations conventionnelles relatives aux éléments mentionnés aux 1° à 5° de l'article L. 1233-24-2 () ", le 4° de cet article étant relatif au nombre des suppressions d'emploi et aux catégories professionnelles concernées.
6. En vertu de ces dispositions, il appartient à l'administration, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'homologation d'un document qui fixe les catégories professionnelles mentionnées au 4° de l'article L. 1233-24-2 cité ci-dessus, de s'assurer, au vu de l'ensemble des éléments qui lui sont soumis, notamment des échanges avec les représentants du personnel au cours de la procédure d'information et de consultation ainsi que des justifications qu'il appartient à l'employeur de fournir, que ces catégories regroupent, en tenant compte des acquis de l'expérience professionnelle qui excèdent l'obligation d'adaptation qui incombe à l'employeur, l'ensemble des salariés qui exercent, au sein de l'entreprise, des fonctions de même nature supposant une formation professionnelle commune. Au terme de cet examen, l'administration refuse l'homologation demandée s'il apparaît que les catégories professionnelles concernées par le licenciement ont été déterminées par l'employeur en se fondant sur des considérations, telles que l'organisation de l'entreprise ou l'ancienneté des intéressés, qui sont étrangères à celles qui permettent de regrouper, compte tenu des acquis de l'expérience professionnelle, les salariés par fonctions de même nature supposant une formation professionnelle commune, ou s'il apparaît qu'une ou plusieurs catégories ont été définies dans le but de permettre le licenciement de certains salariés pour un motif inhérent à leur personne ou en raison de leur affectation sur un emploi ou dans un service dont la suppression est recherchée.
7. Il ressort des pièces du dossier que le document unilatéral établi par l'employeur répartit les salariés de l'établissement de Commentry en quarante catégories professionnelles dont seize sont concernées par la suppression de postes occupés, cinq ne comportent qu'un seul salarié et seule celle de " technicien frigoriste " ne comprend qu'un seul salarié dont le poste va être supprimé. En particulier, si le document unilatéral définit dix-sept catégories professionnelles différentes pour des fonctions de " techniciens ", il ressort des pièces du dossier que celles-ci ont été établies selon une méthodologie prenant en compte les missions principales, les qualifications et l'expérience professionnelle requises pour chaque fonction et regroupent in fine les fonctions de même nature supposant une formation professionnelle commune peu important à cet égard que les fonctions en cause soient identifiées sous la même terminologie de " technicien ". Si les requérants soutiennent qu'il n'existe aucune raison objective de distinguer les catégories " agent / technicien prévention / QHSE " de celles de " techniciens / responsable sécurité des procédés " dès lors que ces catégories regroupent des postes dont la fonction est commune, il ressort des pièces du dossier que la catégorie professionnelle " agent / technicien prévention / QHSE " regroupe des salariés exerçant des missions de conseil et d'accompagnement dans la mise en place d'une démarche de préventions des risques professionnels et incendie, d'animation de cette démarche et d'intervention en secours sur les accidents, incendies et risques chimiques nécessitant une qualification équivalente au BEP ou BAC assortie d'une formation qualifiante alors que les missions et les qualifications requises de la catégorie professionnelle " techniciens / responsable sécurité des procédés " sont relatives à la prévention des catastrophes industrielles à grande échelle et à la réalisation des analyses de risques et des études visant à définir les conditions d'exploitation sécuritaires et nécessitent un DUT génie chimique ou génie des procédés et qu'ainsi ces deux catégories ne regroupent pas des fonctions de même nature supposant une formation professionnelle commune. Par ailleurs, les requérants ne justifient pas de l'allégation selon laquelle les emplois de technicien QHSEI, d'agent de prévention sureté intervention, de coordinateur qualité site, qui sont rattachées à trois catégories professionnelles différentes, ont des fonctions communes alors qu'au contraire il ressort des fiches de postes versées par la société Adisseo France SAS que les salariés de ces postes exercent des fonctions de nature différente. De même, en se bornant à faire valoir que les fonctions d'opérateur ont également été fragmentées au sein de diverses catégories professionnelles, les requérants n'établissent pas que le découpage de ces catégories aurait été effectué à des fins de ciblage. Enfin, s'agissant de la catégorie professionnelle des " chefs de poste ", il ressort des pièces du dossier que les salariés qui exerçaient les fonctions de " chef d'équipe " dans l'unité de production de la smartamine ont signé des avenants à leur contrat de travail entre 2017 et 2023 pour exercer des fonctions de " chef de poste ". Dans ces conditions, l'administration n'a pas, dans le cadre de son contrôle, fait une inexacte application des dispositions citées au point 5 en homologuant la définition des catégories professionnelles prévues par le document unilatéral établissant le plan de sauvegarde de l'emploi. Le moyen doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne le caractère suffisant des mesures prévues par le plan de sauvegarde de l'emploi :
8. Aux termes de l'article L. 1233-61 du code du travail : " Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, lorsque le projet de licenciement concerne au moins dix salariés dans une même période de trente jours, l'employeur établit et met en œuvre un plan de sauvegarde de l'emploi pour éviter les licenciements ou en limiter le nombre. / Ce plan intègre un plan de reclassement visant à faciliter le reclassement sur le territoire national des salariés dont le licenciement ne pourrait être évité, notamment celui des salariés âgés ou présentant des caractéristiques sociales ou de qualification rendant leur réinsertion professionnelle particulièrement difficile. () ". Aux termes de l'article L. 1233-62 du même code : " Le plan de sauvegarde de l'emploi prévoit des mesures telles que : / 1° Des actions en vue du reclassement interne sur le territoire national, des salariés sur des emplois relevant de la même catégorie d'emplois ou équivalents à ceux qu'ils occupent ou, sous réserve de l'accord exprès des salariés concernés, sur des emplois de catégorie inférieure ; / 1° bis Des actions favorisant la reprise de tout ou partie des activités en vue d'éviter la fermeture d'un ou de plusieurs établissements ; / 2° Des créations d'activités nouvelles par l'entreprise ; / 3° Des actions favorisant le reclassement externe à l'entreprise, notamment par le soutien à la réactivation du bassin d'emploi ; / 4° Des actions de soutien à la création d'activités nouvelles ou à la reprise d'activités existantes par les salariés ; / 5° Des actions de formation, de validation des acquis de l'expérience ou de reconversion de nature à faciliter le reclassement interne ou externe des salariés sur des emplois équivalents ; / 6° Des mesures de réduction ou d'aménagement du temps de travail ainsi que des mesures de réduction du volume des heures supplémentaires réalisées de manière régulière lorsque ce volume montre que l'organisation du travail de l'entreprise est établie sur la base d'une durée collective manifestement supérieure à trente-cinq heures hebdomadaires ou 1 600 heures par an et que sa réduction pourrait préserver tout ou partie des emplois dont la suppression est envisagée " et en vertu de l'article L. 1233-57-3 du même code, l'autorité administrative homologue le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi, après avoir notamment vérifié " le respect par le plan de sauvegarde de l'emploi des articles L 1233-61 à L. 1233-63 en fonction des critères suivants : / 1° Les moyens dont disposent l'entreprise, l'unité économique et sociale et le groupe ; / 2° Les mesures d'accompagnement prévues au regard de l'importance du projet de licenciement ; / 3° Les efforts de formation et d'adaptation tels que mentionnés aux articles L. 1233-4 et L. 6321-1 ".
9. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'homologation d'un document élaboré en application de l'article L. 1233-24-4 du code du travail, il appartient à l'administration, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de vérifier la conformité de ce document et du plan de sauvegarde de l'emploi dont il fixe le contenu aux dispositions législatives et aux stipulations conventionnelles applicables, en s'assurant notamment du respect par le plan de sauvegarde de l'emploi des dispositions des articles L. 1233-61 à L. 1233-63 du même code. A ce titre, elle doit, au regard de l'importance du projet de licenciement, apprécier si les mesures contenues dans le plan sont précises et concrètes et si, à raison, pour chacune, de sa contribution aux objectifs de maintien dans l'emploi et de reclassement des salariés, elles sont, prises dans leur ensemble, propres à satisfaire à ces objectifs compte tenu, d'une part, des efforts de formation et d'adaptation déjà réalisés par l'employeur et, d'autre part, des moyens dont disposent l'entreprise et, le cas échéant, l'unité économique et sociale et le groupe. A cet égard, il revient notamment à l'autorité administrative de s'assurer que le plan de reclassement intégré au plan de sauvegarde de l'emploi est de nature à faciliter le reclassement des salariés dont le licenciement ne pourrait être évité. L'employeur doit, à cette fin, avoir identifié dans le plan l'ensemble des possibilités de reclassement des salariés dans l'entreprise. En outre, lorsque l'entreprise appartient à un groupe, l'employeur, seul débiteur de l'obligation de reclassement, doit avoir procédé à une recherche sérieuse des postes disponibles pour un reclassement sur le territoire national dans les autres entreprises du groupe, quelle que soit la durée des contrats susceptibles d'être proposés pour pourvoir à ces postes. Pour l'ensemble des postes de reclassement ainsi identifiés l'employeur doit avoir indiqué dans le plan leur nombre, leur nature et leur localisation.
10. Il ressort des pièces du dossier et notamment du tome 1 du rapport d'expertise comptable réalisé à la demande du CSEC que le coût financier des mesures d'accompagnement figurant dans le plan de sauvegarde de l'emploi est estimé à la somme de 9 130 000 euros, soit environ 114 125 euros en moyenne pour chacun des quatre-vingts postes supprimés ou modifiés par le projet de licenciement collectif. Au titre de ces mesures, le document homologué comporte en son chapitre 5 de nombreuses mesures destinées à limiter le nombre de licenciements contraints et son annexe 4 fixe la liste des postes ouverts au sein du groupe Adisseo en France indiquant leur nature et leur localisation et dont le plan prévoit qu'elle sera régulièrement actualisée tout au long de son déploiement. Ainsi, le plan de sauvegarde de l'emploi prévoit la mise en place d'un espace information conseil (EIC) accessible à l'ensemble des salariés concernés confié à un cabinet externe. Au titre des mesures accompagnant le reclassement interne, il est prévu un maintien de rémunération en cas de reclassement impliquant un déclassement sur le site de Commentry, des actions de formation sans limitation de budget, dans le cadre de la mobilité géographique en l'absence ou en cas de déménagement, il est prévu un voyage de reconnaissance, des aides à la garde d'enfants ou ascendant à charge, une prime d'éloignement pour certains salariés qui verraient leur temps ou leur distance de trajet allongé, des aides à la mobilité géographique dont l'octroi d'un congé supplémentaire et des frais de déplacement pour la recherche d'une habitation et pour le déménagement, la possibilité de bénéficier d'un hébergement temporaire et de la prise en charge de frais de déplacement dans l'attente du déménagement, la prise en charge par la société Adisseo du loyer du logement de destination pendant une période de six mois voire douze mois maximum en cas de double loyer ou d'un paiement cumulé d'un crédit immobilier et d'un loyer, la prise en charge des six premières échéances d'un prêt relais dans la limite mensuelle de 1 500 euros, la prise en charge des frais d'agence, des frais de déménagement, une aide à l'obtention du permis de conduire d'un montant de 1 200 euros brut maximum, une aide au reclassement du conjoint et enfin une indemnité forfaitaire globale de mutation. Au titre du reclassement externe, le document unilatéral élaboré par l'employeur prévoit, dans son chapitre 7, un espace de reclassement externe appelé " Antenne Emploi " pris en charge par un cabinet externe spécialisé et opérationnel dès la fin de mission de l'EIC et, à compter des premières notifications des licenciements, un congé de reclassement tant pour les salariés se portant candidat à un départ volontaire que pour ceux ne souhaitant pas et/ou ne pouvant pas quitter la société volontairement, il est également prévu une allocation qui sera versée le temps du congé de reclassement et le bénéfice de la protection sociale. De plus, un appui à la création ou à la reprise d'entreprise est prévu via un accompagnement par un cabinet externe ainsi que le versement d'une participation aux frais de création ou de reprise d'entreprise d'un montant de 8 000 euros brut et une aide à la formation. Par ailleurs, pour tout salarié licencié et acceptant un poste de reclassement externe en France, il est prévu une indemnité différentielle de rémunération courant pendant vingt-quatre mois à hauteur de 400 euros brut maximum les douze premiers mois et 200 euros brut maximum les douze mois suivants, une indemnité de frais de recherche d'emploi, des aides à la formation dans le cadre de la mobilité externe dont le budget global est de 250 000 euros ainsi qu'une prise en charge des frais de déménagement et une prime d'installation d'un montant forfaitaire de 5 000 euros bruts. Ainsi, et alors même que la société Adisseo a, postérieurement à l'homologation, proposé de nouvelles mesures d'accompagnement plus favorables, ces mesures prises dans leur ensemble, compte tenu des moyens du groupe auquel appartient la société et sans pour autant qu'elles doivent y être proportionnées et quand bien même le groupe disposerait d'une très importante capacité financière, sont propres à satisfaire aux objectifs de maintien dans l'emploi et de reclassement des salariés, nonobstant la circonstance que le document élaboré en application de l'article L. 1233-24-4 du code du travail n'a pas repris l'intégralité des mesures proposées par l'employeur dans le cadre de la négociation d'un accord collectif, ce qu' au demeurant, aucune disposition ni aucun principe n'impose à l'employeur en cas d'échec d'une telle négociation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance du plan de sauvegarde de l'emploi doit être écarté.
En ce qui concerne les obligations de l'employeur en matière de santé, de sécurité et conditions de travail :
11. Les requérants, s'appuyant sur le rapport d'expertise élaboré à la demande du CSEC, critiquent l'analyse opérée par la société Adisseo France SAS sur les risques induits par le projet de réorganisation et notamment sur l'évaluation des risques psycho-sociaux et des mesures de prévention qu'ils jugent insuffisantes. Ils réfutent également la méthodologie employée pour l'analyse de la charge de travail.
12. D'une part, la seule circonstance que l'analyse et la méthodologie employées par la société Adisseo France SAS pour identifier, analyser et prévenir les risques et la charge de travail induits par le projet de réorganisation ne correspondent pas aux préconisations d'analyse et de méthodologie contenues dans le rapport d'expertise élaboré à la demande du CSEC ne permet pas d'en déduire qu'elles ne seraient pas pertinentes ou qu'elles seraient erronées.
13. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la société Adisseo France SAS a remis au CSEC et au CSEE dès les réunions d'information préalables des 22 et 23 janvier 2024 un Livre IV de cent-vingt pages consistant en une note d'information relative au projet de non redémarrage de l'activité de méthionine sur le site de Commentry et ses conséquences en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail. Cette note, qui a fait l'objet d'un addendum à la suite du dialogue social pendant la procédure d'information-consultation, mentionne pour chacune des huit directions composant l'usine de Commentry l'organisation cible à la suite de la réorganisation du site et procède à une analyse des impacts socio-organisationnels et humains de cette réorganisation pour chaque direction en identifiant les risques notamment les risques psycho-sociaux, en cotant leur incidence sur une échelle allant de 0 à 3 et en définissant, le cas échéant, un plan d'actions à mettre en œuvre avant et pendant la période de transition. Par ailleurs, et s'agissant de l'évaluation de la charge de travail, cette dernière est également évaluée pour chaque direction suivant une méthodologie qui détermine pour chaque nature de poste concernée par le projet les missions actuelles et la répartition en termes de temps de travail, la variation estimée de la charge de travail du fait de la réorganisation et propose une analyse de ce transfert de charge. Le livre IV énumère également les actions d'accompagnement que le plan prévoit et comporte la mise à disposition d'un numéro d'appel téléphonique gratuit pour un accompagnement psychologique 7j/7 et 24h/24, le renforcement du dispositif d'information et de communication ainsi que le suivi par la ligne managériale d'un module de formation et de sensibilisation. Le document effectue aussi un rappel de l'existence de dispositifs d'accompagnement déployés au sein d'Adisseo incluant la commission santé, sécurité et conditions de travail, le service social du travail " Action sociale en entreprise ", la présence de l'assistante sociale, le dispositif d'écoute et d'accompagnement psychologique " EIPAS ", les managers et la médecine du travail. Il ressort également des pièces du dossier qu'en plus des actions d'identification et d'évaluation des risques déjà effectuées, la société Adisseo France SAS prévoit également la réalisation d'un audit externe sur la question des risques psychosociaux lorsque la nouvelle organisation sera mise en place.
14. Il en résulte que l'employeur a ainsi procédé à une identification des risques, notamment psychosociaux ainsi qu'à une analyse des transferts de charge induits par la réorganisation et qu'il a, par ailleurs, prévu des mesures précises et concrètes nécessaires à la prévention des risques pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Par suite, le moyen tiré de ce que la directrice régionale de la DREETS aurait commis une erreur d'appréciation en estimant que les mesures prises par l'employeur présentent un caractère précis et concret au regard des dispositions de l'article L. 4121-1 du code du travail doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 24 avril 2024 par laquelle la directrice régionale de la direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes a homologué le document unilatéral portant sur le projet de licenciement économique collectif donnant lieu à la mise en œuvre du plan de sauvegarde de l'emploi de la société Adisseo France SAS.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la société Adisseo France SAS au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du syndicat Force Ouvrière des salariés d'Adisseo Commentry et autres est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société Adisseo France SAS présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à la fédération nationale des travailleurs des industries de l'atome, du caoutchouc, de la chimie, des cuits et peaux, du pétrole, des plastiques, des textiles et du verre (Fédéchimie CGT-FO), représentant unique pour l'ensemble des requérants, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la Sociétés Adisseo France SAS.
Copie en sera adressée pour information à la directrice régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
L. BOLLON
La présidente,
R. CARAËS La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2401388
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026