mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401392 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 et 22 juin 2024, M. A B, représenté par SAS Itra Consulting, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du préfet du Cantal, en date du 18 juin 2024, portant assignation à résidence ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler le même arrêté en tant qu'il lui interdit de sortir des limites de la commune de Chaliers ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que cet arrêté est entaché :
- d'incompétence ;
- d'insuffisance de motivation ;
- d'erreur de droit en ce que cet arrêté applique de manière rétroactive la loi du 26 janvier 2024 modifiant l'article L. 731-1-1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- de violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- de violation de ses libertés d'aller et de venir, et de travailler.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal administratif de Clermont-Ferrand a désigné Mme Luyckx, premier conseiller, pour statuer sur le litige.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après lecture du rapport de Mme Luyckx, première conseillère, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 25 juin 2024 à 10h00, en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien, demande l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet du Cantal l'a assigné à résidence sur la commune de Chaliers pendant quarante-cinq jours, en exécution de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Pas-de-Calais le 11 juin 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision a été signée par M. C D, sous-préfet directeur de cabinet du préfet du Cantal, qui dispose pour ce faire, et sans avoir à justifier d'un empêchement du préfet, d'une délégation de signature de cette autorité, en date du 20 octobre 2023. Le moyen tiré de l'incompétence doit par suite être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version issue de la loi susvisée du 26 janvier 2024 : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ". Aux termes de l'article L. 732-1 : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".
4. Il ressort des motifs de la décision attaquée que M. B a fait l'objet, le 11 juin 2023, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai (OQTF) prise par le préfet du Pas-de-Calais, confirmée par le tribunal administratif de Melun le 29 février 2024. Le préfet du Cantal, où l'intéressé a fait l'objet d'un contrôle d'identité, a, par la décision contestée, décidé de l'assigner à résidence aux fins d'exécution de cette OQTF. La décision est dès lors suffisamment motivée.
5. Sur l'erreur de droit, en premier lieu, la loi susvisée du 26 janvier 2024 est entrée en vigueur le 28 janvier 2024 notamment en ce qui concerne les nouvelles dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant d'assigner à résidence un étranger ayant fait l'objet d'une OQTF prise moins de trois ans auparavant. D'autre part, l'arrêté en litige n'a pas d'effet rétroactif sur la situation de M. B. Par suite, cet arrêté pouvait à bon droit se fonder sur l'OQTF du 11 juin 2023, que M. B n'a pas exécutée.
6. L'assignation à résidence d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français est édictée en vue de la préparation de son éloignement. Comme il a été dit, le requérant ne dispose d'aucun droit à se maintenir sur le territoire français. S'il fait valoir qu'il dispose de contrats de travail avec des sociétés installant la fibre optique, qu'il est amené à se déplacer sur l'ensemble du territoire à cette fin, il ne justifie pas d'un droit à exercer une activité professionnelle en France, et ne saurait sérieusement se prévaloir à ce titre de lettres de maires autorisant son passage sur leur commune en vue de l'installation de la fibre. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'erreur d'appréciation de sa situation personnelle, ni qu'elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou d'autres droits fondamentaux tels que la liberté d'aller et de venir et de travailler.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige.
Sur les frais du litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Cantal.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
La magistrate désignée,
N. LUYCKX
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Cantal, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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