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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401421

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401421

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401421
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantKHITER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juin 2024, M. A B, représenté par Me Khiter, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 19 avril 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a retiré la carte d'agent de sécurité privée qui lui avait été délivrée le 4 septembre 2019 ;

2°) d'enjoindre au directeur du CNAPS de lui délivrer une carte professionnelle provisoire sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la condition tenant à l'urgence :

- la décision attaquée le place dans une situation financière délicate dès lors qu'elle entraîne son licenciement ;

S'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux :

- la décision méconnaît l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'a pas été informé préalablement de l'édiction de la mesure et qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations ;

- elle a été prise sans enquête administrative préalable ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il a été relaxé pour les faits de violence commis en 2022 qui lui sont reprochés ; qu'à la date des faits commis en 2019, il était en possession d'une carte professionnelle, qu'ils ont été commis en dehors du cadre professionnel, qu'ils ne figurent pas au casier judiciaire B2, qu'ils n'ont pas été réitérés et sont anciens et qu'il a travaillé depuis dans le respect des règles qui lui sont imparties ;

- le CNAPS ne s'est fondé que sur les mentions figurant au fichier du traitement des antécédents judiciaires sans mener d'enquête administrative ni analyser le contexte ;

- elle méconnaît l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure et est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a pas eu récemment un comportement incompatible avec l'exercice de ses missions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

S'agissant de la condition tenant à l'urgence :

- la décision est conforme à sa mission de protection de l'ordre public ;

- M. B a attendu près de deux mois à compter de la notification de la décision du 19 avril 2024 pour saisir le juge des référés d'une demande de suspension ;

- aucun élément ne permet de caractériser l'urgence particulière qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision en litige ;

S'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux :

- M. B a bénéficié d'une procédure contradictoire dès lors que, par un courrier du 12 mars 2024, il a été informé qu'une procédure de retrait était envisagée et a été invité à présenter ses observations ; en tout état de cause, le principe du contradictoire n'est pas applicable lorsque la décision a été prise dans un but d'intérêt général ou pour le maintien de l'ordre public ; M. B n'établit pas que l'éventuel vice affectant le déroulement de la procédure administrative a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision ou qu'il l'a privé d'une garantie ;

- l'enquête administrative a été diligentée par le SNEAS dont les agents sont habilités à consulter les traitements de données à caractère personnel relatifs () à des atteintes à la sécurité et à l'ordre public en application de l'article 2 du décret du 27 avril 2017 portant création d'un service à compétence nationale dénommé " service national des enquêtes administratives de sécurité " ;

- il lui appartient de veiller à la moralité de la profession ; il est en charge d'une mission de prévention en matière de sécurité publique notamment dans le contexte où la France est amenée à accueillir de grands évènements sportifs dans le dispositif de sécurité desquels la profession doit être mobilisée ;

- la décision n'est pas entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'intéressé a été condamné, le 2 septembre 2019, par le tribunal judiciaire de Béziers à une peine d'emprisonnement délictuel assortie d'un sursis partiel avec une interdiction de détenir et de porter une arme jusqu'au 22 septembre 2024 pour des faits commis le 29 août 2019 de violences habituelles par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité ; il lui est plus particulièrement reproché d'avoir giflé sa conjointe alors enceinte de trois mois, puis de l'avoir bousculé et lui avoir déchiré ses vêtements et lors de son audition, sa conjointe déclarera être victime de violences physiques et psychologiques depuis un an et demi ; l'intéressé a reconnu ces faits ; il a, par ailleurs, été mis en cause à deux reprises pour avoir commis, les 22 mai et 3 juillet 2022 dans le cadre de ses missions d'agent de sécurité, des faits de violence en réunion sans incapacité et de violence ayant entrainé une incapacité de travail n'excédant pas huit jours ;

- le quantum de la réponse pénale, la dispense d'inscription d'une peine ou l'effacement du bulletin n° 2 du casier judiciaire ne sauraient avoir d'incidence sur l'appréciation portée sur son comportement ; il en va de même des circonstances tirées de ce qu'à la date des faits commis en 2019, il était titulaire d'une carte professionnelle, de ce qu'il a été relaxé pour les faits commis en juillet 2022 et du caractère ancien des faits pour lesquels il a été condamné compte tenu de leur gravité.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 25 juin 2024 sous le n°2401422 par laquelle le requérant demande l'annulation de la décision en litige ;

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Caraës, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 juillet à 11h30 en présence de Mme Llorach, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Caraës, juge des référés ;

- et de Me Khiter, avocate de B qui reprend ses écritures et indique que l'intéressé exerce sa profession depuis près de vingt-huit ans et n'a développé que cette compétence ; si le CNAPS produit un courrier du 12 mars 2024 par lequel il aurait été informé du retrait éventuel de sa carte professionnelle et de la possibilité de présenter des observations, il n'est pas établi que ce courrier lui a été transmis ; le respect du principe du contradictoire constitue une garantie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B demande au juge des référés de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 19 avril 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a retiré la carte d'agent de sécurité privée qui lui avait été délivrée le 4 septembre 2019.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () / Le respect de ces conditions est attesté par la détention d'une carte professionnelle délivrée selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. () / En cas d'urgence, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité peut retirer la carte professionnelle. () ".

5. Si la décision attaquée prive M. B de la possibilité d'exercer son activité d'agent de sécurité privée et aura, par suite, pour effet de le priver de son emploi, il n'est pas contesté que l'intéressé pourra bénéficier d'une prise en charge au titre de l'assurance chômage. Par ailleurs, le CNAPS fait valoir en défense qu'il lui appartient de veiller à la moralité de cette profession et que, par sa décision, il assure une mission de prévention et de protection de l'ordre public. Il résulte de l'instruction et notamment de l'enquête administrative, que si le tribunal de police près le tribunal judiciaire du Puy-en-Velay a relaxé, par un jugement du 15 mai 2024, M. B des faits de violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours commis le 3 juillet 2022 à Cayres, l'intéressé a été condamné, le 2 septembre 2019 par le tribunal judiciaire de Béziers, à une peine d'emprisonnement délictuelle assortie d'un sursis partiel avec une interdiction de détenir et de porter une arme pour des faits de violences habituelles n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à huit jours et de violences sans incapacité commis le 29 août 2019 par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et a également été mis en cause pour avoir commis le 22 mai 2022 des faits de violence en réunion sans incapacité alors qu'il était employé en tant qu'agent de sécurité dans une discothèque, des témoins l'ayant identifié comme ayant contribué aux coups portés à la victime et à un ami de celle-ci. Ces faits, dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée, sont suffisamment établis. Par suite, l'ensemble de ces éléments et notamment les nécessités de l'ordre public s'opposent à ce qu'une urgence, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, soit constatée au cas d'espèce.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, les conclusions de la requête présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité.

Fait à Clermont-Ferrand, le 15 juillet 2024.

La juge des référés,

R. CARAËS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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