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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2401445

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2401445

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2401445
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2024, M. A B et Mme E G B, représentés par la SELAS Nausica Avocats, Me Fouret, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 11 juin 2024 portant rejet de leur recours administratif préalable obligatoire exercé contre la décision du 25 avril 2024 par laquelle le rectorat de l'académie de Clermont-Ferrand a refusé de leur délivrer l'autorisation d'instruire leur enfant D F au sein de la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025 ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au rectorat de l'académie de Clermont-Ferrand de leur délivrer cette autorisation sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au rectorat de l'académie de Clermont-Ferrand de réexaminer la situation de leur fils ;

4°) de mettre à la charge du rectorat de l'académie de Clermont-Ferrand la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

Sur l'urgence :

- elle est caractérisée dès lors que l'exécution de la décision attaquée aurait des conséquences graves et immédiates sur leurs intérêts et ceux de leur fils ; ils ne pourront pas inscrire leur enfant dans un établissement d'enseignement privé dès lors que la liste d'attente est trop longue et qu'ils n'ont pas pu anticiper cette situation ; une décision intervenant en cours d'année bouleverserait le parcours scolaire de leur fils qui a été instruit en famille durant l'année scolaire précédente ; la famille devra acquérir des ressources pédagogiques actualisée en cas d'acceptation de leur demande en cours d'année ; aucun intérêt public ne s'oppose à cette urgence ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit : la " situation propre à l'enfant " s'entend uniquement comme le fait de proposer un projet sérieux sans autre exigences à prendre en considération, en particulier, il n'est pas exigé une impossibilité de scolarisation, une inadaptation scolaire ou à une situation propre ab initio ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'intérêt supérieur de leur enfant et méconnaît le droit à l'instruction de ce dernier ; leur fils a été instruit en famille durant la dernière année scolaire ce qui constitue une situation propre ; sa situation propre n'a pas évolué et les contrôles de l'inspection de l'éducation nationale se sont révélés positifs ; l'instruction en famille lui permet de préserver son rythme de sommeil, un certain équilibre, et de choisir les lieux où les enseignements sont prodigués.

Vu :

- la requête enregistrée le 26 juin 2024 sous le n° 2401444 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision en litige ;

- l'ensemble des pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme C, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont sollicité auprès de l'académie de Clermont-Ferrand l'autorisation d'instruction à domicile de leurs fils D F au titre de l'année scolaire 2024-2025. Par une décision du 25 avril 2024, l'inspectrice de l'académie de Clermont-Ferrand a rejeté leur demande. Par une décision du 11 juin 2024 la commission de l'académie de Clermont-Ferrand a confirmé ce refus. Par la présente requête, M. et Mme B demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette dernière décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction, ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'un arrêté de suspension de la validité d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.

4. Aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, dans sa rédaction issue de la loi du 24 août 2021 susvisée : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. Les mêmes formalités doivent être accomplies dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence. La présente obligation s'applique à compter de la rentrée scolaire de l'année civile où l'enfant atteint l'âge de trois ans. L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () ; 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. /(). ".

5. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision litigieuse, les requérants se prévalent de la proximité de la rentrée scolaire et soutiennent qu'ils ne pourront pas inscrire leur enfant dans une école privée en raison d'une liste d'attente importante. Toutefois, le choix d'inscrire un enfant dans une école privée relève des choix pédagogiques des parents qui ne saurait être opposable à l'administration, les parents ne faisant valoir, en outre, aucune difficulté financière particulière pour l'achat de matériel pédagogique. M. et Mme B font également valoir que leur fils a bénéficié de l'instruction en famille durant l'année scolaire précédente et que l'interruption de cette modalité d'instruction serait préjudiciable pour son instruction ce qui constitue une situation propre à l'enfant constitutive d'une situation d'urgence. Toutefois, l'obligation d'instruction dans un établissement d'enseignement ne peut pas être regardée comme portant atteinte à l'intérêt supérieur de leur enfant tandis que les requérants n'établissent aucune circonstance propre à leur enfant, démontrant l'existence d'une situation d'urgence. Il suit de là que la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant au doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions aux fins de suspension de M. et Mme B et, par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction, doivent être rejetées en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du recteur de l'académie de Clermont-Ferrand, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et Mme E G B.

Fait à Clermont-Ferrand, le 1er juillet 2024.

La juge des référés

C. C

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401445JC

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