vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401452 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 et 29 juin 2024, M. A B, représenté par l'AARPI Ad'vocare, Me Demars, demande au tribunal :
1°) d'ordonner au préfet du Puy-de-Dôme sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de communiquer l'entier dossier et particulièrement les éléments relatifs aux diligences accomplies depuis le 15 mai 2024 ;
2°) d'annuler la décision du 27 juin 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours supplémentaires ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui restituer sans délai sa carte d'identité ;
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de mettre fin sans délai à la mesure de surveillance le concernant ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un vice de forme en ce qu'elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté alors qu'il aurait pu justifier d'éléments relatifs à son état de santé et de ses convocations le 30 juillet 2024 auprès des services de l'action socio-judiciaire auprès des victimes et auteurs d'infractions pénales et le 11 octobre 2024 devant le procureur de la République ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle notamment au regard de son état de santé ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle en l'absence de justification de perspective raisonnable d'éloignement et en ce qu'il justifie d'une impossibilité objective de quitter le territoire français ;
- elle est, en ses modalités d'exécution, entachée d'une erreur d'appréciation, est disproportionnée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Des pièces produites par le préfet du Puy-de-Dôme ont été enregistrées le 1er juillet 2024 et communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur le litige.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 15 mai 2024 M. A B, ressortissant algérien, a fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par une décision en date du 27 juin 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme a renouvelé la mesure d'assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours supplémentaires.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur la demande de communication :
3. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander () au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". Il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration, l'affaire étant en état d'être jugée et le principe du contradictoire ayant été respecté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 30 mai 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs, le préfet du Puy-de-Dôme a donné délégation à Mme E D, adjointe de la cheffe de service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer, tous actes administratifs entrant dans le cadre dudit service sous réserve de certaines exceptions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas la décision attaquée. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment par le visa de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la mention des éléments de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée a été édictée en méconnaissance de son droit à être entendu et produit à ce titre des pièces relatives à son état de santé et à ses convocations auprès des services de l'action socio-judiciaire auprès des victimes et auteurs d'infractions pénales et devant le procureur de la République, il ressort toutefois des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme a eu connaissance de tous ces éléments préalablement à l'édiction de la décision attaquée lors de la procédure contentieuse relative à l'assignation à résidence dont M. B a fait l'objet le 15 mai 2024, ce que le requérant confirme dans ses écritures. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait été empêché de faire valoir d'autres éléments qui, s'ils avaient été pris en compte, auraient conduit le préfet à ne pas renouveler la décision d'assignation à résidence en litige. Par suite le moyen doit être écarté.
7. En quatrième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la circonstance que le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas fait mention de son état de santé que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
9. D'une part, en se bornant à soutenir que l'autorité préfectorale ne démontre pas avoir effectué, depuis l'assignation à résidence du 15 mars 2024, des démarches en vue de son éloignement, le requérant n'établit pas l'absence de perspectives raisonnables d'éloignement ni qu'il n'entrerait pas dans les prévisions des dispositions précitées alors qu'au demeurant il ressort des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme a saisi le 5 juin 2024 et a relancé le 21 juin 2024 les autorités consulaires algériennes d'une demande de laissez-passer consulaire. D'autre part, si M. B fait valoir qu'il justifie d'une impossibilité objective de quitter le territoire français dans un délai raisonnable compte tenu de son état de santé, en tout état de cause, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, qu'il ne serait en mesure ni de bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine ni de voyager. Par ailleurs, la circonstance qu'il soit convoqué le 30 juillet 2024 auprès des services de l'action socio-judiciaire auprès des victimes et auteurs d'infractions pénales et le 11 octobre 2024 devant le procureur de la République n'est pas de nature à démontrer en soi l'existence objective d'une impossibilité de quitter le territoire français dans un délai raisonnable. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'assignation à résidence méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est pas davantage établi que l'assignation à résidence en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
10. En dernier lieu, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de résider à l'adresse où il est assigné entre 6h et 9h et les modalités de pointage fixées par cette décision ne seraient pas proportionnées et nécessaires aux finalités qu'elle poursuit. D'autre part, si M. B soutient qu'il doit réaliser tous les jours un trajet à pied de plus de quatre kilomètres aller-retour pour se rendre à l'hôtel de police alors que son état de santé ne le lui permet pas du fait de difficultés à la marche, il n'établit pas qu'il ne pourrait pas utiliser un autre moyen de transport notamment public. Enfin, le requérant n'établit pas que les modalités d'exécution de la décision d'assignation à résidence seraient entachées d'une erreur dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 juin 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours supplémentaires. Par suite, la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
La magistrate désignée,
L. C La greffière,
P. CHEVALIER
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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