jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2401476 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 15 juillet 2024, la société Les menuiseries du Centre SAS, représentée par la SELARL HMS avocats, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 11 juin 2024 par laquelle l'inspecteur du travail a refusé de lui délivrer l'autorisation de licencier M. A pour motif disciplinaire ;
2°) d'enjoindre au directeur départemental de l'emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations du Cantal de réexaminer sa situation sans délai et au plus tard dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Les menuiseries du Centre SAS soutient que :
- il y a urgence à prononcer la suspension de refus d'autorisation de licenciement du 11 juin 2024, dès lors que la victime de l'agression imputée à M. A a subi un véritable choc psychologique qui ne lui permet plus d'exercer ses fonctions avec ce dernier et que son absence la pénalise fortement compte tenu de ses responsabilités ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse, dans la mesure où :
* elle est entachée d'incompétence dès lors que l'inspecteur du travail ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement adoptée et publiée ;
* est entachée d'erreur de fait, dès lors que le 3 avril 2024, M. A a agressé son supérieur hiérarchique, l'a invectivé, non seulement à 9 heures 45 mais également à 10 heures 30 et a proféré des menaces à son encontre ;
* les faits reprochés à M. A sont fautifs et de nature à justifier son licenciement pour motif disciplinaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions tendant à la suspension de la décision du 11 juin 2024 refusant l'autorisation de licencier M. A sont irrecevables dès lors que cette décision a été entièrement exécutée ;
- les conditions permettant de considérer qu'il y a urgence à suspendre la décision litigieuse ne sont pas réunies ;
- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision du 11 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jurie, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie, juge des référés,
- les observations de Me Bellanger, représentant la société Les menuiseries du Centre SAS, qui a repris les moyens de la requête et a en outre précisé que la dispense d'activité du 17 juin 2024 à laquelle est soumise M. A prendra fin avec la notification de l'ordonnance à intervenir.
- et les observations de M. A qui a indiqué qu'il n'avait pas commis les faits qui lui sont reprochés par son employeur.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que, par un courrier reçu par l'administration du travail le 15 avril 2024, la société Les menuiseries du Centre SAS a demandé l'autorisation de procéder, pour motif disciplinaire, au licenciement de M. A, ouvrier spécialisé, exerçant les mandats de délégué syndical et de représentant syndical auprès du comité social et économique. Par une décision du 11 juin 2024, l'inspecteur du travail a refusé de délivrer l'autorisation de licencier M. A. La société requérante demande la suspension de l'exécution de cette décision en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. Les moyens invoqués par la société requérante à l'appui de sa demande de suspension et visés ci-dessus ne paraissent pas, en l'état de l'instruction, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, il y a lieu, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense ainsi que sur la condition d'urgence, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête ensemble celles aux fins d'injonction et d'astreinte.
4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Les menuiseries du Centre SAS au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Les menuiseries du Centre SAS est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Les menuiseries du Centre SAS, à M. A et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera transmise, pour information, au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Auvergne-Rhône-Alpes.
Fait à Clermont-Ferrand, le 18 juillet 2024.
Le juge des référés,
G. JURIE
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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